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"Vayéra"

Dr Michaël Aboulafia

On doit "fermer les yeux" a priori

Lorsqu'on s'occupe de psychologie ou d'éducation animé par la foi, on donne une signification différente aux instruments et aux interprétations d'ensemble. Ainsi, plus on est croyant plus on est capable de "fermer les yeux". Illustrons.

Un homme voyageait dans une vieille voiture. Dans une montée, il s'aperçut que le moteur chauffait légèrement. Il ouvrit le radiateur et l'eau en jaillit, si bien qu'après quelques secondes il était vide. Il venait de le vider de ses propres mains ! S'il ne s'était pas arrêté, il serait peut-être arrivé chez lui et s'en serait occupé plus tard après le refroidissement du moteur.

Un homme tenait à tout prix à ce que sont épouse eût la tête entièrement couverte. Les cris et les disputes que cette obstination entraînait furent tels qu'ils causèrent chez elle une réaction de refus systématique qui devait accompagner le couple toute leur vie durant.

A chaque veille de Shabbat, un enfant devenait turbulent et, au repas, faisait sortir les parents de leurs gongs.

Constamment stressé et angoissé sans raisons, un homme se rendit aux urgences. Après examens ad hoc, le psychiatre lui déclara qu'il devait consentir à se faire interner. Là, par mimétisme, au contact des autres malades, il aggrava considérablement son cas.

Un enfant de quatre ans souffrait d'hyper-activisme. Le médicament qu'on lui administra ne fit qu'aggraver sa maladie.

A notre génération, nous avons une prise de conscience exagérée. Or, "Abondance de sagesse, abondance de chagrin"1, d'où le souci de responsabilité et de perfectionnisme exagéré lui aussi : assurance-vie, assurance-accidents du travail, assurance-auto, assurance-biens immobiliers, assurance-emprunts, pension, assurance-assurances, etc.

Assurément, vérifions le niveau d'eau avant chaque voyage et établissons aussi des relations de couple fondées sur l'amour en prenant vraiment les décisions en commun. Grâce à un sens intuitif sain, nous pourrons rendre la table de Shabbat plus paisible parce que nous aurons fait du repas un prétexte à réjouissances. Nous transformerons les intuitions spirituelles et corporelles en occasions de changer nos habitudes. En bref, ne transformons pas un symptôme en syndrome.

Parfois on doit savoir "fermer les yeux" a priori. Certes, il faut s'efforcer, de prendre les garanties obligatoires mais, parallèlement, mettre toute sa confiance en Dieu, persuadé que les crises sont le prélude à un nouvel épanouissement.



Rav Elisha Aviner

"Il faut que jeunesse se passe"

Question : Notre fils, âgé de quinze ans, est en pleine crise d'adolescence, ce qui nous donne bien du tracas. Il peut se montrer si indifférent ! Constamment, nous nous demandons si nous devons engager une confrontation directe avec lui ou bien, au contraire, laisser faire le temps jusqu'à ce qu'il murisse et se sente plus concerné ?

Réponse : On ne saurait attendre d'un adolescent qu'il se comporte en adulte même si, par ailleurs, il peut être charmant. On considère comme inhabituel, pour ne pas dire inquiétant, un enfant trop sérieux. En revanche, on attend d'un jeune homme qui va entrer dans l'âge adulte de se conduire en conséquence, c'est-à-dire de se montrer sérieux, responsable, pondéré, cohérent, maître de lui, coopératif, etc. C'est pourquoi s'il continue ses enfantillages, il crée chez ses parents un sentiment profond de déception et de frustration souvent injustifié car il a pour origine des attentes prématurées. L'adolescence est une période transitoire entre l'enfance et l'âge adulte où l'une et l'autre agissent de concert. Ne confondons pas "adulte" et "adolescent", ce dernier ne s'étant pas encore affranchi du carcan de l'enfance et il est trop tôt pour lui demander de se comporter en adulte. "Il faut que jeunesse se passe". Le temps viendra où, ayant mûri, il pensera en adulte.

La jeunesse se passe à son rythme. Certains sont mûrs à la "Bar-Mitsva"2, d'autres, après vingt ans. On attribue ces différences à la génétique, au milieu ambiant, aux expériences de l'enfance, etc. En général, on ne peut pas hâter le processus, "Tout vient à point à qui sait attendre". Patience, voilà le mot-clef. Nous nous mesurerons plus aisément avec cette situation si nous sommes convaincus qu'elle n'est pas statique mais transitoire, et nous nous emplirons de joie si, au lieu d'être obnubilés par les expressions infantiles, sources de frustrations, que le jeune homme n'a pas encore abandonnées, nous observerons plutôt les comportements d'adulte qu'il déploie pour les extérioriser peu à peu.

N'allons pas penser non plus qu'une attitude contemplative conviendrait mieux car nous avons un rôle éducatif à jouer. L'adolescent apprend de nous ce que signifie être adulte, penser et se comporter comme tel, assumer ses responsabilités, s'engager et réagir face à des situations données. C'est pourquoi nous devons l'assister dans son processus d'émancipation par des conseils et des directives en lui faisant participer à nos hésitations, en lui montrant comment on arrive à une conclusion réfléchie et à une prise de décisions raisonnée, en lui expliquant et en le critiquant si nécessaire, en encourageant les comportements d'adultes et, enfin, en développant chez lui le sens des responsabilités, non seulement au nom de la famille mais aussi au nom de la spiritualité, de la religion, de la société et de la collectivité.

Etre "éducateurs" ne suffit pas, il faut également avoir des exigences envers celui qui va entrer dans le monde des grands, sans être trop pressé, répétons-le, et sans avoir des attentes trop élevées qui risqueraient de susciter des conflits s'il n'est pas à même de les satisfaire. On doit veiller à ce que des conflits permanents et épuisants avec les parents et des disputes sur son manque de coopération ne deviennent l'essentiel de son expérience juvénile et comprendre que cette période est complexe et qu'elle doit aller à son rythme, qu'elle diffère d'un enfant à l'autre et que le jeune voisin n'est pas un critère d'appréciation.

De même que les visages sont différents, le processus de développement de chaque adolescent sera lui aussi différent.

Vous pourrez adresser vos observations par Email : aviner@neto.net.il


(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)

1 Ecc. I, 18

2 Majorité religieuse