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Rav Yoram Eliahou

La prière, "nourriture spirituelle" de l'âme



Dans son Kouzari, Rabbi Yéhouda Lévi enseigne que l'activité de l'homme est centrée sur la prière. C'est à elle qu'il aspire et qu'il puise la force d'aller de l'avant, avec pour objectif, l'union à l'Eternel. C'est pourquoi, explique-t-il, on doit prier trois fois par jour, la prière étant à l'âme ce que la nourriture est au corps. De même que les aliments renforcent le corps et que plus le temps passe depuis le dernier repas plus on a besoin de reprendre des forces, ainsi pour l'âme, à l'égard de la prière. "La bénédiction qui émane de la prière a une influence jusqu'à la prochaine" (Kouzari 3, 5).

De plus, Rabbi Yéhouda Halévi (Nétiv Ha'avoda 3) explique qu'on doit prier trois fois par jour pour se soumettre totalement à l'Eternel. La prière renvoie aux trois divisions du troisième verset du "Shéma" (Deut. VI, 5) : "Tu aimeras l'Eternel Ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir". "De tout ton cœur, enseignent nos Sages, de tes deux penchants (le penchant au bien et le penchant au mal)". Or le penchant au mal se trouve dans le corps, et il n'y a rien de plus corporel que le sommeil, le spirituel étant alors inactif. Au petit matin, on a tendance à le prolonger de force ; c'est pourquoi la Torah a prescrit de surmonter ce désir, de se lever et de prier. Par-là, on soumet le corps à l'Eternel. "De tout ton pouvoir, par tout ton argent". En général, on fait la prière de "Min'ha" au milieu de l'après-midi, absorbé par ses affaires, pour subvenir à sa subsistance. En les délaissant momentanément pour aller prier, on subordonne son argent à l'Eternel, montrant par-là qu'on n'agit en tout que pour s'unir à Lui. Lorsque vient le soir, épuisé par une journée de travail, qu'on ne souhaite qu'une chose, prendre un peu de repos, et que, malgré tout, on va prier, on prouve par-là sa soumission à l'Eternel et que le "repos" et la félicité véritable, c'est en Lui qu'on les trouve.

Ainsi, les trois prières quotidiennes ont pour but de soumettre notre corps, notre âme et notre argent à l'Eternel. De la sorte, en permanence, on s'unit étroitement à Lui.

Rav Elisha Aviner

Petit lexique éducatif


Notre univers intellectuel repose sur une série de mots porteurs de significations et de concepts de base qui le définissent et le décrivent. En général, ils sont agréés par tous. Cependant, les différences d'interprétations qu'on leur donne engendrent la diversité des conceptions du monde.

A titre d'exemple, dans le monde religieux, les concepts de base sont "foi", "confiance en Dieu", "prière", "récompense et châtiment", etc. La manière d'interpréter ces concepts crée la conception du monde et la vie religieuse. Ainsi, l'interprétation du concept de "confiance en Dieu" influe sur notre comportement. Son interprétation mitigée ou erronée porte préjudice à la qualité du monde religieux.

La conception éducative repose, elle aussi, sur une série de concepts de base, anciens et récents. De la manière de les interpréter dépend telle ou telle conception pédagogique. Là aussi, si l'interprétation est mitigée ou erronée, l'éducation risque d'en pâtir grandement. Ci-dessous, une liste succincte de concepts éducatifs de base et leur contraire, pour rendre ces derniers plus clairement intelligibles et éviter les interprétations erronées (ils ne sont pas classé par ordre d'importance).

"Critique" : à l'origine, chez nos Sages, ce mot a pour signification "remontrances". Il n'a nullement le sens "d'hostilité" ou de "sujet de grief" mais concerne la conduite de l'enfant au filtre de la nôtre et de nos valeurs. Contraire : "fermer les yeux", "ne pas réagir". Ce concept n'a donc pas de rapports avec celui de "colère".

"Châtiment" : il ne signifie pas "sévices" mais "réaction mesurée", d'après le principe qui établit qu'une mauvaise conduite se paie et que d'elle dépendent récompense et châtiment. Contraire : "laisser-faire" quelle que soit la conduite.

"Ménager les coups de verge, c'est haïr son enfant" (Prov. XIII, 24). Par cette sentence, nous n'entendons pas "frapper" ou "faire mal" mais "exercer notre pouvoir", pour reprendre une expression de nos Sages ; entendu par-là "un engagement pédagogique intense". Contraire : "laisser-aller" en matière d'éducation.

"Autorité parentale" : par-là, nous n'entendons pas l'exercice inflexible et l'usage abusif de "l'autorité" en question dans le but d'imposer notre manière de voir mais la reconnaissance du droit qu'ont les parents d'éduquer leurs enfants et de le concrétiser par des méthodes pédagogiques convenables. Contraire : laisser aux enfants libres de se conduire comme bon leur semblent.

"Limites" : non pas les "séquestrer" mais déterminer ce qui est permis et interdit suivant notre hiérarchie des valeurs en prenant cependant en ligne de compte ce qui n'est pas réalisable. Contraire : "éducation ouverte" qui ne détermine ni valeurs ni règles générales de conduite astreignantes.

"Affection" : elle ne signifie pas "renonciation" ni "manque de discipline" mais exprime une relation positive profonde extériorisée. Contraire : "froideur", "aliénation" (au sens philosophique du mot).

"Education" : elle ne se borne pas à retransmettre des connaissances ou à développer les dons personnels mais aussi à retransmettre des valeurs. Contraire : "éducation démocratique" ou "post-moderne" qui n'obligent pas à l'égard des valeurs.

"Discipline" : elle n'exprime ni l'obéissance aveugle ni la coercition mais la détermination de lois claires et nettes en matière de conduite. Contraire : "manque de lois", "anarchie".

"Conflit éducatif" : il n'est pas synonyme de "tension" ou de"court-circuit" dans la communication mais exprime une situation de défi qui finira par se résorber.

"Gâterie" : elle ne signifie pas "témoignages d'affection exagérée" mais "relation d'une délicatesse abusive, renonciation exagérée, trop douce, à l'égard d'untel" (Dictionnaire Iben-Shoushan) ; d'ailleurs, il n'y a pas d'affection ou d'amour excessifs.

"Adolescence" : à ne pas identifier à "révolte" mais à "épanouissement", intensification de ses forces et élaboration de son identité personnelle, âge porteur d'un potentiel extraordinaire, pour les parents aussi.

"Relations des parents à l'égard du professeur ou du professeur principal" : elles ne doivent pas exprimer le criticisme ou la revendication mais la reconnaissance. Le professeur ne doit rien aux parents ; au contraire, c'est lui qui leur fait du bien. Au lieu d'instruire eux-mêmes leurs enfants comme l'oblige la Torah, ils chargent l'enseignant de le faire à leur place.

"L'établissement scolaire" : il ne se substitue pas à l'éducation que donne la famille mais s'y ajoute.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)