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"Vaïgash"

Dr Michaël Aboulafia

Comme une veilleuse au milieu de la nuit



Parfois, on dirait que la vie est trop compliquée, trop pleine, aussi, au point qu'on en est incommodé durant la journée, qu'on a des insomnies et qu'on est stressé durant la nuit.

Or les enfants attendent de trouver chez les parents l'art de vivre dans la simplicité. Ils ont eux aussi besoin de détente, racine hébraïque qui contient également l'idée de guérison1, de revenir vers la vie simple d'autrefois et de savoir éprouver du plaisir par un verre d'eau, un sourire ou une étreinte sans le bruit tapageur des films et de la publicité.

Ainsi, nous accumulons une multitude d'objets inutiles qui nous prennent beaucoup d'énergie. Si l'un d'entre eux n'a pas servi durant un an, c'est qu'il n'a pas d'utilité réelle ; alors il faut savoir s'en séparer ce qui nous aidera à consolider davantage encore nos liens familiaux. Vivre en toute simplicité demande beaucoup de réflexion, racine qui renvoie aussi à l'idée d'édification2. "Que dois-je véritablement garder, de quoi dois-je me séparer comme étant désormais inutile ?" Par-là, nous n'entendons pas seulement les objets proprement dits mais aussi les trop-pleins d'émotivité, de pensées, d'imagination et de mots qui expriment le mécontentement et la colère. "Pour le corps, enseignait un grand Maître de la "Mishna", je n'ai rien trouvé de mieux que le silence"3. Le goût des aliments a lui aussi perdu sa simplicité, il est devenu trop sophistiqué et contient trop de sel, de sucre, de colorants et de farine blanche. De manière un peu comparable, nos relations avec nos enfants renferment trop de gâteries, de jouets superficiels et trop de "Si on peut dire".

A "Hanoukka", fête de l'éducation4, nous sommes en mesure d'opérer un recommencement et de réfléchir sur l'huile pure qui, par la mèche, fait monter une lumière, nouvelle, depuis un niveau si bas, au départ, moins de dix palmes, quatre-vingts centimètres, niveau si simple de la vie familiale !

Luttant contre cette simplicité, les "Yévanim", les "Hellènes"5, voulaient nous voir occupés à perfectionner la forme6 extérieure et à dédaigner l'authenticité et la simplicité7, valeurs qui émanent de la profondeur.

Cette période de l'année où les nuits sont les plus longues nous fait prendre à nouveau conscience du caractère illusoire du superflu et du clinquant de la société qui risquent de porter préjudice à la simplicité de nos relations avec nos enfants.

Rav Eran Tamir

Le statut de la femme dans le judaïsme,

Une notion que l'ignorance a défigurée (Suite)



(Dans cet article, le Rav Tamir explique qu'essentiellement l'ignorance est la cause des malentendus concernant le statut de la femme dans le judaïsme).

En décrivant l'homme pour la première fois, la Torah enseigne : "Dieu créa l'homme à Son image8. A l'image de Dieu Il le créa, mâle et femelle Il les créa"9.

D'emblée, ce verset laisse apparaître trois difficultés fondamentales d'exégèse.

  1. Il parle de l'homme à la fois au singulier et au pluriel : "Il créa l'homme à Son image", "Mâle et femelle Il les créa". Par l'emploi des deux nombres (du singulier et du pluriel), que veut-il suggérer ?

  2. L'homme est le seul à avoir été créé "A l'image de Dieu". Comment comprendre cette expression par laquelle l'homme se singularise ?

  3. Qu'elle rapport y a-t-il entre le fait d'avoir été créé "A l'image de Dieu" et "Mâle et femelle ?"

A ces trois questions, il y a une réponse qui enseigne un principe fondamental concernant le statut de la femme et la compréhension de l'homme dans ce qu'il a d'intrinsèque. Essentiellement, l'entité "Homme" est un ; pourtant cette unité se compose de facettes diversifiées et même opposées, différenciation et opposition qui s'expriment par les modalités de la masculinité et de la féminité, par la valeur de chacune d'elles et par le respect qui leur est dû. Cette égalité d'essence, le verset l'exprime d'emblée par le singulier, la création de l'Homme. Puis, une fois ce principe acquis, il passe aux différenciations pour ce qui est de la psychologie, de la morphologie, des interrelations de ces modalités diversifiées, de leur rôle respectif, etc. ; ou, pour résumer d'une phrase lapidaire ces considérations : égalité : oui. Identité : non.

Dans cet esprit, le Talmud enseignait : "Pour toutes les lois de la Torah, le verset a mis sur le même pied la femme et l'homme"10, "L'égalité, expliquait le Rav Tzvi-Yéhouda Kook"11 étant le principe directeur. La masculinité et la féminité font toutes deux partie de "L'image de Dieu inhérente à l'homme. Néanmoins, il y a des nuances, mais on ne commence pas par la différence mais par le semblable, avec tout ce que cela implique au niveau de la méthode d'approche du sujet. On ne peut élucider les différences qu'en partant du semblable", ce qui vaut aussi pour l'image divine inhérente à l'homme".

En hébreu, comme on sait, il y a de nombreux noms pour dire "Dieu", chacun d'eux renvoyant à l'un de Ses "Attributs" particuliers. Ainsi, "Elohim" renvoie à Dieu en tant qu'Il inclut la multiplicité des forces et leurs antagonismes, et "Qu'elles Lui appartiennent toutes", pour citer une expression de nos Sages12, d'où l'emploi du pluriel (et non pas du singulier, "Eloha").

Ainsi, l'homme est le seul être créé qui, pour ainsi dire, ressemble à Dieu, en ceci qu'il inclut des forces diversifiées et même antagonistes, d'où l'expression : "Créé à l'image de Dieu", les forces fondamentales antagonistes les plus accusées étant la masculinité et la féminité qui lui sont inhérentes, plus encore que l'opposition matièreesprit qui le constituent, d'où la précision : "Mâle et femelle Il les créa". Toujours dans le même esprit, le Rav Shimshon Réfaël Hirsch faisait remarquer qu'au Paradis, la Torah ne présentait pas Eve comme inférieure à Adam mais comme étant sur le même plan que lui, chacun d'eux ayant ses tâches particulières13.

Pourquoi, dès lors, avoir créé l'homme si ambivalent ? Nous tenterons de répondre à cette question dans le dernier article consacré à ce sujet.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)

1 , , -

2 , , --

3 Maximes des Pères 1, 10

4 La racine de ce mot, --, renvoie à l'idée d'inauguration et à celle d'éducation

5 Et non pas les Grecs, comme on le croit à tort

6 Yavan descend de Yéfet, racine qui renvoie à l'idée de forme, d'esthétisme, --

7 Racine qui renvoie aussi à l'idée d'abstraction, --

8 Suivant la représentation que Dieu avait de lui avant de l'avoir créé

9 Gen. I, 27

10 Traité Baba Kama 15 a

11 Sikhot, Ish Véïsha

12 Passim

13 Cf. Gen. II, 18