"

"'Hayé Sara"

Rav Dov Bigon

Ceci étant

Le "rire" d'Ishmaël

Constamment, depuis l'aurore de notre histoire, l'identité "Israël" d'une part, et l'identité "Ishmaël" et "Esaü"1, de l'autre sont en état de rivalité. Dans cet article, nous analyserons un aspect de celle d'Ishmaël symbolisée, entre autres, par le "rire", la "moquerie"2, mot qui, suivant un enseignement de nos Sages, renvoie aux trois comportements les plus répréhensibles, l'un d'eux, pour nous limiter à notre sujet, étant le meurtre.

Un verset rapporte qu'Ishmaël "Riait", se moquait3. "Ce mot, explique Rachi4, renvoie à l'idée de meurtre. Lorsqu'Ishmaël se querellait avec Its'hac à propos de l'héritage5, il lui disait : C'est moi l'aîné. Je dois donc recevoir un héritage double du tien. Etant sortis dehors, Ishmaël prenait son arc et tirait des flèches en direction d'Its'hac6", d'où l'ordre de Sara à l'adresse d'Abraham d'expulser son fils et sa mère de leur maison7. Elle avait inconditionnellement condamné l'identité "Ishmaël". Abraham n'admet ce constat d'échec qu'après l'intervention divine qui corrobore le diagnostique de Sara, inspirée par le sens prophétique à valeur historique8 Its'hac et non pas Ishmaël serait la continuation véritable d'Abraham9.

Ceci étant : Près de quatre millénaires se sont passés depuis le temps où Ishmaël prit son arc et ses flèches pour essayer de tuer Its'hac mais hélas rien n'a changé si ce n'est qu'à présent il utilise des missiles. Jadis, on considérait les flèches comme des armes à longue portée qui permettaient de faire subir des pertes à l'ennemi sans devoir se battre face à face, s'épargnant ainsi le risque de perdre la guerre, considération qui vaut aussi pour les missiles. Nos ennemis n'osent pas nous attaquer de front de crainte de subir une nouvelle défaite.

Ainsi, les objectifs d'Ishmaël et des Arabes, ses descendants, n'ont pas changé, nous spolier de la Terre que l'Eternel a choisie pour y faire Résider Son Nom10, Lui qui a promis à nos ancêtres qu'elle nous appartiendrait à tout jamais.

C'est pourquoi nous devons nous renforcer, militairement et économiquement et, avant tout, répondre aux provocations de nos ennemis par une guerre impitoyable. Nous devons être unis et mettre un terme à la menace que les missiles font peser sur nous et obéir, tout comme Abraham, à la voix de Sara : "Renvoie cette esclave et son fils ! Le fils de cette esclave ne partagera pas l'héritage de mon fils Its'hac"11.

Dans l'attente des la Délivrance pleine et entière.


Rav Yoram Eliyahou

Quelques réflexions sur la prière

C'est ensemble que se dévoile la sainteté12.

Certains prétextent qu'il leur est difficile de prier en public à la synagogue parce qu'on a du mal à se concentrer, que, peut-être, il vaudrait mieux s'unir à l'Eternel en allant s'isoler hors de la ville, qu'on serait alors plus apte à se concentrer dans la prière et que, de tout évidence, elle serait mieux agréée ?

Dans le Couzari13, Rabbi Yéhouda Halévi répond à cette perplexité. Prier en public, explique-t-il, a plusieurs avantages. Lorsqu'on prie seul, on risque d'avoir des demandes bonnes pour soi mais mauvaises pour autrui, ce qui ne n'est pas le cas lorsqu'on prie en public. De plus, il est rare qu'on puisse faire une prière en tout point parfaite. En revanche, en public, les manques des uns et les qualités des autres se compensent pour le bien de tous, si bien que la prière de chacun est de valeur car elle bénéficie du crédit de l'ensemble du public.

Par une allégorie, le Rav Elimélekh Bar-Shaöul a bien expliqué ce fait14. "L'Eternel reçoit favorablement la prière en public, Sa couronne bigarrée Toutes sortes de pierres précieuses y sont enchâssées, sensibilité et intelligence offertes par chacun suivant sa singularité, qui un jaillissement d'esprit, qui une étincelle flamboyante, qui un profond soupir, qui un sentiment confiant de calme, d'angoisse, de joie de tristesse pour l'état de Diaspora où se trouve son peuple ou pour l'Immanence en Exil. Untel donne son amour d'autrui ; tel autre, son amour de la nation et de sa Terre, autant de valeurs qui forment la prière en public". La parabole se comprend d'elle-même. A lui seul, le simple particulier ne saurait prétendre à une prière aussi achevée.

Par ces considérations, on comprend comment le Zohar résout une difficulté d'exégèse contenue dans le verset : "Il (L'Eternel) se tourne vers la prière du pauvre dénudé, Il ne dédaigne pas leur prière"15. Il est dit : "Il se tourne" et non pas "Il prête attention", parce que "Le pauvre dénudé" prie seul, de sorte que l'Eternel examine minutieusement sa prière pour apprécier jusqu'à quel point elle a été adressée de bon gré, de qui elle provient, quelles actions a-t-il accompli, mérite-t-il d'être exaucé, etc. C'est pourquoi, poursuit le Zohar, on doit prier en public. Là, seulement, l'Eternel ne "Dédaigne pas leur (au pluriel) prière". Au contraire, Il la reçoit favorablement même s'ils ne sont pas forcément animés de la plus grande ferveur.

Aussi, rien ne peut remplacer la prière en public car ce n'est que de cette manière qu'elle peut vraiment être exaucée.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)

1 Actuellement, l'Occident

2 Au sens premier du mot

3 Gen. XX1, 9

4 Sur op. Cit.

5 Eretz-Israël

6 Sur op. cit.

7 Ibid.

8 D'après Rachi sur op. cit.

9 D'après op. cit.

10 D'après Ps. CCCCII, 13 et passim

11 Gen. XXI, 9)

12 Inspiré de la "Kédousha du "Moussaf"

13 3, 19

14 Mitsva Vélèv, Maamar Hatéfila

15 Ps. CII, 18