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Rav Dov Bigon

Ceci étant

Une période consacrée à un examen de conscience



La période qui sépare le dix-sept tamouz du neuf av s'appelle "Bèn Hamétsarim" (période "D'entre les deux détresses", celle de la première brèche des murailles de Jérusalem et celle de la destruction du Premier et du Second Temples).

A la suite de ces catastrophes et de bien d'autres encore qui ont eu lieu à cette période de l'année, notre peuple prend le deuil, "fait téchouva" et se souvient des actes mauvais de nos ancêtres, en fait, les siens, qui ont entraîné les mêmes malheurs (d'après Traité Makot fin ; Kitsour Ch. 'A. 121, 1).

Ceci étant : nous devons faire notre examen de conscience, au niveau individuel et collectif, et repenser notre relation au peuple, à la Torah et à la Terre d'Israël.

Notre relation au peuple d'Israël

Nous devons nous retrouver, apprendre, reconnaître et enseigner la nature de notre identité spécifique et notre destination. Nous ne sommes pas, à Dieu ne plaise, un peuple comme les autres mais différent, "Royaume de prêtres et peuple saint" (Ex. XIX, 6) avec, pour vocation d'éclairer l'humanité et lui prodiguer le bien, mission que notre ancêtre Abraham avait déjà reçue de Dieu (cf. (Gen. XII, 2). En tant que choisis par Lui, nous transcendons tous les autres peuples. Connaître notre grandeur c'est connaître notre essence intrinsèque ; l'oublier, c'est oublier notre essence. Bien bas est le peuple qui l'a oubliée ! (D'après Rav Kook, Orot 55).

Notre relation à la Torah

"Chaque jour, une voix céleste se fait entendre de la montagne de 'Horev (lieu de la Révélation Sinaïtique) et déclare : Malheur à ceux qui oublient l'état d'indigence où se trouve la Torah" (Maximes des Pères 6, 2). Nous devons l'étudier, animés d'un sentiment de crainte religieuse, de foi et d'amour, et lui donner les marques d'honneurs qui lui reviennent "Car lorsqu'on la prend en considération, on y trouve délice et majesté" (ibid. Orot Hatéchouva 4, 16). "Torah de vie" (sources passim), elle ne l'est pas seulement pour nous mais aussi pour l'ensemble de l'humanité, "Vie éternelle que Dieu a ancrée en nous" (Bénédiction sur la Torah).

Comme nation, nous devons reprendre pied avec elle et l'enseigner à nos enfants avec amour. Ce faisant, nous retrouverons un souffle nouveau, en peuple renouvelé qui, à Sion, renaît à la vie.

Notre relation à Eretz-Israël

Nous devons extirper de notre esprit la conception fondamentalement erronée qui voit dans Eretz-Israël un simple moyen d'atteindre des objectifs vitaux touchant la sécurité, l'économie et même la vie spirituelle et religieuse. "Eretz-Israël n'est pas un acquis extérieur à la nation mais une entité en soi, reliée par un lien vital à la nation, unie par des liens intrinsèques d'une nature toute particulière à son essence (Transcendante)" (Rav Kook, Orot 9). Elle n'est pas négociable et ne saurait, à Dieu ne plaise, faire l'objet d'un partage. De même qu'on ne renonce pas à la vie, ainsi on ne renonce pas non plus à un pouce de la terre de notre vie.

Grâce à une "téchouva" collective concernant notre relation au peuple, à la Torah et à Eretz-Israël, nous verrons cette période de deuil et de malheurs se métamorphoser en jours de joie et d'allégresse : "Le jeûne du quatrième mois et le jeûne du cinquième, le jeûne du septième et le jeûne du dixième mois seront changés pour la maison de Yéhouda en joie, en allégresse et en fêtes solennelles. Mais chérissez la vérité et la paix !" (Zac. VIII, 19).

Dans l'attente de la Délivrance pleine et Entière.



Rav Yaacov Halévi Filber

Quelques différences fondamentales entre Moïse et Piné'has



A maintes reprises, Moïse a sauvé notre peuple du danger d'extermination, non seulement en l'ayant fait sortir d'Egypte mais encore en ayant plaidé sa cause auprès de Dieu après la Faute du Veau d'Or (cf. Ps. CVI, 23, Ex. XXXII, 32) et après celle de la Faute des Explorateurs (Nom. XIV, 19), pour ne citer que les exemples les plus connus.

