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"Kippour"

RAV DOV BIGON

CECI ETANT

Les trois fêtes, Pessa'h, Shavou'ot et Soukot - un tout


Les trois fêtes, Pessa'h, Shavou'ot et Soukot forment un tout. Pessa'h incarne le "Temps de notre Délivrance" (Rituel des Prières) ; "Shavou'ot", le "Don de la Torah (ibidem) ; Soukot, enfin, le "Temps de notre joie", la finalité.

D'abord, à Pessa'h, on passe de la servitude à la libération matérielle ; ensuite, à Shavou'ot, on accède à la libération spirituelle par le Don de la Torah, ce qu'on apprend d'une lecture exégétique d'un verset : ne lis pas "gravée (l'Ecriture divine) sur les Tables (de l'Alliance)" mais "libération", suivant la manière de vocaliser le mot. Lorsqu'on a dépassé ces deux dimensions de la libération (matérielle et spirituelle), alors, à Soukot, on accède au paroxysme de la joie.

Ceci étant : avec la création de l'Etat, nous sommes passés de la servitude à la libération matérielle, mais nous n'accéderons à la libération spirituelle que lorsque, dans un consensus national, nous accepterons d'assumer la Torah et les Mitsvot. Grâce à Dieu, ceux qui reviennent à la Tradition juive sont de plus en plus nombreux. Le jour est proche où la promesse divine deviendra réalité : "Quant à Moi, dit l'Eternel, voici quel est Mon Pacte avec eux : Mon Inspiration qui repose sur toi et les Paroles que j'ai mises en ta bouche ne doivent point s'écarter de ta bouche ni de celle de tes enfants ni de celle des enfants de tes enfants, depuis à présent jusqu'à jamais (Is. LIX, 21). Ce faisant, nous verrons se concrétiser le verset : "Donne-nous des jours de satisfaction aussi longs que les jours où Tu nous as affligés, que les années où nous avons connu le malheur" (Ps. XC, 15), passage des ténèbres à la lumière qu'opérera non seulement Israël mais aussi l'humanité tout entière, emplie de tristesse de par la Faute d'Adam et d'Eve : "A la femme Il dit : J'augmenterai grandement ta douleur et ta grossesse. Tu enfanteras dans la douleur. A Adam Il dit : "Tu as écouté ta femme et tu as mangé de l'arbre à propos duquel Je t'avais donné un ordre explicite, te disant : N'en mange pas. La terre sera donc maudite à cause de toi. Tu en tireras la nourriture avec souffrance tous les jours de ta vie" (Gen. III, 16-17), et l'humanité sera, elle aussi, au comble de la joie : "L'Eternel se réjouira de Ses œuvres" (Ps. CIV, 31) car "la terre sera pleine de la Connaissance de Dieu comme l'eau abonde dans le lit de la mer" (Is. XI, 9), allusion à l'époque du Messie, ce qu'évoque implicitement ce mot, composé des mêmes lettres que "joie" (samekh mem het hé). Ainsi, nous verrons également se concrétiser une prière quotidienne : "Restaure, Eternel notre Dieu, dans la joie et dans l'allégresse, les solennités de Ta Sainteté, et Israël qui sanctifie Ton Nom se réjouira en Ta présence" (Prière des Fêtes).

Dans l'attente de la Délivrance pleine et entière.

Soyons tous scellés dans le Livre de la Vie !




Rav Shlomo Aviner

Les quatre manières de se marier

Il existe quatre manières de se marier, différentes les unes des autres mais pareillement valables, concrétisées dans la Torah par Sara, Rivca, Ra'hel et Léa, chacune suivant sa personnalité.

Sara

Elle était de la même famille que notre ancêtre Abraham, sa nièce. Se connaissant depuis de longues années, ils ne risquaient pas d'être désagréablement surpris, tout, pour ainsi dire, allait de soi.

Rivca

Ils se sont connus par proposition de mariage. De nos jours, les deux jeunes gens sortent ensemble plusieurs fois pour voir s'ils se conviennent. Jadis, et même actuellement chez une catégorie limitée des la population, ils acceptaient d'emblée la proposition ; dans le cas présent, Eli'ézer, serviteur d'Abraham, d'autant plus qu'Isaac était d'une sainteté absolue, puisqu'il avait failli être un holocauste entièrement consumé (cf. Gen XXII), et donc tenu à l'écart, pour ainsi dire, de ce bas-monde, ce qui n'était pas le cas d'Eli'ézer, l'intendant et le disciple par excellence d'Abraham qui divulguait la Torah de son maître. Guidé par la Providence, il rencontra Rivca et la consacra à Isaac par une bague et des bijoux (Gen. XXIV, 22) en lui disant, par délégation, la formule de mariage ad hoc. Lorsque le grand Patriarche et Rivca se rencontrèrent, pour la première fois, ils étaient déjà mariés, "Et (après quelques temps) il l'aima" (ibid. 67).

Ra'hel

Lorsque Jacob, notre ancêtre, la vit pour la première fois, il comprit qu'elle incarnait l'âme qui lui était destinée et "Travailla pendant sept ans pour elle. Mais il l'aimait tant qu'ils ne lui parurent que quelques jours" (ibid. XIX, 20).

Léa

Elle se maria par contrainte. En effet, Jacob pensait s'être marié avec Ra'hel mais "Le lendemain matin il s'aperçut que c'était Léa (cf. ibid. 25), comportement bien étonnant, en apparence, de la part du Juste mais qui doit faire l'objet d'une étude particulière. Quoi qu'il en soit, la Torah ne dit pas que Jacob le condamna mais il l'accepta comme un fait accompli.

Ainsi, il existe quatre manières de se marier, quatre manières différentes de commencer une vie qui se sont pourtant déroulées de la même manière, dans l'amour et l'harmonie. De là on apprend que ce qui compte ce n'est pas le début mais la continuation. Le mariage est un chemin en commun, de longue haleine.

La parabole suivante pourrait illustrer notre propos, celle d'un "cent mètres". Le coureur qui part avec une seconde de retard a perdu toute chance de gagner. En revanche, dans le cas d'un "marathon", partir avec une minute de retard est négligeable. Assurément, le mariage est un voyage pour la vie.

"Combien, demanda un jour un petit enfant à son père, t'a coûté maman ? J'ai oublié, lui répondit-il, combien m'est revenue la bague mais, jusqu'à la fin de mes jours, je continuerai à investir pour elle, à l'aimer, à la respecter et à lui donner tout ce dont elle a besoin", comme le prescrit la "kétouba", un peu comme dans les annonces publicitaires : "Que cent shékels !" Et en petits caractères : "Plus cinquante shékels par mois pendant dix ans". Ainsi, sous le dais nuptial, le fiancé dit à sa future épouse : "Voici, tu m'es consacrée par cette bague" mais appose aussi sa signature au bas de la "kétouba" pour ratifier son engagement de se comporter avec générosité à son égard, un peu comme à l'armée où tout est quasiment planifié. Pourtant, il arrive que l'officier doive improviser en chemin. D'ailleurs au début du Traité "Kidoushin" (1, 1), la "Michna" ne dit-elle pas du mariage qu'elle est un "Chemin (difficile) ?" N'exige-t-il pas investissement et efforts?

Le couple ne peut s'aimer pour l'éternité que s'il a décidé qu'il en serait ainsi.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi).