Vayaqhel - Péqoudei : Moshé, le rassembleur et le sauveur

Michel AMRAM

Le but du rassemblement général

 

   Shémot XXXV, 1-3 : « Vayaqhel Moshé, Moshé convoqua toute l'assemblée des enfants d'Israël et leur dit : “Voici les choses que le Seigneur a ordonné d'observer. Pendant six jours on travaillera, mais au septième vous aurez une solennité sainte, une cessation d'agir absolue en l'honneur du Seigneur ; quiconque travaillera en ce jour sera mis à mort. Vous ne ferez point de feu dans aucune de vos demeures en ce jour de repos” ».

 

  Rashi commente : « Moshé rassembla : Cela se passe au lendemain du jour des Kipourim, lorsque Moshé descendit de la montagne. La forme du verbe est un hif'il (un factitif : il les fit se rassembler). Il n'a pas rassemblé les hommes de ses propres mains, mais ils se rassemblent d'eux-mêmes par sa parole. Et sa traduction araméenne : il les réunit ». Le jour des Kipourim est le premier 10 Tishri de l'histoire où les deuxièmes Tables de la Loi furent données à Moshé, après la faute dite du Veau d'Or et l'expiation, en tant que signe de pardon de la faute et de la réconciliation définitive de Dieu. Le lendemain de ce jour, Moshé réunit toute l'assemblée des enfants d'Israël par la force de sa parole fédératrice qui réalise le trait d'union des hommes entre eux.

 

  Moshé détient le rôle de sauveur parce qu'il intercède auprès de Dieu pour plaider la cause d'Israël. Les versets lui attribuent, de même, la fonction de rassembleur de la communauté par sa parole fédératrice. Moshé, notre maître, est habilité comme celui grâce à qui Dieu révèle la Loi à Israël et en tant que porte-parole de la Torah, il est le sauveur et le rassembleur des enfants d'Israël.


  Le jour du Shabat apparaît ici, une fois de plus, comme lien indissociable et indéfectible entre Dieu et Israël. C'est son observance absolue que Dieu exige au moment où Il accorde Son retour dans le camp des hommes. Le Livre du Zohar Vayaqhel enseigne : « Pourquoi Moshé rassembla-t-il toute la communauté ? Pour lui donner le Shabat. Avant d'avoir fait le Veau d'Or, Israël avait déjà reçu le Shabat, mais comme les étrangers parmi eux n'avaient pas observé la sainteté de ce jour, ils finirent par en détourner Israël. Après la mort de ces intrus, Moshé rassembla de nouveau la communauté d'Israël pour lui ordonner d'observer le Shabat, de ne pas travailler en ce jour et de ne pas allumer de feu dans ses demeures ». D'une part, la faute du Veau d'Or n'a pas annulé l'obligation d'observer le Shabat, d'autre part, les lois essentielles relatives au Shabat précèdent, en priorité, à celles de la construction du Tabernacle, afin de souligner que la sainteté du Shabat doit être observée même durant l'exécution des travaux du sanctuaire (Talmud Yéroushalmi Shabat 87, 9). Ce qui fait que le principe de cessation intentionnelle d'activité le jour du Shabat prédomine le principe de l'activité des travaux en jours de semaine pour construire le Tabernacle.

 

   Le rassemblement général a pour but d'effacer la faute du Veau d'Or dont l'érection a été le désir du magma humain, "le peuple" que Moshé a fait sortir Israël, qui « s'attroupa autour d'Aharon ». Et nous savons que la Téshouva, la repentance, doit être effectuée dans les mêmes conditions que la transgression. La profanation ayant été publique, sa réparation exige un rassemblement général, avec cette différence que la première fois, il s'agit surtout des intrus, et actuellement de toute la communauté d'Israël. C'est pourquoi, lors de la confection du Veau d'Or, ils sont désignés par l'expression 'le peuple', tandis qu'ici, le verset précise 'toute la communauté des enfants d'Israël', pour signifier que la responsabilité des actes lors du séjour au désert est vécue par tous les présents.

 

   Mais Moshé, l'homme de la transcendance absolue, le porte-parole de la 'sagesse supérieure', est responsable en quoi que ce soit de cette faute car c'est lui le chef. Dieu est vérité absolue et Sa Loi est vérité absolue. Moshé est l'homme par qui la faute commise accuse vraiment la transgression, menant à sa perdition le pécheur irrémédiablement, selon la stricte rigueur de la Loi. Moshé prend l'initiative de mettre en congé la vérité absolue pour sauver le peuple. En brisant « les premières tables écrites du doigt du Seigneur », Moshé sauva toute la communauté des enfants d'Israël car il mit ainsi la Loi de vérité absolue entre parenthèses, afin de suspendre la punition immédiate et la relativiser.

 

Sagesse supérieure et sagesse inférieure


 

   Voici un enseignement, à la parasha Shla'h le'ha, du Shné Lou'hot Habrith (Les Deux Tables de l'Alliance du saint Rabi Yésha'yahou Horowitz ben Avraham Halévi, connu par son sigle Hashlah haqadosh, 1567-1630, talmudiste, moraliste et qabaliste, Rav de Prague après le Maharal, il s'installe en Erets Israël où il devient le chef de la communauté ashkénaze. Sa sépulture se trouve à Tibériade à côté de celle du Rambam) :

 

