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"Qora'h"

Rav Shlomo Aviner

Les faux Messies, une épreuve supplémentaire



Un jour, un non Juif posa à Rabbi Yéhochoua fils de Qor'ha la question suivante : Dans votre Torah n'est-il pas écrit : Suis l'opinion de la majorité (Ex. II, 2). Or nous sommes plus nombreux que vous !? (Vaïqra Raba 4, 6). Assurément, cela peut rendre perplexe mais il s'agit d'une épreuve. La vie n'en manque pas, on doit se montrer vaillant et les surmonter (D'après Sentier de Rectitude Chapitre I).

Le fait qu'une religion "réussisse" n'est en rien un garant de vérité. Il s'agit là d'une épreuve, sans plus. La même constatation vaut pour le "faux prophète" (cf. Deut. XIII, 2 ; Sanhédrin 90 a). Le récit suivant illustrera notre propos.

Un jour, Raba fils de Rav Its'hac, fit part de son étonnement à Rav Yéhouda : "Dans mon voisinage, il y a un Temple consacré à l'idolâtrie et lorsque les gens ont besoin de pluie, ils y sacrifient un être humain et il pleut !" Fondant ses dires sur un verset (ibid. IV, 19) le grand Maître lui expliqua que l'Eternel laisse la possibilité de se tromper (d'après Rachi sur 'Avoda Zara 54 a). En d'autres termes, l'Eternel a donné des pouvoirs à l'idolâtrie et au mal en général, une épreuve supplémentaire.

Ainsi, depuis près de deux millénaires, le christianisme domine le monde avec un milliard et demi de fidèles dans les pays les plus importants alors que nous ne sommes qu'un petit nombre. Mais il n'y a rien à craindre, cette situation aura un terme. L'analyse au niveau exégétique du "Rémez" (de "l'allusion") illustrera ce fait.

"Il est dit : "Tu n'auras pas d'autres dieux (Ex. XX, 2). Ils sont appelés "autres" (lecture possible : "qui diffèrent") parce que l'idolâtrie "diffère" l'arrivée du Bien" (Sifré 'Eqev 11, 16), mais n'empêche pas sa venue, épreuve qui, lorsqu'on songe aux pogroms et aux atrocités de toutes sortes que le christianisme nous a fait subir durant notre histoire, peut sembler bien difficile ! Néanmoins, la vérité finira par éclater au grand jour. Actuellement aussi, les Arabes rient de nous (cf. Gen. XXI, 9 pour contexte). Mais Its'hac (nom qui signifie "Il rira"), notre ancêtre, mettra en pratique le dicton : "Rira bien qui rira le dernier !".

L'édification de notre nation avec ce qu'elle sous-entend comme réussites dans tous les domaines- est déjà le début du grand "Rire" d'Its'hac. Le monde entier se rend compte que, malgré son indescriptible cruauté à notre égard, le christianisme n'est pas parvenu à nous anéantir. Durant plus de soixante ans, les musulmans, tout aussi nombreux, veulent, eux aussi, nous exterminer mais, grâce à Dieu, ils n'y parviennent pas non plus. Bien plus, nous édifions un Etat exemplaire dans tous les domaines, matériel et spirituel, et ce n'est qu'un début.





Rav Yaacov Filber

Ethique et esthétique

L'aspect extérieur a-t-il des incidences sur l'intériorité, sur le spirituel, la morale, la justice et sur la sagesse ? Ou bien "extériorité" et "intériorité" ne seraient-elles pas antagonistes ?

A première vue, le verset : "Mensonge que la grâce! Vanité que la beauté! La femme qui craint l'Eternel est seule digne de louanges" (Prov. XXX, 30) semblerait accorder la priorité à l'éthique sur l'esthétique et même blâmer la "grâce" et la "beauté". Mais le Rav Kook expliquait qu'en réalité, il n'en était rien. Il fallait comprendre le verset comme suit : lorsque la femme limite son univers aux seules préoccupations esthétiques, celles-ci ne sont que "mensonge" et "vanité" ; en revanche, lorsqu'elle "Craint l'Eternel", elle valorise la dimension esthétique, et fait d'elle une valeur. harmonieusement associée à l'éthique et devient lui aussi digne de louange.

En fait, les Sources juives voient dans l'esthétisme une valeur d'autant plus positive qu'il concerne une personne d'autant plus éminente, comme il est dit : "Tes yeux contempleront le roi dans sa beauté" (Is. XXXII, 17). Il ne s'agit pas là d'une figure de style mais bien d'une exigence à laquelle le roi doit se soumettre. D'ailleurs, Maïmonide l'a érigée en loi rabbinique (Maïmonide Hilchot Mélachim 2, 5) : "Le roi doit se couper les cheveux tous les jours, veiller à sa bonne présentation et avoir des vêtements beaux et luxueux, comme il est dit : Tes yeux contempleront le roi dans sa beauté.

Dans le même esprit, le Ran (Dérouchim, Darouche 5) résout une contradiction apparente entre Maïmonide et le Talmud. Ce dernier enseigne (Nédarim 35 A) que l'Eternel ne fait résider Son Immanence (ici, la prophétie) que sur celui qui est vaillant, riche et humble, à l'instar de Moïse, les mots "vaillant" et "riche" devant être pris dans leur sens littéral. En revanche, Maïmonide (Hilchot Yessodé HaTorah 7, 5), enseigne que la prophétie n'habite qu'un homme "vaillant" quant à ses qualités morales et qui maîtrise totalement son mauvais penchant, au sens où nos Sages ont enseigné : "Est dit vaillant celui qui domine son mauvais penchant (Maximes des Pères 4, 1), "riche", qui a une faculté de jugement englobante et juste à l'extrême. En réalité, explique le grand Maître, le Talmud et Maïmonide ne sont pas d'opinions divergentes mais ce dernier parle des conditions à posséder a priori pour recevoir la prophétie tandis que le Talmud parle des qualités que doit posséder le prophète, en tant que personnalité publique, pour pouvoir se faire entendre, à l'instar de Moïse. Il doit donc répondre aux exigences du Talmud et à celles de Maïmonide.

La Torah exige elle aussi des Cohanim qui officient dans le Temple d'avoir une allure majestueuse comme il est dit : "Pour Aaron, ton frère, tu confectionneras des vêtements sacerdotaux pour (qu'il inspire) le respect et la splendeur" (Ex. XXVIII, 2), ces deux mots s'appliquant à l'individu et à son habit, opinion que partage l'auteur du Or Ha'haïm.

Le Grand-Prêtre devait porter huit vêtements, quatre blancs et quatre cousus, entre autres, de fils d'or. Suivant la Cabala, les quatre vêtements blancs renvoient aux quatre lettres du Tétragramme, - ainsi qu'à la "séfira" (Modalité) "Tiféret" (masculinité), et les vêtements avec de l'or, aux quatre lettres du Nom - et renvoient à la "séfira" "Malchout" (féminité). Le Grand- Prêtre devait "réparer" ces deux Modalité auxquelles, par ses fautes, le peuple avait porté préjudice. En revanche, durant la période d'intronisation des Cohanim, Moïse ne portait que des vêtements blancs parce qu'il n'officiait pas pour amender les fautes du peuple ni pour "réparer" les préjudices attentés aux deux "séfirot" précédemment mentionnées, mais uniquement pour amender celles d'Aaron et de ses fils et, ainsi, les rendre aptes à officier dans le Tabernacle. C'est pourquoi, il ne devait pas porter de vêtements ayant des fils d'or.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)