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Rav Elisha Aviner

L'éducateur n'est pas toujours celui qu'on pense



D'ordinaire, on considère les parents comme "éducateurs" et leurs enfants comme "éduqués". En réalité, nos Sages enseignent le contraire : "De mes Maîtres, j'ai appris beaucoup (d'enseignements en matière) de Torah ; de mes compagnons d'étude, plus encore ; et de mes disciples, plus que de tous les autres" (Traité Makot 10 a). Qu'il nous soit permis d'ajouter : "Et de mes enfants, encore plus".

C'est en éduquant qu'on s'éduque, qu'on soit professeurs ou parents. En fait, leur "éducation" commence dès l'époque du mariage. Au départ, chaque membre du couple a sa propre conception de la vie familiale qu'il entend inculquer à l'autre. En général, cet effort de persuasion, harassant, frustrant et parfois désespérant, ne cesse que lorsqu'il est arrivé à la conclusion avisée qu'il vaut mieux recevoir l'autre tel qu'il est, même s'il est bien loin de correspondre à ses rêves. Ainsi, au lieu d'éduquer l'autre, c'est l'autre qui l'éduque, grande leçon sur l'art d'accepter son prochain tel quel ! Avant le mariage, que de discours enflammés n'avaient-ils pas entendu sur ce sujet, mais la vie est si différente ! Que de temps il leur a fallu pour le comprendre ! Une fois cette sagesse acquise, ils peuvent mettre ensemble leurs efforts au service de la tâche essentielle : éduquer leurs enfants d'après leurs idéaux, relever le défi que représente "l'art d'être parents", et planifier leur éducation à long terme pour leur inculquer l'idéal commun. Néanmoins personne n'est à l'abri de surprises car les enfants peuvent être totalement différents de l'idéal escompté.

Alors commence un nouveau chapitre dans l'éducation du couple. Après avoir appris à s'accepter mutuellement, ils apprennent à accepter leurs enfants avec leurs différences. Chez les familles nombreuses, ce chapitre éducatif est long et diversifié. Ils doivent éduquer en s'adaptant à chaque enfant individuellement ; par-là, ils s'éduquent eux-mêmes toujours davantage. Parfois, ce processus éducatif ne se passe pas sans mal et risque d'aboutir à un échec, surtout si les parents refusent d'accepter leurs enfants tels quels. Alors ils sont doublement perdants : déçus d'eux-mêmes, voir se détériorer leurs relations avec leurs enfants. Quel fiasco ! Au lieu de faire preuve de souplesse, de prendre une part active à l'éducation, avec les satisfactions qu'elle procure, ils font du sur-place du fait de leur entêtement et détruisent la trame familiale.

Chez Les Patriarches, les enfants n'étaient pas la "copie conforme" de leurs parents mais chacun incarnait une modalité particulière. Abraham, celle de la générosité ; Its'hac, celle de la maîtrise de soi; Jacob, celle de la vérité, synthétique des deux autres, qui a conféré la perfection au fondateur le plus éminent de la nation.

Allusivement, on apprend le principe d'accepter l'autre tel quel, du commandement "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Lev. XIX, 18). Et Maïmonide (Séfèr Hamitsvot, Mitsvat 'Assé 206) d'expliquer qu'il consiste à se soucier d'autrui comme de soi-même et de considérer son argent, son corps et sa volonté comme les siens propres.

Qui n'aimerait pas recevoir des bienfaits ? Mais, plus que tout, c'est la considération qui importe, ou, au moins, l'acceptation d'être reçu tel qu'on est, sans devoir travestir sa personnalité pour y parvenir.

Ainsi, avant tout, "Aimer son prochain comme soi-même" implique "l'acceptation" en question.

Hadassa Gué'hali

Apprendre aux enfants à donner



La personnalité sociale s'épanouit grâce au pouvoir de donner, de partager, de s'associer et de renoncer, au profit d'autrui.

Dès le plus jeune âge, on apprend aux enfants à contribuer aux tâches familiales. A chaque âge, son apport. En général, ils sont heureux d'aider et y éprouvent du plaisir. Mais lorsque ce n'est pas le cas ?

Dans les "groupes d'assistance", les parents avouent qu'ils s'abstiennent d'en confier à leurs enfants et même de les obliger à assumer leurs responsabilités personnelles de crainte que la moindre demande ne suscite des hauts-cris. Néanmoins, Certains réussissent à faire coopérer leurs enfants, au prix, parfois, de frictions.

Comprendre les raisons du refus est de la première importance. Peut-être, dès le début, l'éducation était défectueuse. Que les parents, eux-mêmes trop critiques, ont engendré chez leurs enfants le refus d'assumer des tâches, de crainte de s'exposer à des critiques au cas où ils ne les exécuteraient pas convenablement. Que, manquant de ténacité, les parents finissaient par renoncer à leurs exigences. Qu'ils imposaient des tâches inadaptées à l'âge. Qu'ils manquaient de considération ou de sensibilité à l'égard des besoins changeants de leurs enfants, qui, par exemple, traversaient des périodes particulièrement tendues. Qu'ils s'y sont pris trop tard pour demander de l'aide, etc.

Plus tôt on prendra en compte ces considérations, plus on augmentera les chances de réussite, les enfants ayant saisi d'emblée leur prise de responsabilité comme partie intégrante de la bonne marche de la maison. En revanche, si "l'apprentissage" a commencé trop tard, ils s'opposeront au changement, et les parents passeront plus de temps à faire prévaloir leur volonté.

Apprendre aux enfants à donner est un processus de longue haleine qui vise à les mobiliser en faisant appel à leur bonne volonté et à leurs motivations. Dans un premier temps, les parents doivent faire corps avec eux, coopérer au processus, préparer une liste détaillée des tâches, décider avec eux celle de chacun et celles qu'ils feront à tour de rôle. Dans un deuxième temps- ce qui influe grandement sur les membres de la famille- tenir des conseils de famille où les parents expliquent les changements qu'ils sont sur le point d'opérer. Dans ce genre de situations, ils doivent instamment veiller à faire preuve d'autorité et pratiquer l'art de mettre des limites. Ils doivent être clairs, déterminés, et expliquer l'importance de la coopération de tous au bien commun. Parallèlement, ils doivent savoir que le changement risque de s'opérer difficilement mais, qu'à long terme, il permettra une vie harmonieuse. Là encore, on doit établir une liste des tâches et demander aux enfants celles qu'ils souhaiteraient remplir.

Répétons-le, l'important est de mettre en pratique les décisions avec constance et détermination, de ne manquer aucune occasion de répercuter l'état en cours du changement et de le soutenir pour l'amorcer.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)