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"Mishpatim"

Rav Elisha Aviner

La méthode pédagogique du Rav Tzvi-Yéhouda, de mémoire bénie



A "Pourim", il y aura trente ans1 que l'Eternel a rappelé à Lui notre Maître, le Rav Tzvi-Yéhouda Kook ; pourtant, sa personnalité singulière continue à influencer ses disciples.

A cela, une raison, il était éducateur par excellence ; à preuve irréfutable, le grand nombre de ses disciples avides de ses enseignements. En fait, ceux qui le côtoyaient s'apercevaient immédiatement qu'il avait des dons pédagogiques tout à fait particuliers, forger la personnalité de ses disciples, leur inculquer une conception du monde et leur donner une méthode qui leur permettait d'améliorer leurs qualités morales.

a) Authenticité et constance

Sa réussite pédagogique tenait à deux qualités qui le caractérisaient : l'authenticité et la constance.

L'authenticité : est dit authentique celui qui extériorise tel quel son monde intérieur et qui se conduit suivant les préceptes moraux qu'il professe. Lorsqu'on est sensible, qu'on écoute son prochain ou qu'on apprend de lui, on peut discerner si ce qu'il retransmet reflète bien son monde intérieur et si l'image qu'il donne de lui correspond effectivement à la réalité. "Le vrai, enseignent nos Sages du Talmud, se reconnaît de lui-même"2. Lorsqu'on approchait le Rav Tzvi-Yéhouda, on avait l'impression d'approcher la Vérité incarnée. Pour rien au monde il n'aurait joué la comédie, ni dans sa manière de vivre ni dans ses cours, en homme pleinement lui-même qu'il était. "Lorsque les Sages intronisèrent Rabbi Zéra, ils le louèrent à la manière d'une jeune mariée : Tu es joli(e) même sans fard"3. Il n'avait pas besoin d'artifices extérieurs ni de cultiver artificiellement son image de marque pour que son enseignement plût à ceux qui l'écoutaient. Cette louange caractérise aussi notre Maître. La vérité émanait de son être et captivait ses disciples, par dizaines de milliers.

La constance : il ne voulait pas recourir à des messages sensationnels, piquants ou sibyllins pour capter l'attention de son auditoire, mais diffusait ses enseignements avec une constance extrême, les répétant inlassablement d'une année -parfois même, d'une semaine- sur l'autre. Il inculquait ses enseignements les plus importants lors de son cours sur la Section Hebdomadaire. Chaque année, il répétait les mêmes thèmes en utilisant pratiquement les mêmes mots, au point qu'en entendant le début d'une phrase, ses anciens disciples pouvaient en deviner la fin. Tout cela, pour qu'ils puissent les intégrer pleinement.

En matière de spiritualité, le Rav prônait la méthode. Il abhorrait la curiosité intellectuelle superficielle. Un jour, soupçonnant certains élèves d'assister à ses cours poussés par ce travers, il les suspendit durant une longue période. D'ailleurs, il reconnaissait qu'il avait dû lutter contre ce travers avant de le vaincre. Lorsqu'on lui demandait pourquoi il répétait les mêmes enseignements d'année en année, il répondait que ses disciples ne les révisaient guère ; c'est pourquoi il le faisait à leur place.

b) Le message, en tant qu'émanant de l'Eternel -

Pédagogiquement, le Rav Tzvi-Yéhouda s'étendait abondamment sur la relation exacte à avoir vis-à-vis de la Torah. Certes, il est très important d'avoir des connaissances ; mais s'y référer comme il faut l'est encore plus. Il commençait toujours son cours sur la Section Hebdomadaire par cette phrase : "Quel est le message émanant de l'Eternel à apprendre de cette Paracha ?" Il mettait l'accent sur le fait qu'on devait savoir comment saisir les textes saints. C'est pourquoi il enseignait comment comprendre en profondeur le caractère divin de la Torah, comment considérer la personnalité des Patriarches, les sommités de notre nation et nos Sages, à quelle que génération que ce fût. Lorsqu'il mentionnait leur nom ou qu'il citait l'un de leurs enseignements, il s'emplissait d'une émotion et d'un enthousiasme intenses. Par contre, il condamnait vivement ceux qui portaient atteinte au respect dû aux écrits saints, aux Patriarches et à nos Sages.

