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"Vaïshla'h"

Rav Dov Bigon

Ceci étant

Le processus d'engendrement de la famille des Jacob



Une problématique traverse en filigrane les Parachot de la semaine, de "Toldot" à "Vayé'hi", c'est-à-dire jusqu'à la fin de la Genèse, l'engendrement de la "famille d'Israël".

Fait étonnant, les membres de cette famille toute particulière étaient en proie à des sentiments violents d'amour, de haine et de jalousie. Jacob lui-même, "L'homme de la plénitude"1 qui vouait sa vie à l'étude"2, "Aimait Ra'hel"3 et haïssait Léa. "Ra'hel jalousait sa sœur"4.

Au sein de cette famille prestigieuse, les relations personnelles étaient tendues entre les fils de Jacob eux-mêmes, du fait, entre autres, de la préférence du grand Patriarche pour Yossef5, relations, pour ainsi dire, déplorables lorsqu'on réfléchit de qui il s'agissait !

Pour comprendre l'étonnement, on doit diviser en deux phases le processus d'engendrement de celle-ci. La première étape, celle de la gestation, est faite de tensions, les épouses de Jacob et leurs enfants cherchant à s'attirer les faveurs du mari et du père, sans parler de la rivalité pour l'ordre de préséance et du rôle que chacun devait remplir dans la famille, épreuve de force qui faillit aboutir à une tragédie avec la vente de Yossef.

La deuxième étape, celle de la maturité, consacre l'unité familiale. Les sentiments violents s'atténuent et font place à la prise de conscience quil n'y a d'autre choix que de vivre ensemble malgré les différences d'opinions et les responsabilités diversifiées que chaque tribu était appelée à occuper dans la nation à venir, responsabilité d'ordre politique, religieux, éducatif, économique, etc. L'esprit prend le dessus sur les sentiments, et la famille se met à vivre dans l'harmonie, ce que concrétise au plus haut point l'enterrement de Jacob6.

Ceci étant : Nous avons bien de quoi nous réjouir d'assister au retour des dispersés après plusieurs millénaires d'exil, disséminés parmi les nations, semblables à la célèbre vision des "Os desséchés" d'Ezéchiel qui renaissent à la vie7, processus de résurrection nationale qui, tout naturellement, s'accompagne de conflits idéologiques et d'épreuves de force, comme à l'époque de l'engendrement de la famille de Jacob.

Mais plus nous nous acheminons vers la Délivrance, plus se dévoilent les points communs de la société israélienne. Alors, "Le roi8, en Yéshourun9, se manifestera lorsque les dirigeants du peuple se rassembleront et que s'unifieront les tribus d'Israël"10 pour remplir à nouveau pleinement leur vocation de "Royaume de prêtres et (de) peuple saint"11

Dans l'attente de la Délivrance pleine et entière.

Rav Yoram Eliyahou

Comment se comporter à la synagogue



Le Talmud12 rapporte un enseignement au nom de Rav 'Hisda : "Sans jamais y déroger, on entrera (l'espace de) deux battants à la synagogue" ; la distance, explique le Talmud, qui sépare les deux extrémités d'une porte à deux battants, avant de se mettre à prier.

L'auteur du Choul'hane 'Aroukh13 donne plusieurs explications à cette loi rabbinique. Pour certains Décisionnaires, rapporte-t-il, après être entré dans la synagogue, on doit d'abord accomplir la distance d'une porte à deux battants, huit palmes, soixante-huit centimètres environ, pour ne pas s'asseoir immédiatement à l'entrée, comme si l'obligation d'aller à la synagogue était pesante ; pour d'autres, parce qu'on serait tenté de regarder à l'extérieur et qu'on ne pourrait pas se concentrer ; pour d'autres encore, afin de ne pas se hâter de prier dès son entrée mais demeurer un instant immobile, le temps de parcourir la distance en question, "Pour retrouver sa sérénité", explique l'auteur du Mishna Béroura et être en mesure de prier avec concentration, ce qui n'est pas le cas lorsqu'on se met à prier dès qu'on entre à la synagogue. Et l'auteur du Choul'hane 'Aroukh d'ajouter "Qu'on doit prendre en considération toutes ces explications".

De ces lois rabbiniques, on apprend le caractère tout particulier de la prière. Elle exige qu'on doive véritablement s'en pénétrer et montrer qu'on est heureux de s'unir à l'Eternel. C'est pourquoi il faut faire une pause ne serait-ce qu'un instant et se concentrer intensément sur la prière et sur Celui avec qui on est en présence.

Le Maharal de Prague, quant à lui, explique14 ainsi l'expression "(L'espace d') une porte à deux battants" : le "Premier battant" renvoie à l'idée qu'on a fait que rejeter à l'extérieur ses préoccupations, ce qui ne signifie pas pour autant qu'on se soit totalement uni à l'Eternel. Pour ce faire, on doit en plus, concentrer sa pensée sur le fait de s'unir à Lui par la prière, d'où l'exigence, conclut le grand Maître, de ces "Deux battants", de cette entrée dans la prière par ces deux stades successifs. A titre d'exemple, avant d'entrer dans la synagogue, on doit d'abord veiller à ce que son portable soit silencieux puis l'oublier totalement.

Ainsi, pour prier convenablement, on doit obligatoirement se couper du monde extérieur.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)

1 Gen. XXV, 27

2 Ibid.

3 Ibid. XI
V, 18

4 Ibid. XXX, 1

5 Cf. Ibid. XXXVII, 4

6 Ibid. L in extenso

7 Cf. Ez. XXXVII

8 Le Messie, descendant de David

9 Israël dans sa plénitude

10 Deut. XXXIII, 5

11 Ex. XIX, 6

12 Bérakhot

13 Par. 90

14 Nétiv Ha'avoda (