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"Nitsavim-Vayélekh"

Rav Eyal Véred

"Ah ! Si j'avais la certitude !"



Essentiellement, les "parachot" actuelles concernent la "téchouva" dont le besoin existentiel se fait sentir dès éloul et qui reste vivace jusqu'après les grandes fêtes de tichré.

Un thème, entre autres, revient en leitmotiv, celui de la "guerre", avec tout ce qu'elle implique, la peur, en particulier, que Moïse a approchée d'une manière toute particulière, en face, et non pas en cherchant à l'esquiver. Une phrase revient constamment :" Si tu te dis en toi-même".

A la peur, il y a de nombreuses raisons que Moïse passe systématiquement en revue : les villes puissamment fortifiées, les peuples nombreux, leurs arsenaux, les dimensions du pays à conquérir, les doutes de toutes sortes, etc. Mais en parler c'est déjà la neutraliser. Elle n'a pas pour seule origine les dangers du combat mais principalement le doute qui mine de l'intérieur, qui ne laisse jamais en repos et qui, dans ces "parachot", s'exprime par le mot "pèn", de crainte que, qui a presque valeur d'obsession.

La peur empêche de sortir du cadre de la vie personnelle et d'atteindre les domaines plus généraux et être capable d'influencer, peur de l'échec, de la concurrence, du qu'en dira-t-on ; en bref, de quitter les chemins battus, de crainte que le changement en question requiert trop d'efforts. D'ailleurs, et précisément à cette période, combien de fois avait-on décidé de changer et avait-on pris de bonnes résolutions qu'on n'a pas tenues ?! D'où la voix intérieure qui dit : "Le changement, ce n'est pas pour toi, mieux vaut que tu restes dans ton petit confort où tu te sens en toute sécurité !"

Sur cela aussi on doit faire téchouva. Plus que "réparer" les mauvaises actions, elle change la finalité qu'on donne à sa vie et permet de trouver un souffle nouveau pour se rapprocher de la sainteté et de Dieu, animé du sentiment que l'Immanence divine emplit le créé dans sa totalité. A la peur s'ajoute le sentiment de solitude. "Si je tombais, qui me relèverait" ?

Souvent, on commet l'erreur qu'à Rosh hashana et à Kippour Dieu nous attend au détour et qu'Il cherche toutes les occasions pour nous pénaliser. Il n'en est rien. Bien au contraire, Il fait tout, en ces jours de jugement, pour nous trouver des circonstances atténuantes, Il nous a permis de nous y préparé durant tout le mois d'éloul et nous a donné plusieurs fois notre chance, à Rosh Hashana, à Kippour, à Hocha'a Na Raba et à Sim'hat Torah, en mettant, dans le jugement, chaque fois plus en exergue la Modalité de la Clémence, le "jugement" ayant pour but de nous faire prendre conscience de ce qu'Il attend de nous et de ce dont nous sommes véritablement capables. Certes, Il nous rappelle d'où nous venons (d'après Maximes des pères 3, 1) mais, dans la même lancée, Il nous donne encore du temps et des forces.

Voilà d'où commence la possibilité de surmonter la peur, croire inconditionnellement que l'Eternel souhaite au plus au point notre réussite à l'instar d'un père pour ses enfants, toujours là pour nous relever si nous tombons et pour nous donner un nouveau souffle.

Le roi David a identifié ce sentiment de peur tout particulier : "Eternel, ma Lumière, mon Salut ! De qui aurais-je peur ?!" (Ps. XXVII, 1) dès lors que nous concentrons notre vie sur notre relation au Créateur. Il nous donne la félicité dans ce monde-ci et dans le monde futur, sans contrepartie, car Il n'a de Volonté que notre bien, ce à quoi nous ne croyons pas suffisamment.

Mais à éloul la foi se renouvelle, les doutes font place à l'évidence que nous avons une chance, que cette fois-ci nous réussirons et que ce "Si (iloulé, lettres qui composent le mot "éloul") j'avais la certitude (ibid. 13) !" Si lourd de doutes, se métamorphose en "éloul", mois qui insuffle la force, la joie de vivre et la possibilité de se changer, ici, dans la terre de notre vie. "Ah ! Si je n’avais la certitude de voir la bonté de Dieu sur la terre des vivants (Eretz-Israël) ! Espère en l’Eternel, courage! Que ton cœur soit ferme! Oui, espère en l’Eternel !" (Ibid. XXVII, 13-14).

Rav Elisha Aviner

La "Guerre des Parents"

La "Guerre des Parents" pour ou contre la séparation entre filles et garçons dans les établissements scolaires ne redore guère le blason du public religieux-nationaliste et elle est préjudiciable à tout point de vue.

En ce qui nous concerne, nous sommes en faveur de la séparation pour des raisons d'ordre rabbinique, éducatif et psychologique. Néanmoins, nous reconnaissons aux parents le droit d'éduquer leurs enfants comme bon leur semble, non pas au nom des principes démocratiques et libéraux mais au nom de l'éducation, posant comme a priori le fait qu'ils sont fidèles à la Torah, prônent les valeurs de la pudeur et suivent les prescriptions de nos Sages mais qu'ils sont divisés quant à la meilleure manière d'insuffler à leurs enfants ces valeurs. Est-ce qu'en séparant garçons et filles on contribue à les perpétuer et à écarter les élèves des excitations inutiles en permettant par-là un sain épanouissement de leur personnalité ou bien, au contraire, en les laissant ensemble dès leur plus jeune âge, on obtient ce résultat en leur permettant plus tard de trouver naturellement leur place au sein d'une société composée d'hommes et de femmes ?

D'ordinaire, la controverse en question n'est que le symptôme d'une controverse idéologique éducatrice bien plus générale sur le contenu à donner à l'éducation, l'atmosphère souhaitable à l'école, l'image que doit donner l'éducateur et le directeur, la relation entre études saintes et profanes et à la hiérarchie qui doit régir les différentes disciplines scolaires. En général, il ne s'agit pas tant d'une "controverse", à proprement parler, que d'une expression de profondes différences sociales.

Les parents doivent éduquer leurs enfants de manière à ce que l'école leur transmette les valeurs qu'ils prônent eux-mêmes, principe qui devrait aller de soi. C'est pourquoi lui demander d'éduquer les enfants suivant ces valeurs est une revendication légitime. Bien plus, si elle dispense un enseignement différent de celui des parents sans jouir de leur soutien, on peut difficilement escompter de bons résultats. Lorsque l'école et la maison font passer des messages éducatifs similaires, celle-là devient la continuation de celle-ci, et telle est la situation idéale. Même lorsque les aspirations de l'une et de l'autre sont loin d'être du même niveau, l'éducation a des chances de réussir pourvu que les parents donnent leur pleine caution à l'école.

(Fin de la partie I)

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)