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"Vayé'hi"

Dr Michaël Aboulafia

Le "châtiment" dans l'éducation



Dans le judaïsme, la notion de "châtiment" concernant l'éducation n'apparaît que dans un verset des proverbes : "Ménager les coups de verge, c'est haïr son enfant ; mais avoir soin de le corriger, c'est l'aimer"1. Pourtant, actuellement, il n'est guère souhaitable de la manier car nous sommes devenus de nature fragile.

Dans cet esprit mais dans un contexte différent- le Rav Kook faisait déjà remarquer qu'on n'avait plus la force de multiplier les jeûnes pour mieux servir l'Eternel mais qu'on devait magnifier l'étude de la Torah, de la foi2 et l'amour de l'Eternel et d'autrui. Bien entendu, poursuit le grand Maître, on doit soumettre et orienter la volonté de l'enfant, principalement entre trois et douze ans, effort qui requiert beaucoup de doigté3. Néanmoins, l'autorité parentale et les limites à ne pas dépasser ne doivent pas porter préjudice à son innocence, à sa richesse créatrice ni, non plus, à sa croyance naïve que même si ses parents élèvent la voix, ils ne l'aiment pas moins pour autant.

C'est pourquoi, actuellement, il n'y a pas "châtiment éducatif" mais la conséquence logique d'un acte répréhensible : "A la table de Shabbat, tu déranges tout le monde ! Va dix minutes dans ta chambre (s'il a une dizaine d'année) et réfléchis comment, toi aussi, tu pourrais mettre une bonne ambiance !", par exemple, ou tout autre phrase visant à corriger une mauvaise action.

On ne saurait craindre d'imposer des limites mais à l'âge de l'adolescence il est préférable que la formule mette l'accent sur la limite proprement dite : "Tu sais très bien que chez nous on ne rentre pas d'une activité après onze heures du soir ! Je t'interdis formellement d'y aller demain car tu es rentré en retard". Le principe est simple : d'abord on présente le sujet de mécontentement avec amour et attachement ; ensuite, seulement, on peut parler clairement des limites mais, répétons-le, sans punir l'enfant mais en lui permettant de corriger la conséquence logique d'une mauvaise conduite, en distinguant le fait qu'il a mal agi et le fait qu'essentiellement, il est bon : "Ca ne te ressemble pas !" Puisqu'effectivement il est bon.

Rav Eran Tamir

Le statut de la femme dans le judaïsme (fin)



D'emblée, l'Eternel établit : "Il n'est pas bon pour l'homme d'être seul"4.

A première vue, ces deux mots, "Pas bon" semblent bien surprenants puisqu'ils ne se retrouvent ni dans la description de l'Acte de la Création ni même dans celle de la Faute d'Adam et d'Eve. De plus, dans l'article précédent, nous avions mentionné que "L'Homme", créé à l'image de Dieu, possédait les modalités de la masculinité et de la féminité et donc, pour ainsi dire, qu'il n'était pas "seul, "lévado"5 ?! - Pour dissiper "l'étonnement", on doit analyser l'étymologie de ce mot.

Elle a pour sens premier "voûte"6 ou, plus en profondeur, "entité réunissant dans un tout deux éléments différents", sens littéral en araméen. Mentionnons en passant que la Torah utilise des mots étrangers ; "Moshé", qui, en égyptien, signifie "fils"7, pour ne citer qu'un exemple significatif. Ainsi, "lévado" "réunit dans un tout" les deux dimensions, celle de la masculinité et celle de la féminité. Expliquons la signification de cette ambivalence.

Ce dualisme, ou, pour mieux dire, cet antagonisme originel, et, néanmoins, cette unité ontologique par-delà les oppositions de ces deux dimensions, contenait en potentiel un grand danger, que les deux dimensions en question se contrarient au point de se porter préjudice et de ne plus pouvoir s'épanouir ni remplir leurs fonctions spécifiques. En conséquence, bien qu'originellement l'Homme participât de ces deux modalités de même valeur, il aurait été anéanti par cette union constante dans ses deux polarités et dans leurs facultés respectives. En d'autres termes, la masculinité aurait entravé l'épanouissement de la féminité, et réciproquement, d'où leur séparation de facto pour que l'Homme (en tant que porteur de ces deux modalités) puisse, dans un premier temps, extérioriser les différentes nuances de sa personnalité, homme ou femme et, dans un deuxième, se unir, d'où l'attirance l'un pour l'autre.

Dans cet esprit, le Rav Kook faisait remarquer que l'Eternel a fait montre de grande générosité à l'égard du monde "En ne rassemblant pas tous les dons en un lieu unique mais en les dispersant" pour permettre à chaque singularité de mettre pleinement en pratique son potentiel, d'avoir avec les autres des influences interrelationnelles et, enfin, de pouvoir s'unir en un tout organisé8, d'où "l'attirance" réciproque ci-dessus mentionnée des différents composants, expression de l'aspiration du créé à la perfection, et ce, répétons-le, par la union de ses "demi-perfections", celle de la masculinité et celle de la féminité. Chacune d'elles ayant atteint sa propre perfection individuelle, elles peuvent ensuite s'unir dans une perfection plus grande encore, car, pour reprendre un autre enseignement du grand Maître, un plus un ne font pas seulement deux mais aussi encore un, plus proche encore de la perfection idéale. Dans cet esprit, trois fois par jour, nous concluons la prière en proclamant "Qu'en ce jour, L'Eternel sera Un, et Un sera Son Nom"9.

Voilà comment, exprimé de manière très globale, l'Eternel régit le monde et, en particulier, les relations entre l'homme et son épouse, d'où l'importance du "statut" de cette dernière, pas moins important que celui de son mari.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)

1 Prov. XIII, 24

2 Dans le judaïsme, la "Foi du charbonnier est vide de sens car elle doit faire l'objet d'une étude particulière

3 Cf. Orot Hakodesh III, 76

4 Gen. II, 18

5

6 

7 D'après le "Maharsha" sur Traité "'Houlïn" 24

8 D'après "Orot Haté'hia", 19

9 "'Alénou léshabéa'h