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Rav Dov Bigon

Ceci étant

Hommage à 'Hanan Porat, érudit en Torah et amant authentique d'Eretz-Israël

Notre ami, 'Hatan Porat, de mémoire bénie, était humble, sobre dans la manière de se vêtir et de se conduire et n'avait pas de signes honorifiques extérieurs. C'est pourquoi en le voyant, nombreux étaient ceux qui ignoraient qu'il était un véritable érudit en Torah, l'une des personnalités les plus brillantes de la yéchiva du "Merkaz Harav", et bien plus nombreux encore, qu'il avait un diplôme de rabbin. Il ne voulait pas utiliser la Torah à des fins personnelles. Elle a favorisé en lui la créativité au sein de la réalité israélienne. De lui, on peut dire "Qu'il mettait fidèlement en pratique les grandes choses dont il parlait" (Sources passim).

La Providence a choisi ce courageux parachutiste car il l'était aussi- pour combattre durant la Guerre des Six Jours et pour être l'un de ceux qui ont libéré Jérusalem, sachant pleinement que la ville sainte est le gage le plus important de la survie nationale. Bien entendu, conquérir Eretz-Israël n'était pas suffisant ; encore fallait-il la peupler. C'est pourquoi il quitta la permanence de la salle d'étude et fut l'un de ceux qui ressuscitèrent la région de "Goush Etsion". En fait, il voua sa vie spirituelle à repeupler Eretz-Israël, sa vie physique aussi, au sens propre. Sur le front Sud, il fut grièvement blessé et ne fut sauvé que par la grâce de Dieu. Une fois rétabli, il fut l'un des fondateurs du mouvement religieux-nationaliste de Goush Emounim et du repeuplement de la Judée-Samarie.

Mais n'allons pas croire que la Torah et Eretz-Israël étaient ses uniques préoccupations. Dans les séminaires de "Guésher" (mouvement qui œuvre à aplanir le clivage religieux-non religieux), il travaillait à refaire l'unité entre ce qu'hélas on appelle "religieux" et "non religieux". "Hélas", parce qu'il n'y a pas de juifs "non religieux" puisqu'ils ont eux aussi une âme sainte.

Le Rav 'Hanan ne s'occupait pas de trois domaines différents : "Un jour, se plaisait-il à raconter, avec des compagnons d'étude, il cherchait à élucider qui, de la Torah, du peuple ou d'Eretz-Israël, était le plus important. Ils posèrent la question au Rav Tzvi-Yéhouda qui leur répondit : "Ces trois domaines forment un tout", enseignement qui devait le guider toute sa vie durant. C'est pourquoi, bien qu'il fût pleinement engagé dans la vie israélienne, il continua à étudier la Torah, à l'enseigner et à rechercher de nouvelles méthodes pour diffuser la foi dans ses différentes disciplines, par son ouvrage, A la Recherche de mes Frères, en particulier, qui expose en profondeur les fondements de la foi dans un style simple qui gagne le cœur et l'esprit de tous ceux qui pensent.

L'expression la plus achevée peut-être de sa vaillance fut son entrée dans la vie politique où il sut garder les mains pures. A deux reprises, il démissionna de la "Knesset", fait rarissime en Israël. Sans relâche, de toutes ses forces, il œuvra pour le bien de son peuple en voyant toujours plus loin pour que la lumière ne s'éteigne pas et que se vivifie sans cesse davantage la force spirituelle de la nation.

Oui ! "Les érudits en Torah n'ont pas de repos, ni dans ce monde-ci ni dans le monde futur" (Sources passim). Après avoir quitté la politique, il fut l'un des fondateurs de la grande académie religieuse Herzog où il enseigna. Il enseigna aussi dans la yéshiva de Bèt Orot et dans de nombreuses autres, au Machon Méïr également. Alors il se dévoila à tous comme éminent érudit en Torah qui savait étudier en profondeur. Il fit également paraître une feuille hebdomadaire qu'il appela modestement Mé'at min Haor ("Un peu de Lumière"), si pleine, en fait, d'une lumière affinée et douce qui n'éblouit pas et qui ne brûle pas non plus. Que n'a-t-il pas fait, cet homme vaillant et pur ?! Il a présenté un programme de radio et a créé un fonds de soutien pour les familles défavorisées.

Il y a un an, un cancer frappa son corps mais non pas son esprit qui est resté toujours aussi vivace. Dans un entretien radiophonique, il professait ne pas avoir peur de la mort "Car elle n''était pas le terme de la vie mais un passage à la "grande Lumière". Nul doute qu'à présent 'Hanan en est imprégné.

Quant à nous, orphelins, nous nous languissons de sa lumière. Comment trouver le réconfort?! Mais que cela ne nous empêche pas de présenter nos plus sincères condoléances à son épouse, Ra'hel, qui l'assistait constamment dans ce qu'il faisait, ainsi qu'à ses enfants, ses "Onze étoiles" (d'après Gen. XXXII, 9).

L'Eternel a rappelé à lui cet érudit, tout empli de la Torah d'Eretz-Israël, et l'un de ceux qui ont hâté la venue de la Délivrance. Pourtant son esprit qui résonne toujours dans nos cœurs et dans nos actions, continuera à nous éclairer pour l'éternité. "Après leur mort, enseignent nos Sages (Passim), les Justes sont (encore) appelés vivants". Lui aussi, il vit toujours parmi nous, ce Juste, de par son œuvre, immense, en faveur de la renaissance de la nation sur sa Terre.



