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"Yitro"

Rav Shlomo Aviner

La croisade des corrupteurs

Entretien journalistique


Question : Quelle est la position de la loi rabbinique en ce qui concerne la réception de donations en provenance d'organismes chrétiens ?

Réponse : On n'est nullement tenu de recevoir de l'argent de non Juifs, chrétiens ou autres. Le Talmud identifie le fait de passer outre à l'interdiction de manger du cochon, car il s'agit là d'un blasphème. Mendier est profondément dégradant ; recevoir de l'argent de non Juifs, a fortiori. Pourquoi subviendraient-ils à nos besoins ? Ne serions-nous pas capables de les assumer par nous-mêmes ? On estime que cet argent n'équivaut pas même au budget de l'Etat d'une demi-journée. Après sa création, ce dernier était très pauvre ; pourtant, le fait aurait été méprisable. A présent, l'Etat est riche. Imaginez que, sur l'esplanade du "Kotel"1, un homme fortuné se livre à la mendicité ! Le blasphème serait d'autant plus grand s'il s'agissait de l'Etat.

En ce qui concerne les organisations chrétiennes, le problème est plus grave encore. Depuis son avènement, le christianisme n'a pas cessé de vouloir nous anéantir en nous assassinant, en nous expulsant, en nous mettant des entraves économiques, en nous humiliant, etc. Malgré tout, nous subsistons toujours. Actuellement, il emploie contre nous la méthode de la "croisade de l'argent", pour reprendre ses propres mots : nous anéantir en nous soudoyant, "L'étreinte de l'ours", comme ils disent aussi. Après nous avoir donné de l'argent, ils deviendront "nos amis" et, ce faisant, pourront accroître leur influence missionnaire. En Israël, il y a des dizaines de milliers de missionnaires qui disposent d'un budget de centaines de millions de dollars. Cela ne veut pas dire que ceux qui reçoivent de l'argent de ces organisations finiront par se convertir ; cependant, l'accepter leur donne accès à la société israélienne dont elles veulent saper les fondements.

Dans ses "Lettres"2, le Rav Kook interdisait d'en recevoir, au risque d'être responsable de la conversion d'un autre Juif au christianisme, ce qui est immoral. Des autorités rabbiniques de premier plan l'ont eux aussi interdit: Le Grand Rabbinat d'Israël, les éminents Rabbins, de mémoire bénie, le Rav Abraham Shapira et le Rav Mordékhaï Eliyahou ; le "bèt Dïn" de "Habad"3, celui de la "Eda 'Harédit"4, etc.

Question : Et pour sauver des vies humaines ?!

Réponse : En Israël, on ne meurt pas de faim. Soutenir cet argument erroné c'est médire de ce pays. On peut toujours se procurer de l'argent pour aider une personne en détresse. D'ailleurs, le Ministère des Affaires Sociales consacre des dizaines de milliards de Shékels à cet effet, sans parler des "guémarim"5 autorisés par la loi rabbinique.

Je connais une "organisation de bienfaisance" qui, entre autres, reçoit de l'argent de non juifs. Ceux qui y sont à la tête s'empochent 80% des dons. Ils emploient de belles paroles pour justifier le fait de recevoir des dons "Au profit", soi-disant, des pauvres et des déshérités". Puisse Dieu les prendre en pitié et les remettre dans le droit chemin!

Lorsque fut fondée la yéshiva6 "'Atéret Cohanim", il y a quelque trente ans, un américain sympathique me demanda :

"Reconstruisez-vous le Temple ?

Sur trente ans, j'ai perdu au total un milliard et demi de dollars mais je ne le regrette pas.



Nathan Kotler

Le "printemps des peuples"

Evénement révolutionnaire, la Sortie d'Egypte ne concernait pas seulement le peuple juif qui passait de l'esclavage à la liberté mais aussi l'humanité tout entière à qui elle dévoilait les valeurs de la liberté, de l'égalité et de la justice. "Pour l'humanité, faisait remarquer le Rav Kook7, elle restera à tout jamais le printemps du monde. C'est pourquoi Le récit de la Sortie d'Egypte n'est pas seulement une source d'inspiration permanente pour notre peuple mais pour d'autres peuples aussi.

Ainsi, il y a plus de deux siècles, ceux qui devaient proposer un tampon pour les Etats-Unis envisagèrent de lui choisir pour motif Moïse et le peuple juif, debout face à la Mer Rouge, contemplant Pharaon, tyran soumis et, pour sceau : "Se révolter contre les tyrans c'est obéir à l'Eternel".

Il y a quelque quarante-cinq ans, des applaudissements retentissants remplirent le grand auditorium de l'université d'Oslo lorsque le Dr Marin Luther King s'avança sur le tapis rouge pour recevoir le prix Nobel de la paix. "Les hommes ne resteront pas éternellement esclaves, dit-il d'un ton dramatique. La quête de la liberté deviendra réalité. La Bible fait le récit extraordinaire de Moïse qui, dans le palais de Pharaon, n'arrêtait pas de s'écrier : "Laisse partir mon peuple"8 Au Etats-Unis, le combat actuel est un nouveau chapitre du récit permanent de la Sortie d'Egypte".

Mais la mission du peuple juif, lutter en faveur de la liberté, de la justice et de la paix, n'est pas encore terminée. Nombreux encore sont ceux qui luttent contre les régimes dictatoriaux et cruels, mais nous avons bon espoir. Pas à pas, l'humanité s'achemine vers un avenir meilleur. Nous devons continuer à lui enseigner les valeurs morales et, en fin de compte, nous verrons se concrétiser la célèbre prophétie : "Il (L'Eternel) sera un arbitre entre les nations et le précepteur de peuples nombreux ; ceux-ci alors de leurs glaives forgeront des socs de charrues et de leurs lances des serpettes. Un peuple ne tirera plus l'épée contre un autre peuple, et on n'apprendra plus l'art des combats"9.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)

1 "Mur des Lamentations"

2 "Iguérot Haréiya Iv, 4 61

3 L'autorité judiciaire de ce mouvement religieux

4 La "Communauté Ultra Religieuse"

5 Associations philanthropiques de prêts sans intérêts

6 Académie religieuse

7 "Mégued Yéra'him"

8 Ex. V, 1 et passim

9 Is. II, 4