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"Vaïkra"

Rav Elisha Aviner

L'adolescence est-elle "l'âge de la révolte" ?



La révolte de l'adolescence est-elle un stade nécessaire du développement de l'enfant ? Une fatalité ?

Jadis, on la considérait comme indispensable au bon développement de l'enfant au risque, plus tard, qu'il ne soit complexé toute sa vie pour ne pas l'avoir faite au "bon moment". Indirectement, la réalité montre que cette manière de voir est inexacte. Nombreux sont les jeunes qui ont fait l'orgueil de leur famille sans s'être pour autant révoltés.

Au jeune âge, un "cordon ombilical psychique" l'unit à ses parents dont il est en tout dépendant. C'est d'eux qu'il puise sa nourriture spirituelle et matérielle. A l'adolescence, il aspire à construire sa personnalité et son identité. Pour y parvenir, il s'efforce de couper le "cordon" en question, processus indispensable pour assurer un bon épanouissement psychique. La manière de le couper diffère d'un enfant à l'autre. Certains le "coupent" délicatement et lentement ; d'autres le déchirent violemment et brusquement ; d'autres encore, sauvagement. Pour y parvenir, certains tirent sur lui beaucoup plus fort qu'il n'aurait fallu, pensant que s'ils ne s'opposent pas activement à tout ce que représente la famille, ils continueront à être à la traîne et secondarisés vis-à-vis de leurs parents. C'est pourquoi ils prennent systématiquement le contre-pied. Parfois, ils ont des réactions déplorables et déconcertantes. Ils se butent sur des bêtises car il leur est important de montrer qu'ils sont spirituellement indépendants, condition sine qua non, estiment-ils, de devenir des "hommes".

L'aboutissement de la révolte dépend dans une large mesure de la réaction des parents. Certains, composant difficilement avec le comportement rebelle de leur enfant, lui reprochent avec véhémence son ingratitude, se sentent blessés par son comportement à leur égard, interprètent son opposition systématique comme du mépris et un manque de considération. Refusant d'accepter ce genre de relations, ils réagissent par des disputes et font tout pour réprimer la révolte en utilisant le peu d'autorité parentale qu'il leur reste. Ainsi, tête contre tête, ils passent leur temps à se quereller. Intensifiant sa révolte, l'enfant fait des reproches à ses parents qui, de leur côté, se braquent contre lui ; de là, un "gel psychologique" qui ne se résorbera qu'à grand peine après de nombreuses années et qui ne manquera pas de laisser de profondes séquelles.

Face à cette situation inextricable en apparence, les parents abdiquent, d'une manière ou d'une autre, dans l'espoir de jours meilleurs. En réalité, ils peuvent continuer à remplir leur mission éducative pourvu qu'ils prennent en compte les considérations suivantes.


  1. Reconnaître que l'enfant a atteint sa maturité

Elle n'est encore qu'en gestation. S'ils la reconnaissent, ils épargneront à leur enfant le besoin de se révolter pour l'authentifier. S'il en reçoit d'eux "l'attestation officielle", il n'aura plus besoin de "l'ex--primer" (au sens étymologique du mot) de force ni de la proclamer dix fois par jour par d'incessantes confrontations. Néanmoins, ils ne doivent pas se contenter de la reconnaître tacitement mais doivent aussi la lui faire savoir explicitement, ce qui désamorcera une partie de la révolte.

  1. Lui permettre de se sentir libre

Si les parents sont conscients de ses besoins et s'ils répondent avec gentillesse à ses questions, on peut estimer qu'il ne prendra pas le contre-pied systématique pour goûter à sa liberté naissante et qu'il ne fera pas non plus de reproches pour se sentir homme. Ayant reçu son indépendance sur un plateau d'argent, il ne devra pas la conquérir en faisant flèche de tout bois. Ses parents doivent l'en informer explicitement de crainte qu'il n'interprète à tort leur acquiescement à ses exigences comme une soumission à la suite de sa révolte.

c) Désamorcer la révolte

A jute titre, les parents se posent de nombreuses questions sur leur influence en matière d'éducation, d'autant plus que, souvent, ils leur est difficile d'admettre que, vu la situation, ils l'ont totalement perdue puisque l'enfant, révolté, s'oppose à eux systématiquement, que la confrontation directe n'aurait que de piètres résultats et qu'elle ne ferait que de la peine aux uns et aux autres. C'est pourquoi on doit tout d'abord désamorcer la révolte pour être à même, ensuite, de continuer à exercer cette influence éducative.