  Lorsque Dieu voulut créer le monde, il conçut, à l'intérieur de Sa réflexion intime au début, l'acte final, « סוף מעשה במחשבה תחילה sof ma'assé bema'hshava té'hila, l'acte en son terme est dans la pensée au début », selon la maxime du Rav Shlomo Alqabets, dans son piyout Lekha Dodi, chanté à la prière du vendredi soir du Shabat. Au début, Dieu crée les cieux et la terre ; Béréshit, au début, est traduit par le Yéroushalmi : par la sagesse. Donc, Béréshit : Par la sagesse, Dieu créa les cieux et la terre. La pensée de Dieu s'appelle 'le début', c'est-à-dire 'la sagesse', il s'agit de la 'sagesse supérieure חכמה עליונה' dont Moshé, notre maître, est le porte-parole. À ce titre, Moshé a obtenu la fonction de rassembleur, selon la parole dictée par la 'sagesse d'en haut' חכמה עילאה, 'hokhma 'ilaa, en araméen. Shlomo, le roi, a écrit Qohélet, L'Ecclésiate, qui signifie, par le biais de la traduction du grec : le rassembleur de la communauté, de la même racine קהל que le premier mot  ויקהלde notre parasha Vayaqhel, il rassembla. Shlomo, le roi, signe la fin de l'acte débuté par Moshé. Moshé, notre maître, est le porte-parole de la pensée du projet divin à son début, la 'sagesse de Dieu' חכמת אלהים 'hokhmat Élohim, et Shlomo est le porte-parole de la 'sagesse d'en bas' חכמה תתאה, 'hokhma tataa, appelée aussi la 'sagesse de la royauté' חכמת מלכות 'hokhmat malkhout, qui est la 'sagesse de Shlomo' חכמת שלמה, 'hokhmat Shlomo.
 

   Moshé, notre maître, projette le Mishkan, le Tabernacle au désert avant l'entrée en Erets Israël, qui préfigure la construction par Shlomo, le roi, du Beth Hamiqdash, le Temple à Yéroushalayim. C'est la volonté de Dieu qui a voulu dévoiler Sa Divinité et créer le monde par un projet dans la réflexion interne de Sa pensée pour qu'elle soit réalisée par l'action de l'Assemblée des hommes, selon Sa volonté dictée à Moshé, « l'homme de Dieu » (Dévarim XXXIII, 1). Deux grands Hommes de Dieu, les Princes de l'Humanité, ont été désignés comme portant le titre de rassembleurs de la collectivité d'Israël par la puissance de leur parole fédératrice : Moshé, notre maître, et Shlomo, le roi.
 

   Par ailleurs, Téhilim CIV, 24, écrit : « Que Tes œuvres sont grandes, Seigneur ; toutes, Tu les as faites avec sagesse ; la terre est remplie de Tes créations ». Or, en ce qui concerne toute pâte levée grâce au blé et au froment que Dieu fait pousser de la terre, et dont il faut donner au Cohen une offrande, il est écrit aussi que c'est 'réshit', un début, des prémices, Bémidbar XV, 21 : « Des prémices de votre pâte vous prélèverez un tribut au Seigneur ». Cette mitsva du prélèvement de la pâte, la 'hala חלה est la seule mitsva concernant la fabrication du pain. Elle fait allusion à knesset Israël כנסת ישראל, la collectivité d'Israël, qui est appelée, elle aussi, 'le début', c'est-à-dire les prémices des êtres venus à ce monde, Yirméyahou II, 3 : « Israël est une chose sainte, appartenant au Seigneur, les prémices de Sa récolte : ceux qui en font leur nourriture (qui profanent sa fonctionnalité, qui essayent de le détruire) sont en faute ; il leur arrivera malheur ».

 

   Prélever la 'hala au Cohen fait que la bénédiction abonde dans le monde et influence les esprits, Yé'hezqiel XLIV, 30 : « Les prémices de toute primeur quelle qu'elle soit, tout prélèvement que vous aurez à faire, appartiendront aux Cohanim ; de même la première part de votre pâte, vous la donnerez au Cohen, pour que la bénédiction repose sur votre maison ».

 

   De plus, les trente-deux fils des tsitsit, les franges aux quatre coins du vêtement font aussi allusion à la 'sagesse supérieure', comme nos Sages l'ont dit dans le Talmud 'Houlin 89a : « Le bleu du tsitsit ressemble à la mer, et la mer au ciel, et le ciel au Trône de Gloire ». Le Livre du Zohar III, 29b, indique que les quatre tsitsiot aux franges des vêtements encerclent les quatre vents tout autour du corps afin de se souvenir des 613 mitsvot. Ce qui incline le corps à respecter la noblesse de ses actes, Bémidbar XV, 39 : « Cela formera pour vous les franges dont la vue vous rappellera tous les commandements du Seigneur, afin que vous les exécutiez et ne vous égariez pas à la suite de votre cœur et de vos yeux, qui vous entraînent à l'infidélité ».

 

   La parole du prophétisme hébreu est conjuguée par les vingt-deux lettres de l'alphabet et dans les dix modalités de la Création depuis son début, ce qui fait (22+10=32) trente-deux voies de la sagesse (Séfer Yétsira). Ainsi, les quatre tsitsiot aux quatre coins du vêtement, une fois attachés, donnent trente-deux fils qui font allusion aux trente-deux sentiers de la 'sagesse supérieure' et la 'hala, le prélèvement de la pâte à la 'sagesse inférieure', en rapport avec la collectivité d'Israël.
  

   Ces tsitsiot-franges autour du corps, sont là pour nous rappeler les 613 mitsvot. En effet, le mot tsitsit, ציצית est d'équivalence numérique 600, avec les huit fils de chaque tsitsit une fois attachée et les cinq nœuds qui lient chaque tsitsit, cela donne 613 (600+8+5=613). C'est ainsi que les actes du corps, en authenticité aux 613 commandements de la Loi de vérité absolue, sont un rappel de mémoire pour l'âme elle-même qui provient du Trône de Gloire.