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"Térouma"



Dr Michaël Aboulafia

Comment faire face au phénomène des "sectes" ?


Question : Ma fille, âgée de vingt-et-un ans a été happée par une secte. Elle est prête à travailler sur elle mais, à ce stade, elle n'en est pas capable. En tant que parents, que faire ?

Réponse : Votre fille est tombée dans le piège d'un système solidement ancré qui vise uniquement à dominer les personnes délicates et à les asservir, émotionnellement et spirituellement parlant. On doit donc comprendre qu'il s'agit là d'un phénomène terrible contre lequel la nation tout entière doit réagir.

Néanmoins, au niveau thérapeutique, je conseillerais de la diriger vers un "groupe de soutien" qui pratique la méthode des "Douze Pas", pour la "désintoxiquer", au sens large du mot ; car, à l'instar d'une toxicomane, votre fille n'est que peu unie à elle-même ; or, selon nous, on ne peut être indépendant qu'en s'unissant à la vie de l'âme. Les sectes essaient d'asservir cette partie de la personnalité, son identité intrinsèque.

Comme ci-dessus mentionné, au travail individuel doit s'ajouter le "travail de groupe" pour s'identifier à nouveau à une collectivité qui opère un retour vers son essence. C'est pourquoi, principalement, le "groupe" doit croire en l'existence d'une force transcendante. En d'autres termes, on ne peut restituer à l'individu sa singularité, son indépendance et sa vigueur (mots de la même racine) tant qu'il ne croit pas en l'existence de Dieu, par-delà les gourous et les "idoles", "pessalim", mot qui renvoie à l'idée de "rejet", de "se mettre en position de rejet". C'est pourquoi le travail sur soi au niveau individuel a pour but de restituer à la personne sa relation à son corps, à ses émotions et à ses conceptions du monde.

Le premier stade est toujours celui d'une "aération psychique". Dans le cas présent, aider votre fille à parler de l'état de détresse qui l'a conduite à adhérer à une secte. Ensuite, on doit l'aider à considérer différemment l'image qu'elle a d'elle-même et de son identité, en approfondissant les relations entre ses opinions et la pensée originelle, intérieure et positive. Par-là, nous n'entendons pas un "lavage de cerveau" mais un travail visant à "réconcilier" la personne avec ses forces psychiques. C'est pourquoi vous ne devez pas perdre espoir ! Par-delà le phénomène d'asservissement, l'âme, d'essence divine, exprime violemment sa voix dans un cantique empli de force, âme qui "participe du Divin", et qui ne demande qu'à créer, qu'à s'épanouir et qu'à approfondir sa relation au "Maître du monde". Voilà pourquoi, semble-t-il, votre fille est tombée dans ce piège. Désespérée, elle était en quête d'un je-ne-sais quel espoir ; pauvre, elle cherchait de la nourriture ; loin d'elle-même, elle aspirait à se retrouver.

Nous devons lui rendre le respect qu'elle se doit à elle-même, l'espérance, la vie sociale, les besoins minimaux, l'identité, la chaleur et l'amour de la foi qui brûle en son cœur.



Rav Yoram Eliyahou

"Car c'est Sion que Dieu a choisie"


Au début de l'Introduction à "Orot", figure un enseignement bien connu du Rav Kook : "Eretz-Israël n'est pas une entité superficielle, un acquis extérieur de la nation, un simple moyen permettant de s'unir en collectivité et de subvenir à son existence matérielle ou même spirituelle". Le Rav rejette l'explication commune qui considère Eretz-Israël comme étant uniquement un territoire géographique, une source de subsistance pour ses habitants ou même une source d'inspiration pour la créativité culturelle ou même spirituelle. En réalité, elle "Est un tout en soi, unie d'un lien vital à la nation". Par-là, le Rav enseigne qu'il y a une entité transcendante à cette Terre et à ce peuple, et que celle-là est unie à celui-ci par un lien vital. Cet enseignement a pour origine une exégèse du Zohar sur le verset : "Qui est comme toi, Israël, peuple un sur la terre" ? (Zohar "Vaïkra" 93 sur Sam II, Vii, 13) – Le peuple juif est pleinement un lorsqu'il est sur sa Terre, fait qu'on doit constamment avoir à l'esprit. C'est pourquoi, relativement aux "Pessiké Dézimra" qu'on lit au début de la Prière du Matin, les "Guonim" ont prescrit de lire d'abord des versets à caractère universel, puis des versets à caractère strictement national, avec, dans l'ordre, la mention de Sion, de Jérusalem, du choix de Dieu pour Eretz-Israël et, enfin seulement, l'élection du peuple. En manière de conclusion, à la fin des "Pessiké Dézimra", les "Guéonim" ont inséré un verset qui réunit dans un tout Eretz-Israël et notre peuple : "Car l'Eternel ne délaisse pas Son peuple, et Son héritage, Il ne l’abandonne pas" (Ps. XIIIC, 14). De même, explique le Rav Tzvi-Yéhouda Kook ("Si'hot Eretz-Israël") que le choix du peuple juif émane d'une Décision divine, de même le choix pour cette Terre" (Ibid.).

Ainsi, dans les "Pessiké Dézimra", en évoquant d'abord le choix de Dieu pour Eretz-Israël et, ensuite seulement, le choix de Dieu pour notre peuple, les "Guéonim" ont voulu répondre d'avance à l'objection qu'on peut pratiquer la Torah même en l'absence de notre Terre. Il s'agit là d'une erreur de principe car le choix de l'un et de l'autre forme un "tout transcendant", comme mentionné plus-haut, et relève directement de la Volonté de Dieu, Créateur du monde et de l'histoire (d'après ibid.).

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)