"


"Toldot"

Rav Shlomo Aviner

La grande fête de "Sigad"



C'est la solennité, la plus importante des Juifs originaires d'Ethiopie. Elle tombe le 29 'Heshvan qui, cette année, est un Shabbat ; on l'a donc avancée au jeudi précédent.

Bien qu'elle soit particulière à cette communauté, elle contient sept principes fondamentaux de la foi juive auxquels chacun d'entre nous est astreint.

a) La Torah

Elle est notre vie, notre bien le plus précieux. A l'occasion de cette fête, ils gravissent une montagne, haute et pure, en souvenir du Mont Sinaï, avec la "Oraït"1, en chantant et dans la joie, chaque année, comme mentionné plus-haut, pour concrétiser le constant renouvellement de la Torah.

b) La "téchouva"2

A priori, on doit mettre en pratique la Torah dans sa totalité mais qui ferait le bien sans jamais faillir ?!3 C'est pourquoi la "téchouva" fait suite à la "Torah", la "Sigad" se situant cinquante jours après "Kippour", fête où les Juifs éthiopiens jeûnent et font "téchouva". Ne faire téchouva qu'à Kippour ne suffit pas car elle est une exigence de tous les instants. De même qu'on compte cinquante jours de "Pessa'h" à "Shavou'ot", de même depuis Kippour à Sigad, un petit "Shavou'ot", pour ainsi dire.

c) Le caractère immuable de L'Alliance

L'Eternel a contracté l'Alliance avec Son peuple, constamment en vigueur en dépit de ses fautes. Celui-ci la réactualise chaque année, ce qui vaut d'autant plus lorsqu'on reprend pied avec Eretz-Israël, réactualisation qu'au retour de Babylonie Néhémie avait exprimée avec le plus grand faste en exhortant vivement le peuple à faire "téchouva" et en lui enseignant la crainte de l'Eternel4, ce qu' -exprime entre autre=s cette fête.

d) L'unité

Avec les Juifs éthiopiens, nous gravissons cette montagne, unis, mettant en pratique le verset : "Qui comme Ton peuple Israël est un lorsqu'il est sur sa terre !?"5. Mais faire cette unité n'est pas chose facile ; peu importe, nous allons de l'avant.

e) Le refus du christianisme

Il y a quelque mille sept-cents ans, un empire chrétien voyait le jour, l'Ethiopie à venir. Une guerre de religion s'ensuivit avec les Juifs qui l'habitaient. Ces derniers parvinrent à créer un véritable Etat, "Béta Israël"6 à la fin d'une guerre de plus de quatre siècles. En témoignage de remerciement pour les miracles que l'Eternel leur avait fait, Guid'on, roi de l'Etat, instaura une fête, la "Sigad". L'Etat survécut quelque mille trois-cents ans pour être finalement conquis par l'Ethiopie. Ainsi, cet Etat prestigieux et ses guerres emplies de vaillance avaient eu pour origine l'opposition au christianisme.

f) La vaillance

La vaillance qui, jadis, avait permis l'instauration de cet Etat se manifeste à nouveau chez les Juifs originaires d'Ethiopie, certains d'entre eux étant des soldats et des officiers d'élite.

g) Le culte à rendre à l'Eternel

Il est la finalité de notre vie, ce qu'exprime le nom de la fête, "Sigad", racine hébraïque7 qui renvoie à l'idée de "s'incliner", de "se soumettre" à l'Eternel, ce qui est le plus important.




Rav Elisha Aviner

Ce qu'on a appris à l'enfance a une valeur toute particulière



L'expression "Guirsa déyankouta", "ce qu'on a appris par cœur à l'Enfance", ne figure qu'une seule fois dans les Sources.

Un jour, rapporte le Talmud8, on fit part d'une loi rabbinique à Abayé qui la déclina. Bien plus tard, on la lui soumit à nouveau au nom de Rabbi Yo'hanan et il l'accepta. "Si j'en avais eu le mérite, avoua-t-il, je l'aurais acceptée dès la première fois". De quoi se désolait-il, interrogent nos Sages ? En fin de compte, ne l'avait-il pas acceptée ?! Et de répondre qu'Abayé déplorait le fait qu'il ne l'avait acceptée qu'à un âge avancé "Parce qu'il ne l'avait pas apprise à l'enfance". Ce qu'on apprend par cœur "A l'enfance", explique Rachi, se retient mieux que ce qu'on a appris dans sa vieillesse.

