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"Shémot"

Rav David Landau

La division du peuple d'Israël en tribus



Originellement, notre peuple se composait de douze tribus, chacune d'elles ayant sa spécificité, son drapeau, sa pierre précieuse1 et sa valeur intrinsèque, à l'instar d'un organisme et des membres différenciés qui le constitue, structure qui, d'abord et avant tout, caractérise le corps humain avec son dualisme, le corps et l'âme.

Certains organes expriment la vie : le cœur, le cerveau, la partie supérieure du corps, réceptacles de l'âme que l'Eternel a insufflée à Adam2. Bien que ces organes soient hiérarchisés, ils font cependant partie d'un tout. Ces forces diversifiées, de valeurs différentes, sont toutes nécessaires au bon fonctionnement de l'organisme : "Chacun dans son camp, chacun sous sa propre bannière"3, Réouven, Shimon, etc., le créé étant construit suivant ce modèle structurel. Peuple que l'Eternel S'est créé4, Israël doit lui aussi se diversifier en tribus, l'unité du tout se dévoilant dans les détails. Notre peuple récupère sa plénitude. Plus nous nous regroupons, plus l'idée de "tribus" redevient compréhensible, et plus s'exaltent ses valeurs spirituelles, l'intuition prophétique, en particulier.

En revenant peu à peu sur nos frontières5, nous retrouvons notre place individuelle véritable, qui dans le Néguev, qui dans la Shéféla, qui en Judée-Samarie, qui en Galilée6.

Rav Yaacov Yéfet

Pourquoi le "Livre de la Genèse" précède-t-il celui de "L'Exode" ?



La raison qui va de soi est d'ordre chronologique. Mais à cet "ordre", il y en une autre, d'essence, parce que celui-là rapporte des comportements qui ont trait au savoir-vivre et que "Le savoir-vivre (Genèse) précède la Torah (L'exode et les autres Livres de la Torah)"7.

Par cette expression, on entend principalement les qualités morales, apprises de la vie des Patriarches que rapporte précisément la Genèse. Elles sont le prélude et le fondement de la Torah. La même exigence vaut aussi pour le simple particulier. Avant tout, il doit "réparer" ses travers et améliorer sa conduite morale avant de se mettre à étudier la Torah.

Les relations entre les qualités morales et cette dernière sont un peu du même ordre que les relations entre les fondements d'un édifice et l'édifice lui-même : si ceux-là sont assurés, ce dernier l'est aussi, et inversement, au risque même de s'effondrer. Si la personne a de bonnes qualités morales, elle pourra magnifier l'étude de la Torah, et inversement. Certes, elle sera peut-être très érudite en la matière mais elle pourrait bien être étriquée, pour ne pas dire vile. Bien plus ; la Torah qu'elle apprend peut aggraver davantage encore ses défauts.

Dans cet esprit, à propos de l'enseignement : "Si on en a le mérite, elle (la Torah) devient un élixir de vie ; si on ne l'a pas, elle devient un poison mortel"8, le Rav Kook expliquait que la racine du mot "mérite"9 contient également l'idée de se purifier, de se quintessencier ; entendu par-là que la Torah pouvait conduire à la sublimation de soi si on s'attachait à améliorer ses qualités morales ou, au contraire, à la mort, "Si on en avait pas le "mérite", c'est-à-dire si on se pervertissait. C'est pourquoi le "Livre de la Genèse", centré principalement sur la description des qualités morales des Patriarches, précède celui de "l'Exode", principalement centré sur le Don de la Torah. Les quelques exemples suivants, connus de la majorité d'entre nous mais tellement édifiants illustreront ces considérations.

Tout d'abord, rappelons que les Patriarches dont la vie a été décrite en détails dans le livre de la Genèse"- se caractérisaient par une qualité qui, chez eux, était sans limites, la générosité. Au troisième jour de sa circoncision, le plus pénible, accablé de douleur Abraham en personne sort de chez lui sous une chaleur torride pour chercher à qui il pourrait donner l'hospitalité. Bien qu'il jouît du prestige d'un roi10 et qu'il professât le monothéisme, il n'hésita pas à courir au devant de trois idolâtres, délaissant, pour ainsi dire, l'Eternel qui était venu lui rendre visite du fait de ses souffrances. Bien plus : il se fit, à la lettre, leur humble serviteur en tenant lui-même à les restaurer.

Cette générosité sans bornes, on la retrouve aussi chez Rivca, qui, spontanément, donne à boire à Eliézer et à ses dix chameaux11 ; chez Ra'hel aussi qui diffère son mariage avec Jacob pour ne pas humilier Léa, sa sœur aînée ; chez Yossef aussi qui pardonne à ses frères de l'avoir vendu comme esclave et qui dissipe leur immense désarroi en leur expliquant qu'il n'était qu'un envoyé de Dieu12.

Citons en vrac quelques autres qualités morales importantes que le premier Livre de la Torah met en exergue : le don de soi d'Abraham qui n'hésite pas à sacrifier son fils ; celui de Yéhouda, prêt à donner sa vie pour Benjamin ; l'abstinence, poussée jusqu'à l'ascétisme, de Yossef ; la pudeur de Sara qui, au nom de cette qualité, ne quitte pas sa tente malgré la présence des trois étranges visiteurs mentionnés plus-haut ; la modestie d'Abraham qui dit de lui-même qu'il n'est que "Cendres et poussière"13, etc.

Ainsi, l'ordre de préséance des deux premiers Livres de la Torah n'est pas seulement chronologique mais exprime aussi une exigence fondamentale du judaïsme, étudier la Torah en se souciant, d'abord et avant tout, de corriger ses défauts et d'améliorer ses qualités morales.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)



1 Sur l'habit du Grand-Prêtre

2 Gen. II, 7

3 Nom. I, 52

4 D'après Is. XIIIL, 21

5 D'après Jér. XXXI, 15

6 D'après Ob. I, 19

7 Sources, passim

8 Sources passim

9 --

10 Gen. XXIII, 8

11 Plus de quatre-cents litres d'eau

12 Ibid. XVL, 18

13 Ibid. XVIII, 17)