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Dr Michaël Aboulafia

La violence verbale



La violence verbale est la pire des violences. Faire montre de cynisme, fouler aux pieds l'honneur d'autrui, faire rougir son prochain, maudire, autant de moyens pour essayer de dominer l'autre quand on craint de ne plus pouvoir se dominer soi-même. Lorsque l'enfant sort de ses gonds et donne des coups en tout sens, c'est qu'on a blessé profondément ses sentiments et son honneur. Confronté à cette situation, il n'est plus en mesure d'exprimer son désarroi par des mots.

La violence verbale assassine l'esprit ; la violence physique, le corps uniquement. A cette forme de "langage" il y a une raison : la peur et la nécessité de survivre face à une situation difficile.

L'usage de la violence, au sens général du mot, a pour origine le manque de confiance et l'incapacité d'englober, entendu par-là, parler, apaiser son interlocuteur, inspirer du respect par le travail sur soi. Celui qui ne sait pas exprimer ses sentiments en paroles ne connaît pas non plus les techniques qui l'apaiseraient, qui lui permettraient de continuer à s'aimer malgré l'atteinte portée à son honneur et qui le pousse à attaquer verbalement.

En conséquence, on traite la violence verbale en accroissant le respect qu'on doit à sa propre personne et en s'unissant intimement à son Moi intérieur en tant que valeur intrinsèque, en le coupant totalement du regard appréciatif qu'a de moi la société ambiante et ce, principalement, en fuyant les témoignages de respect que j'attends d'autrui car il n'y a de respect de soi que par le fait, précisément, de me dispenser de le cultiver.

On doit éduquer en sachant respecter en voyant dans l'enfant un être de valeur en soi, fait d'existence qu'il n'a pas à prouver par des actes. C'est pourquoi on ne lui dira pas : "Toutes mes félicitations pour avoir aidé !" car ce témoignage d'honneur est sans valeur ; mais on lui dira : "je suis si content que tu aies aidé maman à ramené les achats de la voiture !" Compliment ponctuel qui exprime une émotion authentique et qui lui enseigne que les émotions aussi peuvent s'exprimer par des mots.







Harav Eran Tamir

Justice, sociale ou divine ?



Souvent, on s'imagine que si on veut se rapprocher de l'Eternel et, ainsi, jouir de Ses bienfaits, on doit faire une action qui sorte de l'ordinaire, un "effort", pour ainsi dire, touchant "Les commandements qui régissent les relations entre l'homme et Dieu" au détriment, souvent, des "Commandements qui régissent les relations interpersonnelles".

En réalité, on doit penser exactement l'inverse. Avant tout, l'expression de l'Alliance et des bienfaits divins passent par la stricte observance des "commandements d'ordre interpersonnel", ceux qui ont trait au respect de la justice et des litiges financiers (cf. Deut. VII, 12). Et Rachi (ad loc.) de préciser que l'Eternel sera d'autant mieux disposé à notre égard que nous serons stricts vis-à-vis des "Commandements que nous foulons au pied". Par cette expression, explique Na'hmanide, nous devons entendre enfreindre l'interdiction de dédaigner les "petits" litiges, en particulier. Or lorsqu'on est épris de spiritualité, on tend à mépriser les questions d'argent qu'on juge bassement matérielles et qu'on attribue à l'égoïsme.

Le Rav Kook a analysé cette question en profondeur et a mis en relief toute son acuité (Orot Hatéchouva 13, 5). Il explique en substance : une forme plus achevée de la "téchouva" consiste à étudier les lois qui ont trait aux litiges financiers et, en règle générale, aux contentieux par l'étude du 'Hochène Michpat (partie du Choul'hane 'Aroukh qui traite des questions judiciaires). Par-là, explique le grand Maître, on "répare" les tendances mauvaises de notre cœur que la confrontation avec la vie quotidienne met au grand jour et ce faisant, on met en valeur la justice divine et la foi au niveau de la vie concrète.

Ces lois rabbiniques ne concernent pas seulement le simple particulier mais régissent également le bon fonctionnement socio-économique de la société dans son ensemble, l'ordre de priorité, le partage des ressources et même la prise en considération du bien-être individuel, prix des appartements ou du fromage blanc, par exemple ; en bref, ce qu'on appelle "justice sociale".

En Israël, la justice socio-économique n'est pas d'ordre naturel et humain mais divin, organisation convenable de la société par laquelle la bénédiction divine peut se concrétiser de facto. En conséquence, et sans entrer dans les détails, on ne doit pas confondre notre présent propos avec les intérêts politiques engagés dans ce conflit. Disons simplement qu'en profondeur le conflit en question est juste et qu'on doit y prendre part. Précisons que ceux qui sont sensés faire savoir leur prise de position ne doivent pas forcément être des économistes, des sociologues et des juristes mais aussi et, peut-être, surtout- des érudits en Torah. A eux aussi reviennent le privilège et l'engagement de vulgariser la position de la Torah sur ce sujet d'actualité.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)