d) Etablir avec lui des relations fondées sur de nouvelles bases

On ne s'adresse pas de la même manière à un enfant et à un adulte, et c'est précisément en "adulte" qu'il attend qu'on le considère. Pour le lui montrer, on le fera participer à des sujets et à des conversations d'adultes, attentifs à ses sentiments, non pas pour réagir ou pour lui faire la morale mais pour être à l'écoute.

e) Instaurer à nouveau l'amour

Plus grandira son amour pour ses parents, plus s'atténuera sa révolte. Finalement, ils parviendront à un modus vivendi. C'est pourquoi les parents doivent susciter des actions qui prédisposent à la réconciliation. De la sorte, ils constateront avec surprise que leur enfant n'est pas si "anti" et qu'il passe volontiers du bon temps avec eux dans la joie et dans l'affection.

Rav 'Hagaï Londïn

Directeur de la yéshivat-hesder de "Sdérot

Le nettoyage matériel et spirituel de "Pessa'h"



Durant les trente jours qui séparent "Pourim" de "Pessa'h", on s'attelle aux préparatifs de fête : nettoyage, achats et autres.

Parfois, cette période -où la famille est sensée s'élever ensemble spirituellement- risque d'engendrer tentions et disputes. Au lieu d'arriver unie au "Séder", elle y arrive disloquée, dans tous les sens du mot. Pour l'éviter, on doit réfléchir sur la manière d'organiser intelligemment cette période pour que la fête soit certes "cachère" (conforme aux lois rabbiniques) mais aussi "joyeuse". On doit donc veiller soigneusement à la propreté de la maison mais aussi, parallèlement, effectuer sur soi un travail de purification et de "téchouva", de retour vers soi et vers Dieu.

Essentiellement, on doit comprendre que, par-delà son sens premier, le "'hamets" ("Levin", "ferment"), ce mot renvoie à l'idée d'exacerbation du Moi, à l'orgueil, à la basse matérialité et autres travers. Il va de soi qu'on ne peut l'extirper totalement de la maison qu'en l'extirpant aussi du cœur. La législation rabbinique (Hilkhot 'hamets Oumatsa 2) divise en trois stades son processus d'extirpation : nettoyer les ustensiles domestiques, examiner minutieusement le "'hamets" jusque dans les moindres détails, "Là où il est susceptible de se cacher, dans les interstices" et "l'abolir" de facto. Parallèlement, au niveau spirituel, on doit se purifier, examiner "jusqu'aux moindres détails", ses actes répréhensibles, mettre irrévocablement un terme à ses fautes (d'après Sentier de Rectitude III).

Pour empêcher la pâte de fermenter, on doit constamment la pétrir et la cuire au four, bouillant comme du "feu". Parallèlement, au niveau spirituel, le Rav Kook ("Haggadah de Pessa'h") faisait remarquer qu'il y avait deux manières d'éviter que les qualités morales ne "fermentent", pour reprendre sa terminologie. On devait, durant toute cette période, les "pétrir", pour ainsi dire, constamment et étudier la Torah, comparée au "feu". C'est pourquoi durant cette période, la famille ou au moins le couple- doit s'efforcer d'étudier ensemble. Bien qu'il puisse sembler paradoxal d'ajouter quelques minutes d'étude quotidienne à un emploi-du-temps déjà si chargé, l'étude peut justement résorber bien des tentions au sein de la famille. C'est pourquoi un bref instant d'élévation spirituel au-dessus des soucis domestiques pour approfondir ensemble la signification de la fête, peut changer l'atmosphère et donner aux préparatifs une tout autre allure. Répétons-le : précisément à cette période, on doit veiller plus particulièrement à cultiver ses qualités morales, éviter la colère, les mots blessants et le manque de patience, autant de choses qui planent dans l'air et qui risquent de gâter les efforts considérables déployés durant ce mois.

Ce "pétrissage" pour continuer la métaphore- de ses qualités morales doit aussi prendre en compte de nombreux facteurs : tentions psychiques plus intenses que d'ordinaire, planification judicieuse et répartition avisée des tâches entre tous les membres de la famille, etc. Dès lors, on pourra arriver comme il faut au soir de "l'Examen du 'Hamets". Préalablement, "On aura veillé à corriger ses travers (si, à Dieu ne plaise, on en a). En brûlant le 'hamets", on pensera aussi à les extirper totalement de son cœur et à regretter inconditionnellement leur présence en scrutant les replis, les interstices et les autres endroits de son être, pour débusquer le ferment qui s'y trouve, (entendu par-là) l'avidité du matériel" (Ohèv Israël, Vayétsé).

Traduit et adapté par Maïmon Retbi)