A propos de l'attitude à avoir vis-à-vis de l'étude de la Bible, du Talmud et de la "Haggadah"4, il écrivait : "Les approfondir commence par l'a priori qu'il s'agit là de la Torah (en tant que) Vérité, au sens immédiat du mot, Vérité indiscutable, d'origine céleste et non pas humaine, et que l'étude n'a qu'un seul but, la mettre au jour et la comprendre, convaincus qu'elle est là, même si, pour l'instant, elle nous est occultée. En revanche, le Rav rejetait la conception "Qui ignore comment prendre en considération les écrits saints, qui oublie le premier principe de la foi - que les dires de la Torah sont d'origine céleste, qu'on ne doit pas faire de différences entre les écrits qui émanent de Dieu et ceux qui émanent de l'homme, qu'on doit les considérer de la même manière et qu'on ne doit pas rejeter une idée sous prétexte qu'on ne la comprend pas, puisque, (par définition), le critère d'appréciation n'est qu'humain"5.

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Dr Michaël Aboulafia

Quelques réflexions sur l'autorité parentale



Question : Nos enfants, âgés de huit à douze ans, ne nous écoutent pas. A l'école aussi, ils dépassent toutes les bornes. Nous nous sentons impuissants, que faire ?

Réponse : Parfois, par excès de gentillesse et de compréhension, on oublie certains impératifs : que l'enfant a besoin de limites et qu'il ne peut construire son univers que par l'intermédiaire de bornes., qu'à partir de telle heure, par exemple, il ne doit plus être dehors, qu'il doit dormir à telle heure, qu'il doit faire ses devoirs, respecter ses parents, ne pas dire de grossièretés, ne pas voler ni lever la main. Certes, les "limites" en question doivent être souples mais elles n'en demeurent pas moins indispensables. Souvent, on a du mal à en mettre de crainte de n'être plus aimé de ses enfants ; ou encore, par complexe de culpabilité. "S'il a du mal à apprendre, par exemple, c'est de ma faute car moi-même je n'étais pas bon élève".

Rappelons ici un fait important : bien qu'on ait la grande mission d'éduquer en assumant ses responsabilités, on ne doit pas pour autant oublier, ne serait-ce qu'un instant, que l'enfant a son libre-arbitre. Se culpabiliser c'est nier la conviction qu'il l'a effectivement. Parfois aussi, on craint de "juguler" sa personnalité, alors que c'est tout à fait le contraire. En lui imposant des limites, on lui permet de mieux grandir, plus droit, les limites étant pour lui ce que le tuteur est pour l'arbrisseau. En ce sens il est dit : "Ménager les coups de verge, c'est haïr son enfant"6. Par-là, bien entendu, nous n'entendons pas la violence, physique ou verbale. L'utiliser pour apprendre les limites c'est encore faire preuve de violence, certainement pas de pédagogie. Pourtant, ne craignons pas non plus les situations conflictuelles quand les limites sont justifiées par le respect des valeurs. Eduquer ne signifie pas non plus punir l'enfant par des châtiments humiliants, aller au coin en mettant les mains sur la tête, par exemple, car les limites symbolisent l'amour, le respect et la confiance en ses capacités que nous lui témoignons.

Lorsque l'autorité parentale est absente, on doit y remédier d'urgence, non pas d'un seul coup mais pas à pas. Décider, dans un premier temps, de changer l'état de chose existant ; puis, prier pour qu'il soit accepté, et ce, avec doigté, un peu au sens où nos Sages du Talmud prévenaient : "Rabbi Il'a enseignait au nom de Rabbi El'azar fils de Rabbi Shim'on : De même qu'on doit faire savoir à autrui ce qu'il peut recevoir, ainsi, dans le cas contraire, on doit s'en abstenir"7, pourvu, néanmoins, qu'on parle avec bienveillance, en sachant qu'on ne peut pas aimer si on n'impose pas de limites.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)

1 14 adar 5742

2 Traité Sota 9 b

3 Traité Kétoubot 17 a

4 Récits à caractère historique, moral ou cabaliste

5 "Lintivot Israël II, page 243

6 Pro. XIII, 24

7 Yévamot 65 b