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"Dévarim"

Rav Ouri Cherki

L'itinéraire de nos ancêtres dans le désert,

notre histoire et celle de l'humanité en raccourci (Partie I)



L'étude détaillée de l'itinéraire de nos ancêtres dans le désert est de la première importance. L'énumération des étapes qui le compose a pris valeur de "ségoula" ("protection") et se lit de plus en plus fréquemment dans les communautés, à la veille de Pessa'h, en particulier. Le but de cet article est de montrer la corrélation entre les étapes de cet itinéraire et les différentes phases de l'histoire, depuis l'aurore de l'humanité jusqu'à la création de l'Etat d'Israël.

Ra'amses : "ra" (ici, idée de manque) ; "massas" (idée d'espace) : allusion au "manque" originel, au "Tsimtsoum", concept cabaliste : le "rétrécissement" de "l'Infini", en fait, l'élargissement de Son point central, pour laisser place au créé grâce auquel ce dernier peut accéder à l'être.

"Soukot" ("cabanes") : allusion à celles que l'Eternel a construites sur le Mont du Temple dans l'attente de l'édification de ce dernier (Midrach).

"Etam, à l'extrême fin du désert ("midbar" : désert ; idée de "parole") : allusion à la création de l'homme en tant que doué du "dabar", de la parole comme il est dit : "Dieu les (l'homme et la femme, "otam" mot qui peut se lire "Etam") créa" (Gen. I, 27).

Pi ha'Hirot : mot qui peut se lire "Ha'hérout", "La liberté", fondée sur la possibilité de mettre en pratique ou d'enfreindre le commandement restrictif de ne pas manger de l'Arbre de la Connaissance.

Mara : idée d'amertume et de faute, allusion à l'arbre de la Connaissance du bien et du mal.

Elim : Adam après la Faute, qui contient en potentiel les "Douze sources d'eau vive (Ex. XV, 27), allusion aux douze tribus et aux "Soixante-dix palmiers" (ibid.), allusion aux soixante-dix manières fondamentales d'être Homme.

Yam Souf (La Mer Rouge) : le mot "Souf" peut également se lire "sof" (fin), allusion à Shet qui finit, qui met un terme à la constitution du noyau fondamental de l'humanité.

Midbar Sin (le désert de Sin) : allusion à Enosh qui a utilisé la force du "dabar", de la parole, pour invoquer l'Eternel.

Dovka (sens possible : idée d'être affaibli à la suite de coups répétés) : allusion à l'état de faiblesse que l'humanité a éprouvé à la suite de l'immersion du tiers des continents.

Aloush : allusion trop lointaine pour pouvoir être correctement traduite en français.

Réfidim (idée de relâchement) allusion à la chute d'être de l'humanité après Méhalalèl auquel l'étape précédente, Aloush faisait très indirectement allusion, chute d'être incarnée par Yarad, nom qui précisément contient l'idée de chute.

Midbar Sinaï : le désert du Sinaï qui renvoie à 'Hanokh, l'une des incarnations du "Lieu de la Parole", du "midbar", la Torah orale, résumée ensuite dans le "midbar Sinaï sous la forme du Don de la Torah. 'Hanokh" "Allait d'un commun accord" avec Dieu" (Gen. V, 21).

Kivrot Hatéava" ("Les cimetières du désir") : allusion à l'époque de Mathusalem où l'humanité et la quasi-totalité des animaux se sont livrées à la débauche.

"'Hatsérot" (les cours) : allusion à Lamekh qui a précédé Noa'h, à l'instar de la cour qui précède la maison.

Ritma (mot qui contient l'idée d'ébouillanter) : allusion à l'époque de Noa'h où le monde a été condamné à être ébouillanté (au Déluge, par les eaux thermiques).

Rimon Pérets : allusion à Shem, père de Thamar, mère de Pérets.

Livna (idée de brique) : allusion aux briques qui ont servi à l'édification de la Tour de Babel.

Rissa : allusion à l'édification de la ville de Ressèn par Ashour à l'époque de Chéla'h.

Kéhilata (idée de communauté ; ici, sainte) : allusion à 'Evèr, le premier à avoir dévoilé la sainteté au niveau communautaire, collectif.

Har Shéfèr : allusion à Pélèg (nom qui exprime l'idée de différenciation, de séparation, de tri) : début de la concrétisation par sélections successives de l'idée de "spécificité" qui, plus tard, devait caractériser notre peuple.