Formellement, faisions-nous remarquer, l'expression ne figure qu'une seule fois dans les Sources ; pourtant on la retrouve souvent sous des formes différentes. Ainsi, une "Maxime des Pères"9 rapporte : Elisha fils d'abouya enseignait : Celui qui apprend enfant est comme de l'encre écrite sur une feuille de papier vierge ; âgé, comme de l'encre écrite sur une feuille de papier effacé". D'ordinaire, on explique qu'on se souvient mieux de ce qu'on a appris à l'enfance parce que cela reste gravé dans la mémoire et demeure jusqu'à la vieillesse10, la mémoire, plus aiguisée lorsqu'on est jeune s'émousse avec l'âge. Ainsi, la "mémoire figurative" n'existe, en général, que chez les enfants. Parfois, chez les adultes, la "mémoire de l'instant passé" peut disparaître complètement.

A cet état de fait, il y a une autre raison. L'enfant apprend avec joie parce que, encore insouciant, il est entièrement réceptif. En revanche, âgé, il est empli de tourments et d'angoisses car, devant quitter ce bas-monde et accaparé par les événements, il n'est plus en mesure d'intégrer ce qu'il entend si ce n'est sur le moment, pour le rejeter immédiatement après, ce que montre l'expérience11. Le Rav Kook signalait un point supplémentaire12 : les événements mémorisés forgent la personnalité. Les expériences personnelles, les bribes d'information que recueille l'enfant exercent sur lui une influence, d'où l'importance de lui permettre d'intégrer des valeurs, des enseignements ayant trait à la Torah et à la sainteté, en particulier. Ces données reçues, poursuit-il, n'ont pas seulement une influence ponctuelle mais agissent également comme un tout dans l'élaboration de la personnalité. L'enfant et l'adulte ne pensent pas de la même manière et n'ont pas non plus les mêmes perspectives. C'est pourquoi l'influence de telle information diffère selon qu'on est jeune ou âgé, les enseignements de la Torah, en particulier, que l'adulte retravaille, de sorte que leur influence est double. En revanche, si on ne reçoit qu'adulte tel enseignement, on n'aura pas bénéficié de l'influence qu'il aurait pu avoir si on l'avait appris enfant.

C'est pourquoi de tout temps le peuple juif a attaché une importance particulière à étudier la Torah dès l'enfance pour que la "Guirsa déyankouta" soit la plus vaste possible. Nul doute que les enfants doivent s'amuser et se dépenser ; néanmoins, ils ne doivent pas gâcher pour autant leur enfance. Pour la majorité d'entre eux, ils peuvent apprendre bien plus que ce à quoi les obligent les programmes d'éducation officielle, ce qui est vrai pour les enfants comme pour les adolescents. Quant à la pratique des "mitsvot", on ne saurait avoir des exigences trop basses. De nombreux chercheurs ont fait remarquer que la conduite des enfants et des adolescents était influencée par ce que la société attendait d'eux. Si celle-ci considère l'enfance comme une période de jeu et celle de l'adolescence comme une période de révolte, les uns et les autres se comporteront selon ce qu'elle attendait d'eux et, plus tard, ils auront du mal à se comporter autrement.

Nul besoin de faire des recherches pour prouver qu'on peut éduquer différemment. Il suffit de jeter un coup d'œil sur le système d'éducation orthodoxe pour se rendre compte de ce que les enfants peuvent acquérir par la "Guirsa déyankouta", l'attention qu'ils prêtent aux "mitsvot" importantes ou non, et la manière de remplir les temps libres à l'adolescence. On n'est pas tenu d'adopter en tout point leur méthode d'éducation avec ses problèmes et ses manques- mais on peut s'en inspirer pour réviser ses conceptions sur l'enfance et l'adolescence.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)

1 Mot qui rappelle le mot araméen encore constamment employé de nos jour, la "Oraïta", l'Enseignement, la Torah

2 Retour vers Dieu et vers soi

3 D'après Ecc. VII, 2à

4 Cf. Néh. IX, 1-3

5 Sam. II, VII, 23 ; traduction exégétique d'après une "lecture"" de nos Sages

6 La "Maison d'Israël"

7

8 Shabbat 21 b

9 4, 1

10 D'après Rashbats, Maguène Avot

11 D'après op. cit.

12 Aiya Léshabat