Dr Michaël Aboulafia

Il faut enseigner aux jeunes le sens de la Délivrance


A présent, on doit apprendre aux enfants non seulement la politesse et le savoir-vivre, les "mitsvot" et la prière mais aussi ce que signifie la Délivrance. Plus ils sauront où nous étions, à quoi nous sommes arrivés et vers où nous nous dirigeons, plus ils seront motivés pour agir dans le sens de la finalité.

En fait, la motivation est d'autant plus grande qu'on a une saisie globale du réel. Quand, si ce n'est maintenant, enseigner ce qu'on entend par "Délivrance" ? Au moins, qu'on en parle, qu'on enrichisse l'univers imagé de l'enfant et qu'on éveille sa curiosité aussi pour qu'il ne succombe pas sous les assauts impitoyables des médias qui agressent son image de soi.

Comment lui présenter le sujet ?

Avant tout, on peut lui montrer des signes avant-coureurs de la Délivrance. Par exemple, que cette année, l'immense majorité de notre peuple a gardé pour ainsi dire "Deux Shabbatot, "Kippour" qui s'appelle aussi "Shabbat" et le Shabbat proprement dit (qui coïncidait avec Kippour). Or on connaît bien l'enseignement de Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Shim'on Bar Yo'haï : "Qu'Israël garde deux Shabbatot comme il faut, et il est immédiatement délivré" (Traité Shabbat 118 b).

En fait, les signes qui prouvent que le temps de la Délivrances est arrivé ne manquent pas. Ainsi, suivant les données statistiques et suivant de nombreux Sages éminents, le Rav Moshé Réfaël Luria, de mémoire bénie, par exemple, le fait que quantitativement en qualitativement parlant la majorité de notre peuple soit revenue en Eretz-Israël est un signe de la première importance ; ou, pour citer le grand Maître : "Je sais par intuition prophétique que l'Immanence est revenue en Terre D'Israël" (manuscrits sur Eretz-Israël)). Certains cabalistes de notre époque interprètent la valeur numérique de cette année (5772) comme renvoyant à trois Noms de Dieu : 72, 63, 45, respectivement : , , . Nous sommes en 5772, l'Etat d'Israël a 63 ans et Jérusalem a été libérée il y a 45 ans. Les difficultés que nous surmontons, le démantèlement de points de peuplements, la violence au sein de la famille, les maladies, les guerres, sons des signes annonciateurs, semble-t-il, convulsions, pour ainsi dire, qui précèdent la renaissance de la nation qui revient sur sa Terre après deux mille ans d'exil.

Le processus de la Délivrance est amorcé, progressif, qui va en s'accélérant. Rappelons l'enseignement bien connu de nos Sages : "Rabbi 'Hiya a enseigné à Rabbi Shim'on fils de 'Halafta : Au début, la Délivrance se fait peu à peu mais s'accélère à mesure qu'elle avance" (Traité de Jérusalem Bérakhot 4, 2).

Pourquoi est-il si important de l'enseigner ?

On doit apprendre aux enfants les versets d'Isaïe qui en parlent et les livres qui traitent de la foi et de la pensée juive car voilà ce qui donne la force de surmonter les difficultés, d'affronter le combat de façon à ce qu'à long terme on puisse en tirer profit et se préparer au stade suivant, qu'on n'ose pas évoquer explicitement, qu'on espère et qu'on redoute aussi, de crainte d'être déçu, le retour de la prophétie, l'instauration de la dynastie de David et la reconstruction du Temple.

En cette année qui commence, qu'on sache au moins se renouveler, chercher à discerner en quoi, concrètement, on peut exprimer cette quête de la Délivrance, chacun selon la manière qui lui est propre, prendre une part active à la 'aliya de plusieurs millions de Juifs supplémentaires, saisir dans un tout le sacré et le profane, transformer la maison et la vie familiale en Temple en miniature, améliorer son image de marque, se rapprocher de l'Eternel, promouvoir la justice sociale, œuvrer pour qu'il y ait moins de souffrances et en quoi on peut magnifier l'amour gratuit dû à autrui.

Essentiellement, l'enfant reçoit de sa famille ce à quoi aspirent ses parents, étudient et espèrent, pour ce qui a trait à la Délivrance d'Israël en tant que collectivité. En effet, ce lieu inconnu, "Knesset Israël" (l'entité ontologique céleste, racine transcendante du collectif et du simple particulier), voilà la dimension la plus intériorisée de la personnalité de l'enfant comme, d'ailleurs, de l'adulte. On ne peut faire passer cette dimension que si on prend une part active au grand processus de la Délivrance.

Assurément, on peut s'efforcer de maîtriser son tempérament coléreux, ses passions ou son penchant à l'athéisme en abordant ces travers de manière ponctuelle ou suivant une psychologie du comportement ou de la connaissance. Mais si la dimension collective qui puise à la compréhension eschatologique ci-dessus mentionnée fait défaut, on risque de tomber dans une psychologie qui n'analyse pas en profondeur. On ne peut manger moins, cesser de se mettre en colère ou renforcer sa confiance en Dieu que si on oriente les lignes générales de sa personnalité vers un lieu plus grand et plus général.

Essentiellement, enseigner la Délivrance c'est éduquer les enfants pour qu'ils deviennent d'éminents érudits en Torah, idéalistes intimement liés à Eretz-Israël, à la Délivrance de celle-ci et à la Torah, triptyque indissociable.



(Traduit et adapté par Maïmon Retbi=)