"'Haradat (idée d'union pour faire le mal) : allusion à ceux qui se sont unis pour édifier la Tour de Babel, dans l'intention de combattre l'Eternel.

Makhélot (à nouveau, idée de communauté ; ici, pervertie) : allusion à l'union pour le mal, l'édification de la Tour de Babel.

Ta'hat : allusion à Na'hor, deux racines qui renvoient à l'idée de terreur, celle qu'inspirait la Chaldée.

Téra'h : allusion à Téra'h, père d'Abraham.

Mitka (allusion au concept cabaliste de "tempérer", la Modalité de la Rigueur par celle de la Générosité) : allusion à Abraham qui, par excellence, incarne la Modalité de la Générosité.

'Hashmonaï : allusion à Its'hac, circoncis le huitième jour ("ha" et "shémona"" : idée de huit).

(Fin de la partie I)









Rav 'Azriël Ariël

Le choix du conjoint, un équilibre entre coercition et liberté absolue


"L'union libre" est une invention moderne. Jadis, les fiancés n'avaient pas leur mot à dire, ils devaient se soumettre à l'autorité parentale et n'avaient donc pas la possibilité du choix.

Pourtant, la réflexion sur les Sources révèle que nos Sages s'opposaient à cette manière de voir. Ainsi, reprenant un enseignement du Talmud, Maïmonide (Hilchot Ichout 3, 9 sur Traité Kidoushin 41 a) prescrivait : "Certes, le père a le droit de marier sa fille à qui bon lui semble lorsqu'elle est encore petite. Cependant, il n'est pas convenable d'agir de la sorte, comme l'ont prescrit nos Sages. Elle doit être suffisamment grande pour dire avec qui elle veut se marier (Exigence qui vaut) également pour le garçon il ne la prendra pas pour épouse avant de l'avoir déjà vue et estimer qu'elle lui convient de crainte de ne pas l'aimer, d'en venir à divorcer ou à la haïr".

Bien plus : reprenant les propos du Maharik, le Rama écrit "Hilchot Kiboud Av Véèm 10 200) : "De même, si le père réprimande son fils pour le choix de son épouse, ce dernier ne devra pas l'écouter".

Pourtant, la Torah ne prône nullement "l'union libre" mais fixe des limites de manière à ne pas porter atteinte à la nation (interdiction des mariages mixtes), à la sainteté (mariage avec des enfants résultant d'unions interdites, interdiction pour un Cohen de se marier avec une femme divorcée, etc.).

Les "Filles de Tsélof'had" (Nom. XXVII in extenso) pourraient illustrer la dichotomie entre coercition et liberté absolue, relativement au choix du conjoint. D'une part, la Torah enseigne qu'elles pouvaient se marier avec qui elles désiraient (d'après ibid. XXXVI, 6), ce qui implique la dimension du libre-arbitre, mais au même verset la Torah oblige : avec un homme qui devait appartenir à la tribu de leur père (d'après ibid.), ce qui implique la dimension de la coercition. Le verset, semble-t-il, contient une contradiction. Nos Sages du Talmud (Baba Batra 120 a) l'ont résolue ainsi : elles pouvaient se marier avec qui elles désiraient mais la Torah leur avait vivement recommandé qu'un mari de leur tribu leur conviendrait mieux, conseil qu'elles ont d'ailleurs suivi, perpétuant ainsi à leur descendance le patrimoine paternel.

Malgré tout, ne penserait-on pas qu'un libre choix absolu serait préférable ? "L'embarra du choix", au sens existentiel de l'expression, que pose la société de consommation, dévoile au grand jour le côté pernicieux de cette tentation. Relativement à notre propos, certains estiment que si le choix de l'éventuel conjoint est trop vaste, il risque de ne plus être réalisable donc d'entraîner le célibat. Mentionnons en passant que le temps scelle l'alliance entre les deux conjoints et, a posteriori, lui confère un caractère d'authenticité.

Ainsi, la dichotomie évoquée au début de cette analyse peut donc se résoudre comme suit : les limites qu'impose la Torah par l'intermédiaire de la législation rabbinique au choix d'un conjoint et la prise en considération de facteurs éthiques supplémentaires qui n'ont pas de rapports directs avec le caractère d'adéquation des deux éventuels conjoints, tout cela impose certes une limite à la liberté de choisir mais, paradoxalement, en apparence seulement, permettent au choix de s'effectuer de facto.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)