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"Ekev"

Rav Dov Bigon

Ceci étant

Enseigne-les à tes enfants et parles-en



La Torah prescrit l'obligation de l'enseigner à nos enfants dès leur plus jeune âge : "Enseigne-les (les "dires" de la Torah) à tes enfants et parles-en" (Deut. X, 10). Et Rachi d'expliquer : "Dès que l'enfant sait parler, enseigne-lui (le verset) : Moïse nous a prescrit la Torah, héritage éternel pour la communauté de Jacob (ibid. XXXIII, 35), que cela soit ses premiers mots. De là nos Sages ont enseigné que dès qu'il se met à parler, son père doit lui parler en hébreu et lui enseigner la Torah, comme il est dit : Enseigne-les à tes enfants et parles-en" (Rachi sur op. cit.).

L'obligation vaut non seulement pour le père mais aussi pour ceux qui sont dignes et capables d''enseigner la Torah. "Se dispenser d'enseigner une loi rabbinique à un élève revient à le spolier du patrimoine de ses ancêtres" (Traité Sanhédrin 91 b).

L'Etude extériorise non seulement l'âme du jeune enfant qui se met à parler (ce qu'il apprend l'accompagnant toute sa vie) mais aussi celle de ceux qui s'y appliquent, celle de la nation tout entière et même celle de l'humanité.

Ceci étant : constamment, on doit renforcer l'étude de la Torah qui vivifie, comme ci-dessus mentionné, le simple particulier comme le collectif, exigence d'autant plus impérieuse à notre génération. La Torah n'est pas une question personnelle, politique, qui concernerait tel ou tel courant, mais le patrimoine de l'ensemble de la nation qui, au Mont Sinaï, l'a reçue au niveau collectif. On doit donc l'enseigner à notre peuple, enfants et adultes. A l'intention du "Memlakhti-Dati" ("Système d'Education Gouvernemental Religieux"), le Ministère de l'Education doit promouvoir un programme tout particulier visant à l'étude intensive de la Torah et à vulgariser cette dernière à l'échelon national, à l'instar de Josué qui vivait à une époque assez comparable à la nôtre, (quarante ans dans le désert, deux mille ans d'exil) avec, en leitmotiv, l'exigence de faire de la Torah notre patrimoine national (cf. Jos. I in extenso).

Par la disposition à apprendre et à enseigner la Torah, nous verrons se concrétiser la promesse divine : "[Si vous agissez ainsi,] vous vous maintiendrez longtemps, vous et vos enfants, sur le pays que Dieu a juré à nos ancêtres (promettant qu') Il le leur donnerait, aussi longtemps que les cieux seront au-dessus de la terre" (Deu. XI, 21).

Dans l'attente de la Délivrance pleine et entière.





Rav Yaacov Halévi Filber

"Puissé-je voir cette bonne terre" !?

Qui plus que Moïse n'a aimé Eretz-Israël ?!

Agé de cent-vingt ans, encore en pleine possession de ses facultés physiques et mentales, Moïse implore l'Eternel pour qu'Il lui permette d'entrer en "Terre de délice" (Sources passim ; (cf. Deut. III, 25). En comparaison de cet immense amour, la conception mercantile qui voit dans notre Terre un bien immobilier négociable pour l'obtention d'une paix illusoire et précaire paraît bien vile ! Constamment, on doit rappeler ce qu'on a trop tendance à oublier, la dignité de notre Terre à nulle autre comparable.

Dans les Iguérot Haréiya (Iguéret 96), le Rav Kook explique en substance : l'état présent d'indigence de l'humanité a pour origine le fait qu'on n'enseigne pas la valeur et la spécificité d'Eretz-Israël et qu'on délaisse la "réparation" de la Faute des Explorateurs", avoir médit d'elle.

Notre ancêtre Abraham a pressenti le caractère tout particulier de la "Terre de délice" (sources passim), comme en témoigne le Midrach suivant (Béréshit Raba 39, §8) : "Rabbi Lévi a enseigné : En passant par Aram Naharaïm et par le pays de Na'hor (qui ne font pas partie d'Eretz-Israël), Abraham voyait les habitants de ces contrées manger, boire et se dévoyer. Il se dit : Puissé-je ne pas avoir part à cette terre ! Lorsqu'il arriva aux environs de Tyr (qui fait partie d'Eretz-Israël), il vit ses habitants désherber… et faucher. Il se dit : Si seulement je pouvais avoir part à cette terre ! Dieu lui répondit : Cette terre, Je la donnerai à ta descendance (Gen. XII, 7)." Un autre Midrache (Tan'houma Mishpatim 10) enseigne : "Terre de délice (ou de convoitise), parce que les Patriarches l'ont convoitée". Et le Midrach de citer des versets à l'appui de son affirmation (cf. Gen. XV, 8 ; ibid. XXVI, 3 ; ibid. XXVIII, 20), amour que Moïse, répétons-le, a vécu avec une intensité extrême (Deut. III, 25).

Dans le 'Olat Rayia (Partie I, page 103), le Rav Kook explique que le lien qui unit notre peuple à sa Terre n'a rien de commun avec celui qui unit les autres peuples à la leur, fondant son affirmation sur une exégèse minutieuse d'un verset (Chr. I XVI, 16-18). Dans le cadre de cet article, nous nous bornerons à dégager les différences principales sans entrer dans les détails de l'interprétation.

Normalement, la relation d'un peuple à sa terre obéit à un long processus historique durant lequel une population sans cesse grandissante s'installe sur un territoire donné, la relation étant le résultat du temps, de la population et de la fixité sur une même terre. En revanche, pour notre peuple, la relation s'est créée indépendamment de ces trois facteurs historiques. Elle repose sur l'Alliance et le serment que l'Eternel a contractés avec nos ancêtres.

Il existe une autre différence, de la première importance, entre notre Terre et celle des autres peuples : Eretz-Israël, dans sa totalité, ne peut faire l'objet d'aucun partage car sa sainteté et sa singularité sont, par essence, indivisibles. Ce fait, l'Eternel l'a concrétisé en montrant à Moïse, -au sommet du Mont Névo- la totalité d'Eretz-Israël (cf. Deut. XXXIV, 1-4) et non pas un je-ne-sais quel Israël tronqué et mutilé. Par cette vision d'ensemble, l'Eternel voulait faire comprendre à tous, Juifs et non Juifs, que notre Terre était un tout indivisible.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)