"

"Vayétsé"

Rav Dov Bigon

Ceci étant

Les identités "Israël" "Esaü",

Deux manières d'être Homme en état de conflit constant

Dans le numéro précédent, nous avons esquissé les grandes lignes du conflit d'identité "Israël "Ishmaël". Dans ce présent article, nous tenterons d'analyser un autre conflit d'identité, "Israël" "Esaü".

Comme on le sait, ce conflit était déjà manifeste lorsque les jumeaux étaient encore dans le sein de leur mère1. A mesure que les enfants grandissaient, il s'accentuait sans cesse davantage. Jacob s'avéra incarner l'Esprit et la Torah, et Esaü, la matérialité et la violence, identités en conflit jusqu'à l'arrivée du Messie, comme l'avait déjà pressenti leur mère, Rivca, par intuition historique prophétique2. Fait tout à fait particulier, lorsqu'Israël est dans son apogée, les nations héritières spirituelles d'Esaü sont à leur périgée, et inversement, comme l'ont maintes fois enseigné nos Sages. "Tyr par exemple, ne s'est enrichie que sur les ruines de Jérusalem", ces deux villes symbolisant respectivement Esaü et Israël sous leur dévoilement historico-politique.

Existentiellement, Esaü et Jacob ne peuvent pas vivre en harmonie côte à côte. Leur état permanent de belligérance implique ce mouvement historique de balancement entre les deux métropoles ci-dessus mentionnées. Tyr et Jérusalem incarnent deux cultures. Celle-là, l'identité "Esaü", l'homme de la matière, des champs, qui sait chasser, prendre son père et les gens en général au piège de son verbe3. En revanche, Jérusalem symbolise Jacob, l'homme qui demeure en permanence dans les salles d'étude et qui ne parle qu'au nom de la vérité. Dès lors, nul besoin d'expliquer davantage pourquoi ces deux hommes avec tout ce qu'ils symbolisaient-, ne pouvaient pas, à la lettre, se supporter. Avec le retour d'Israël à Jérusalem, son entité spirituelle reprend peu à peu le dessus sur celle d'Esaü.

Ceci étant : Actuellement, ces deux identités rivales continuent à lutter l'une contre l'autre, directement, comme à l'époque d'Hitler, ou, indirectement par le truchement des descendants d'Ishmaël. Quoi qu'il en soit, l'épée d'Esaü4 continue à nous menacer. Mais plus s'intensifiera le rayonnement d'Israël, plus notre Etat se renforcera économiquement, militairement et spirituellement, plus nous serons unis, et plus, conséquemment, Jérusalem se magnifiera. Ce faisant, nous verrons se réaliser la célèbre prophétie : "Des libérateurs monteront sur la Montagne de Sion pour se faire les justiciers du Mont d'Esaü et la royauté appartiendra à l'Eternel. En ce temps-là, l'Eternel sera Un et Un sera Son Nom"5.

Dans l'attente de la Délivrance pleine et entière.





Rav Yoram Eliyahou

"Il écoute la prière"

L'Eternel écoute-t-Il véritablement notre prière ?

Souvent, implicitement ou explicitement, nous nous demandons si la prière est vraiment exaucée ? Nous avons beau prier pour telle chose, nous ne l'obtenons pas pour autant ! Pour un malade, par exemple, qui est décédé malgré nos prières !

Ces derniers temps, nous avons traversé une période pénible en nous posant ces questions. N'avions-nous pas prié pour la guérison du Rav 'Hanan Porat, du Rav Benjamin Aizner et pour tant d'autres ?! L'Eternel les a pourtant repris! D'où la question, avec toute son acuité.

Par anticipation, le Rav Aizner y avait déjà répondu. Dans son testament, il avait ordonné qu'à son "hesped"6, on mentionnât un enseignement du Rav Kook7 qui explique en substance "qu'obligatoirement", la prière laisse une empreinte et se concrétise par "des chemins détournés, à nous impénétrables et connus seulement de l'Eternel. En d'autres termes, nous ne parvenons pas à comprendre la relation logique entre la demande, la "cause", et sa concrétisation, "l'effet". Mais nul doute, écrivait dans cet esprit le Rav Aizner, que nous n'avons pas prié en vain. La prière, don inestimable, l'Eternel nous l'a accordée pour que nous puissions faire face aux situations difficiles".

Nous sommes dans la même perplexité à l'égard de la Délivrance lorsqu'elle ne se déroule pas comme nous l'envisagions. Le Rav Yéhoshoua Ben-Méïr, Directeur de la yéshiva "Shévout Israël", me confia un jour que, durant la Guerre de Kippour, il se posait maintes questions, tant d'hommes bons étant tombés sous ses yeux ! Ayant du mal à affronter ces pensées, il profita d'une permission pour se rendre chez le Rav Tzvi-Yéhouda Kook et l'interrogea sur ce qui le tourmentait. "Donne-moi ton papier, lui demanda-t-il sans préambules !" Le Rav Ben-Méïr ne comprit pas. Peut-être, pensa-t-il, le Rav ne l'aurait-il pas reconnu ?! Il lui répéta son nom et le grand Maître lui répondit : "Oui, oui, ton papier, ton contrat avec Dieu sur la manière dont la Délivrance devrait se dérouler, toi qui prétends qu'Il ne l'effectue pas dans le sens que vous aviez convenu ! Eh bien, examinons le contrat et voyons si tu as raison !" Puis le Rav parla longuement avec lui pour renforcer sa confiance en la venue de la Délivrance, "progressive", comme l'enseignent constamment nos Sages.

Non, nous n'avons pas de contrat avec Dieu sur le "bon" déroulement des événements, c'est là un secret qu'Il n'a divulgué à personne. A nous de prier pour la Délivrance. Avant d'être exaucées, les prières sont en attente en un lieu céleste qui leur est réservé8 et, le temps venu, elles s'incarneront en actes ici-bas.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)



1 Cf. Rachi sur XXV, 14

2 Ibid.

3 D'après Rachi

4 Cf. Gen. XVII, 40

5 "'Alénou Léshabéa'h" fin

6 Oraison funèbre

7 'Olat Rayia Partie I, 11

8 Le "Otsar Hatéfilot", (le Trésor des prières