Piné'has a également sauvé notre peuple en coupant cours à l'acte de débauche collective d'une partie de ce dernier avec les filles de Médiane (ibid. XXV), ayant passé au fil de l'épée Zimri, chef de la tribu de Shimon et la fille du roi de Mydiane qui s'étaient ostensiblement affichés ensemble (pour employer un euphémisme). Par son acte non calculé inspiré par un zèle religieux extrême, avoir tué ensemble Zimri et la Mydianite, Piné'has avait acquis la dignité de "Cohen" ("prêtre"), transmissible à sa descendance (ibid. XXV, 11).

Or, comme ci-dessus mentionné, Moïse avait très souvent sauvé notre peuple. En comparaison, la récompense divine au crédit de Piné'has (qui ne l'avait sauvé qu'une seule fois) n'était-elle pas disproportionnée ?!

On peut expliquer de plusieurs manières la différence entre le comportement de ces deux géants. Dans le Ohël Yaacov, le Maguide de Doubna explique cette différence à l'aide d'une parabole, celle d'un homme qui devait de l'argent à de nombreux créanciers. Lorsque la date d'échéance arriva, il n'avait pas de quoi honoré ses dettes. Ayant plaidé sa cause auprès du tribunal, ses amis parvinrent à la repousser. Mais lorsque la nouvelle date d'échéance arriva, l'endetté se trouva dans une position bien inconfortable. L'un de ses amis parvint à un compromis avec les créanciers, s'acquitta lui-même de la dette et détruisit les papiers concernant celle que son ami lui devait (puisqu'il l'avait payée à sa place) si bien que l'ex-endetté ne devait plus rien à personne. Ainsi, cet ami avait fait pour lui bien plus que les premiers, ceux-ci ne s'étant contentés que de différer l'échéance.

De même, après la Faute du Veau d'Or, lorsque l'Eternel voulut exterminer notre peuple, Moïse se mit à prier et différa le terrible décret mais ne l'abrogea pas, comme il est dit : "Le jour viendra où Je prendrai en compte leur faute" (Nom. XXXII, 32), entendu par-là que nous devrons l'expier peu à peu au cours des générations. Pareillement, après la Faute des Explorateurs, l'Eternel proclama : "Je pardonnerai ainsi que tu (Moïse) l'as demandé" (Nom. XIV, 20), ajoutant cependant : "Vous avez pleuré pour rien, Je vous donnerai des raisons de pleurer durant toutes les générations" (Traité Ta'anit 29 a ; allusion aux cinq grandes catastrophes qui, le neuf av, ont frappé notre peuple, jour où, jadis, il avait pleuré).

En revanche, par son acte spontané de bravoure, Piné'has a totalement supprimé la dette de notre peuple envers l'Eternel, la débauche collective ci-dessus mentionnée, comme il est dit : ""Piné'has fut celui qui défendit avec zèle Ma cause parmi les Israélites et détourna d'eux Ma colère, de sorte que Je ne les anéantirai pas dans Mon exigence d'adoration exclusive" (Nom. XXIV, 11).

La deuxième manière d'expliquer la différence entre les deux grands hommes est la suivante : bien qu'il eût maintes fois sauvé notre peuple, Moïse n'a pas véritablement exposé sa vie. En revanche, Piné'has aurait été passible de mort s'il n'avait pas tué Zimri au moment précis de sa débauche, car il aurait eu alors le statut juridique de "persécuteur" (cf. Traité Sanhédrin 82 a qui débat de cette délicate question).

La Troisième manière d'expliquer la différence concerne la gravité des dangers à laquelle ils étaient confrontés : La Faute du Veau d'Or et celle des Explorateurs ne remettaient pas véritablement en question l'existence de notre peuple, aussi graves fussent-elles, En revanche, la débauche collective, mariages mixtes, pour ainsi dire, au niveau de la plus grande partie du peuple, aurait pu entraîner son anéantissement si Piné'has n'y avait pas courageusement mis un terme.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)