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"Ki Tissa"

Rav Shlomo Aviner

Quelques réflexions sur notre Maître éminent, le Rav Tzvi-Yéhouda Hacohen Kook



Il y a trente ans, Dieu le rappelait à Lui mais il continue à nous éclairer.

En tout, il était la continuation directe du Rav Abraham-Its'hac Hacohen Kook, à la différence des autres nombreux disciples, grands et petits, qui, individuellement, n'ont capté qu'une partie de son enseignement. Il n'a rien ajouté ni retranché de tout ce qu'il a reçu du Rav Abraham-Its'hac. En dépit des apparences, il s'agit là d'une qualité insigne car il a continué à développer et à vivifier les enseignements de son père prestigieux. Que ce dernier les ait ou ne les ait pas explicités jusqu'au bout, cela est sans importance, au sens où, expliquant la signification apparemment inutile du mot "bien", dans le verset : "Si vous comprenez bien" (Deut. XI, 13), Rashi enseignait : "Si vous comprenez : Les anciens dires (de la Torah) ; Bien : Vous comprendrez les nouveaux" ayant, précisément prêté attention aux anciens, la différence d'ordre chronologique s'estompant pour ne laisser que le Savoir dans son unité.

L'Eternel a investi notre Maître, le Rav Tzvi-Yéhouda, d'une mission toute particulière. On a expliqué de diverses manières la méthode d'approche, du Rav Abraham-Its'hac Kook. En fait, chaque disciple a exprimé la perspective qu'il saisissait. Seul le Rav Tzvi-Yéhouda l'a exprimée sous sa forme exhaustive (cf. Or Nétivati page 202 sur Hatorah Hagoélèt). La méthode d'approche se divise en trois catégories qui s'unissent dans un tout : La Torah, la Délivrance et la Torah en tant que Délivrance.

a) La Torah

D'aucuns diront que c'est là une évidence. Tout érudit en la matière est un disciple de Moïse et continue sa mission. Mais notre Maître a retransmis la Torah dans son intégralité, dans toutes ses disciplines. Elle est la Volonté et la Sagesse de l'Eternel au niveau du Créé, l'âme, l'agencement et le remède de ce dernier.

b) La délivrance -

En "Grand-Prêtre", le plus éminent d'entre ses frères (d'après Lev. XXI, 10) il a compris que l'Eternel a décidé de délivrer Son peuple, que le troisième retour des dispersés commençait, la renaissance de la nation sur sa Terre. Il proclamait : "Mes frères bien-aimés, le temps de votre Délivrance est arrivé, celui de l'édification de l'Etat d'Israël à venir". Par intuition prophétique, il a aussi pressenti ses guerres, l'unité du peuple, la libération de Jérusalem et le renouveau de la Torah au sein de notre pays.

c) La Torah en tant que Délivrance

Par cette expression, nous entendons la Torah en tant que guidant le processus de la renaissance. Le "Targoum" (traduction exégétique en araméen de la Torah) "lit" ainsi le verset : "Vous puiserez avec allégresse les eaux de cette source salutaire" (Is. XII, 3) : "Dans la joie, vous recevrez l'enseignement renouvelé des Justes les plus éminents". Il y a "justes" et "justes" ; nous les respectons et les aimons tous sans distinction, chacun a son niveau. Au plus haut, se situent les "Justes éminents", ceux qui explicitent "Les sources salutaires" de la Torah, comme ci-dessus "traduit". Ils nous emplissent d'une joie toute d'élévation et de sainteté et nous retransmettent l'enseignement renouvelé que dévoile l'âme de la Renaissance.

De ce qui précède, on comprend l'envergure, immense, du Rav Kook et celle du Rav Tzvi-Yéhouda, sa continuation directe. Ensemble, ils ont élucidé la renaissance nationale à la lumière de la "Torah d'Eretz-Israël" (expression de la Torah bien plus achevée que celle de la Diaspora, comme l'enseignent constamment nos Sages). Le Rav Kook expliquait les forces spirituelles sous-jacentes à la Renaissance ; le Rav Tzvi-Yéhouda, leur mise en pratique au niveau de l'Etat et de l'armée.

"A quel stade de la Délivrance, demanda un jour le Rav Tzvi-Yéhouda à son père nous nous situons ? Au début, au milieu ou au terme ?" "Tout dépend, lui répondit-il, sous quelle perspective nous l'envisageons. Sous celle de l'arrivée du Messie, au tout début ; sous celle des forces spirituelles de la nation, tout, du début jusqu'à la fin, est déjà là, à l'état latent" (Iguérot Haréiya Partie IV, page 67). En potentiel, l'arbre se trouve déjà tout entier dans le noyau.

De ces considérations, on comprend aussi pourquoi la Torah la Hagoélèt inclut la Torah dans sa totalité. En exil, nous étions un "Peuple divisé et dispersé" (Est. III, 8), spirituellement aussi. Chaque individu, chaque courant n'en assumait qu'une partie, aussi sacrée fût-elle, à laquelle il vouait sa vie. A présent, le temps est arrivé d'être "collectif". Sur sa Terre, notre peuple recouvre son unité et sa dimension collective, considération qui vaut aussi pour l'étude de la Torah, ce qui, concrètement s'exprime par la "réconciliation" des dichotomies apparentes : étude-mise en pratique, exercice des commandements-amélioration des qualités morales, lois rabbiniques-"haggadah" (enseignements de nos Sages à valeur historique, moral ou cabalistique), morale-foi. La nation tout entière aspire à sa résurrection.

Bien qu'il ne soit plus là, le grand Maître a laissé des nourritures spirituelles aux générations à venir, y-compris à celle de la Délivrance, lui qui a également préparé la renaissance du Sacré. Il continue à nous insuffler sa spiritualité par ses livres et, principalement, par ses disciples. Sciemment ou inconsciemment, la nation a aussi capté son message.

Quant à nous, nous continuons à retransmettre la lumière de notre Maître éminent en construisant notre pays et par lui, notre propre être, en ce temps de la renaissance nationale et de la sainteté, grâce aux miracles que l'Eternel accomplit pour nous et pour son patrimoine (Eretz-Israël).

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)