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Dr Michaël Aboulafia

Transformer la peur en crainte

La période de "Bèn Hamétsarim" est enfin passée. Durant ces trois pénibles semaines, on avait peur de tout : du "mauvais œil, des dangers et des ennemis. Nous étions et sommes toujours- emplis de tristesse à la pensée de tout ce qu'on a perdu : le Temple, les sacrifices, le Sanhédrin et la présence de l'Immanence divine.

Pourtant, par le travail sur soi et l'éducation, on découvre que plus on comprend le manque, plus on met en œuvre des forces jusque-là inexploitées.

L'enfant a besoin de limites. Elles le structurent et, en particulier, lui donnent le sentiment qu'il n'est pas omnipotent et qu'au-dessus de lui existe une Force transcendante qui sait mieux que lui.

Plus tard, il développera le sentiment de "Crainte de l'Eternel", entendu par-là la vision transcendante, celle d'une " Modalité plus profonde, suprême", pour ainsi dire, qui assume le réel, prise de conscience qui lui procurera un sentiment d'apaisement.

Comme on sait, la peur a pour origine la distance qui sépare ce qui devrait être de ce qui est effectivement. Animé du sentiment que tout dépend de moi, je risque d'avoir des attentes trop hautes, au point de me dévaloriser totalement si je n'y réponds pas.

C'est pourquoi on traite la peur en baissant le niveau des attentes et en renforçant la foi par la prise de conscience que tout provient de Lui, qu'Il supervise le monde et que moi, si petit, fais de mon mieux, volonté qui doit être authentique. Pourtant, on doit comprendre qu'il n'y a pas la moindre corrélation entre l'effort fourni et la réussite ou l'échec. C'est pourquoi lorsque Nabuchodonosor entra dans le Temple, il vit les "Kérouvïm" (Chérubins", représentations tridimensionnelles d'un petit garçon et d'une petite fille de neuf ans et demi, animées) pareilles à deux amants alors qu'ils auraient dû être "dos-à-dos", comme cela se passait souvent au temps du Premier Temple, lorsque l'Eternel était en colère, preuve qu'Il nous aimait toujours, comme à l'époque du Mont Sinaï ou à celle du premier Temple quand nous faisions sa Volonté.

Le sentiment d'éloignement implique une baisse du niveau des attentes. Alors, on peut s'unir à sa vie dans ce qu'elle a d'intrinsèque, avoir une perception transcendante et comprendre que tout ce qui se passe ici-bas n'est qu'à strictement parler le Dévoilement de la Présence divine. Alors on reprend pied avec soi-même, avec son prochain et avec Dieu. Voilà ce que symbolisaient les "Kérouvïm", pareils à deux amants.

L'enfant a lui aussi besoin de parents aimants, bienveillants et au visage accueillant. Même s'il prend un mauvais chemin sous l'emprise d'influences étrangères et qu'il redoute les attentes trop élevées, on doit lui faire reprendre pied avec son essence primordiale, avec sa vie dans son authenticité et on doit lui imposer des limites afin qu'à nouveau il ressente que le monde, bon, est effectivement soumis à la Providence. Dès lors, parallèlement, il comprend que la sentence : "Ménager les coups de verge c'est haïr son enfant" (Prov. XIII, 24) est l'expression d'un amour infini pour son âme.




Rav Ouri Cherki

L'itinéraire de nos ancêtres dans le désert,

notre histoire et celle de l'humanité en raccourci (Partie II)


(Dans cet article, le Rav Cherki analyse en détails le parallélisme entre les étapes de nos ancêtres dans le désert, et les grandes phases historiques de notre peuple et de l'humanité)


Mossarot (idée de chaînes) qui marque le début de la chaîne, de l'engendrement d'Israël proprement dit.

Béné Ya'hakan : allusion aux enfants de Yaakov.

Bé'akat (idée d'extrême détresse) : allusion à l'exil en Egypte, avec les immenses souffrances qu'il a entraînées.

'Hor Hagidgad : mots qui renvoient respectivement à l'idée de libération et de bataillon, allusion à la libération d'Egypte et aux "Armées d'Israël" (Sources passim).

Yotvata (nom dont les lettres intérieures, teht-bèt, renvoient à l'idée de bon) : allusion au Don de la Torah. Essentiellement, cet adjectif s'applique à la Torah (d'après un enseignement de nos Sages, passim)).

'Evrona (qui renvoie à l'idée de traverser) : allusion à la traversée de l'Arnon et du Jourdain.

Etsion Gavèr : allusion à l'un des noms de David et à la planification, à Sion, du Temple par le roi prestigieux.

Kadesh (idée de sainteté) : allusion au Premier Temple, lieu de la sainteté par excellence.

Hor Hahar (mots qui renvoient à l'idée de deux montagnes) : allusion à la mort du Grand-Prêtre Aaron sur cette montagne et au Mont du Temple.

Tsalmona (qui, indirectement, renvoie à l'idée de "L'ombre de la mort") : allusion aux ténèbres de l'exil en Babylonie.

Pinon (idée de première pierre) : allusion du début de l'édification du Second Temple.

Ovot (idée de pères, fondateurs) : allusion aux "pères", les premiers de ceux des Maximes des Pères, appelés aussi "couples" parce qu'ils enseignaient la "Mishna" "Deux par Deux".

'Iyé (idée de ruines, de décombres) Ha'avarimm (idée de traverser, de passer) : allusion à la destruction du Second Temple et au passage à une nouvelle étape de notre histoire.

Divon (idée d'immense souffrance) Gad (idée de groupes différenciés) : allusion à l'immense détresse en Diaspora.

'Almon (idées de disparition) Divlataïm (idée de syncrétisme) : allusion à la tendance qu'a eu la Torah de disparaître et de devenir un syncrétisme du fait qu'en Diaspora la Tradition, jusque-là unique, est devenue confuse du fait de l'interférence entre ses différentes expressions, séfarades, ashkénazes, yéménites, etc.

Haré Ha'avarim (idée de passage entre deux montagnes, le fait de "passer entre" renvoyant à l'idée d'alliance, comme "l'alliance entre les quartiers" Gen. XV, 17) : allusion à la fidélité à l'Alliance et à la transmission de la Torah (passage d'une génération à l'autre) à l'époque de l'Holocauste.

'Arvot (idée d'engagement) Moav (pays qui porte ce nom d'où vient Ruth, fondatrice de la Royauté d'Israël) : allusion au Royaume d'Israël qui a eu pour origine Ruth, la Moabite.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)