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"Chofétim"

Rav Dov Bigon

L'humanité tout entière saura que l'amour, dans ce qu'il a d'éternité, c'est nous qui l'incarnons. Le monde éclairé tout entier, avec tout ce qu'il a de sagesse, de modernisme, de doutes, d'enracinement dans la matérialité, de liberté d'opinions, le monde entier saura que la Vérité est effectivement une et immuable, et qu'elle est inscrite en évidence sur Israël, à son niveau céleste ontologique ainsi que sur son dévoilement terrestre immanent, sous la forme d'un peuple, "Israël" (Orot Hakodech, Partie IV, 520 ; inspiré d'un enseignement cabalistique de Rabbi 'Akiva que reprend, au début et à la fin de la Prière du Soir, celui qui prie seul).

Ceci étant

Quoi qu'il en soit, vous êtes appelés "fils"

En ce mois d'éloul, on se souvient que le deux du mois, il y a soixante-douze ans, l'Eternel rappelait à Lui l'éminent et prestigieux Rav Kook, visionnaire (au sens prophétique) et guide spirituel fidèle de la nation qui renaît à la vie.

S'interrogeant sur l'éloignement de la religion, sur les moyens d'unifier, de rapprocher notre peuple de ses racines et de tracer une voie droite au travers de l'imbroglio des relations entre religieux et non religieux, le grand Maître enseigne qu'avant tout, on doit étudier, approfondir et analyser de manière exhaustive l'essence et la spécificité de l'âme d'Israël. Cette "spécificité", nous l'avons héritée de nos ancêtres et du choix de l'Eternel pour nous, Ses "enfants" et Son "peuple saint" (d'après Deut. XIV, 1-2).

Constamment, rappelle encore le Rav Kook, on doit avoir à l'esprit qu'en chaque Juif, grand ou petit, resplendit l'Etincelle divine dans toute sa sainteté et que, de toutes les manières, nous sommes Ses "Enfants" (Deut. XIV, 1), que nous jouions les esprits forts, que nous soyons incroyants ou même, à Dieu ne plaise, idolâtres (d'après Traité Kidoushin 36 a sur Os. II).

Or nous avons aussi le libre-arbitre, dimension métaphysique qui ne s'oppose en rien avec celle de la "spécificité". Concrètement, il s'exprime dans la volonté d'accomplir des actes bons et d'étudier la Torah ou dans la volonté inverse. Les expressions du libre-arbitre changent d'une génération ou d'une personne- à l'autre. Pourtant, quel qu'en soit l'usage qu'on en fait, le fait reste le même, celui d'être les "Fils de l'Eternel notre Dieu et que Son choix pour nous est constamment réactualisé "Par amour", comme nous le proclamons quotidiennement immédiatement avant la Lecture du "Chéma"du matin.

Ceci étant : à notre génération, celle de la renaissance nationale, celle qui "précède immédiatement l'arrivée du Messie" (Sources passim), la dimension de la "spécificité" se dévoile de plus en plus, ainsi que l'Alliance immuable contractée par Dieu avec nos ancêtres, ce que nous proclamons aussi constamment dans la "'Amida" : "(l'Eternel) se souvient des expressions de générosité qu'Il a témoignées à nos ancêtres et prépare la venue du Sauveur (le Messie) pour le bien de leurs descendants, pour Son Nom, avec amour" (ibid. ; cf. Iguérot Haréiya 555). La mise en place du processus de la Délivrance s'effectue sous nos yeux, avec la résurrection nationale dans toutes ses expressions, comme souvent mentionné dans ces articles.

Certes, pour ce qui est du libre-arbitre, il y a encore beaucoup à faire au niveau des actes, des qualités morales et des opinions, mais tout cela finira par s'orienter vers le "bien". "N'est (essentiellement) bien, enseignent nos Sages, que la Torah" (Sources passim).


Rav Eran Tamir

De l'interdiction d'ajouter ou de retirer quoi que ce soit à la Torah

L'interdiction d'ajouter ou de retirer quoi que ce soit à la Torah apparaît deux fois au début du Deutéronome. "N'ajoutez rien à ce que Je vous commande et n'en retranchez rien. Vous devez observer tous les commandements de l'Eternel, votre Dieu, dont je vous instruis" (Deut. IV, 2) ; et "Observez soigneusement tout ce que Je vous prescris. N'y ajoutez rien et n'en retirez rien" (Ibid. XIII, 1). La question s'impose d'elle-même : à quoi bon répéter par deux fois l'interdiction ? De plus, de quel "ajout" et "retrait" s'agit-il ?

Rachi explique de la même manière "l'étonnement" de ces deux versets : ils concernent le commandement proprement dit, ajouter ou retirer un passage à ceux qui doivent normalement figurer à l'intérieur des "téfilin", ajouter ou retirer une "espèce" aux "quatre espèces" réglementaires du "bouquet du loulav", par exemple.

Le Gaon de Vilna, et Rabbi Shimshon Réfaël Hirsh expliquent, quant à eux, qu'il y a deux interdictions distinctes. La première, comme l'a interprétée Rachi, ne pas modifier ni dans un sens ni dans l'autre la pratique d'un commandement. La deuxième, concerne le nombre exact de commandements, 613, ni plus, ni moins.

Le "Kéli Yakar" (Deut. IV, 2) interprète différemment l'interdiction. Il explique en substance qu'il n'y a qu'une seule interdiction, celle de ne rien ajouter. En soi, ne rien retirer n'est pas une interdiction mais un complément d'information puisque, pour citer un dicton de nos Sages (passim), "Ajouter c'est retirer".

Le Rav Hirsh explique ainsi ce fait : ne pas pratiquer le commandement comme l'Eternel nous l'a enseigné revient à projeter sur lui notre subjectivité et nos critères humains d'appréciation, et donc le restreindre à une dimension humaine superficielle et à le pratiquer comme nous, le jugeons, sans prendre Dieu en considération, comme si, pour s'attirer les faveurs divines, nos manières de vouloir pratiquer le commandement étaient, à Dieu ne plaise, préférables à celles qu'Il a prescrites. En bref, conclut le grand exégète, la foi authentique consiste à accomplir scrupuleusement Sa Volonté au lieu de rechercher de nouvelles manières de pratiquer le culte.

Ces considérations, qui valent pour toutes les générations, valent éminemment pour la nôtre, si éprise de recherche, de nouveauté et de rigueur, aussi, dans la pratique des commandements !