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"Houqat"

Rav Shlomo Aviner

Pourquoi porter la qipa ?



(Partie I)

Pourquoi porter la "qipa (calotte) ? –

Par crainte de l'Eternel (Traité Chabbat 126 b) et par pudeur. Selon Maïmonide (Hilchot Dé'ot) et le Taz, parce que c'est enfreindre le commandement de ne pas suivre les voies des non Juifs (Lev. XXVIII, 3), et on ne saurait être ainsi ne serait-ce qu'un instant, opinion partagée par la majorité des Décisionnaires. En conséquence, lorsqu'on enlève la qipa pour aérer la chevelure, par exemple, on veillera à ce qu'elle recouvre un peu la tête (Léqet Haqéma'h).

Sa grandeur ? –

Suffisante pour couvrir l'ensemble de la tête ; entendu par-là sa "plus grande partie", suivant le principe talmudique qui identifie "majorité" à "totalité". Suivant la loi rabbinique établie, elle doit recouvrir la "majorité" de l'endroit où poussent les cheveux ; moins que cela, suivant l'opinion de certains Décisionnaires, à condition d'être vue sous n'importe quel angle (Responsa Iguérot Moshé A, 1) ; Responsa Yé'havé Da'at D, 1).

La porter en dormant ? –

Cela n'a rien d'obligatoire mais y veiller c'est faire montre de zèle religieux (M. B. 4, 11).

Peut-on prier en n'ayant que la qipa ? –

Le port constant du chapeau n'en dispense pas parce qu'en priant on est considéré comme étant "En présence du Roi". C'est pourquoi on doit s'habiller de la manière la plus respectable (Pisqé Téchouvot). En revanche, si on porte la qipa en permanence, on n'est pas tenu de mettre un chapeau lorsqu'on prie.

En cas de force majeure, doit-on quand même la porter ? –

Lorsque, par exemple, on fait de l'espionnage en pays ennemi, on étendra la manche pour couvrir une partie de la tête ; si on n'a pas le choix, on la couvrira de la main (M. B. ibid. 12).

Lorsqu’il s’agit d'un petit enfant ? –

Autant que faire ce peut, on doit l'habituer à la porter. La mère de Rav Na'hman fils d'Its'hac veillait scrupuleusement à ce que son enfant eût la tête couverte même bébé (Traité Chabbat page 156 a ; M. B. 4, 11). Néanmoins dans ce cas, on ne doit pas lui rendre cela trop pesant.

En se douchant, en se trempant dans le bain rituel, en se baignant dans la mer ou dans une piscine ? –

D'après la loi rabbinique établie, le port du couvre-chef n'est pas obligatoire ; mais dans ces endroits il serait inconvenant de ne pas en avoir.

Lorsqu'on fait du sport ? –

Oui ; de même lorsqu'on fait de la course à pied. Si elle risque de s'envoler, on prendra avec soi un couvre-chef qui enserre bien la tête.

A l'armée ? –

aussi, on doit la porter, à l'exercice comme au combat. Les soldats de Bar-Cochba mettaient les "téfilin". Nous, compte tenu de notre petitesse, nous nous contentons d'être tête-couverte.

Dans le cas d'une qipa en dentelle ? -

Le "couvre-chef" doit justifier son nom ce qui n'est plus le cas s'il est en dentelle.

(Fin de la partie I)







Rav Eran Tamir

Hypocrisie, cynisme, arrogance, souci du qu'en dira-t-on



"Cesse d'être dupe, de te faire exploiter et d'être un pigeon !"

Constamment, dans la vie, ces expressions nous agressent, en famille, au travail et en société. Parfois on a l'impression que lorsqu'on ne se soumet pas aux normes de la complaisance, on passe pour être coupé du réel ou tout simplement pour être en dehors du coup. Nos Sages ont défini en quatre mots cet état de choses : "Le monde du mensonge."

L'observation si juste ne date pas d'hier, comme un "Midrache" (Béréchit 88) l'attestait déjà : "Lorsque l'Eternel fut sur le point de créer le premier homme (Adam, qui inclut l'ensemble des âmes de l'humanité), les anges affectés au Service divin exprimèrent diverses positions : "Que l'homme soit créé !" "Qu'il ne le soit pas !" Générosité dit : "Qu'il le soit car il sera généreux." Vérité dit : "Qu'il ne le soit pas car il ne sera que mensonges." Justice dit : "Qu'il le soit car il rendra la justice." Paix dit : "Qu'il ne le soit pas car il ne sera que querelles".

Dans ce contexte, peut-on véritablement paraître extérieurement comme on est intérieurement, avoir les mains pures dans un monde mensonger et faux ? La réponse figure à la fin du "Midrache" précédemment cité "L'Eternel prit Vérité, sa Modalité, comme il est dit : L'Eternel votre Dieu est vérité (d'après Roi I XVII, 24 et passim) ; Le sceau de l'Eternel est Vérité" (sources passim) ; puis, après l'avoir jeté sur terre, Il lui dit de se redresser, comme il est dit : "La vérité, c'est de la terre qu'elle s'épanouira" (Ps. XVC, 12)".

L'Eternel a ancré en l'homme vérité et rectitude. Par elles, comme par la boussole, il peut s'orienter en matière de moralité. Pour nous, c'est le seul moyen de nous permettre d'être authentiques, sincères, et intègres dans nos relations sociales. Mais, pour ce faire, on doit répondre à deux conditions fondamentales : dire ce qu'on pense et centrer l'éducation sur la recherche de la vérité.

  1. Dire ce qu'on pense –

Au début de la Prière du Matin, nous proclamons : "Constamment, on craindra l'Eternel, qu'on soit ou qu'on ne soit pas sous le regard d'autrui. On avouera la vérité et on dira ce qu'on pense". Afficher droiture et moralité à l'égard de ce que les autres perçoivent et ressentent ne suffit pas. On doit être authentique lorsque, précisément, on est seul et qu'on ne risque pas d'être pris sur le fait. Rien de plus mensonger que de se montrer sympathique et serviable au travail quand, chez soi, on perd patience et qu'on se met en colère comme une bête sauvage! Qui a-t-il de plus fallacieux que de se montrer moral et de vouloir exactement l'inverse!

Un témoignage du Talmud illustrera de manière édifiante cette exigence de rectitude (Traité Makot 14 a et Rachi ad loc.). "Rav… devait vendre un objet. Un homme se présenta devant lui alors qu'il lisait le "Chéma". "Vends-le moi pour tel prix", lui dit-il. Le Rav ne répondit pas. Pensant qu'il voulait le vendre plus cher, il éleva la mise. Lorsque le Rav eut fini de prier, il lui dit : "Je te le laisse au prix que tu m'avais proposé au début car c'était à ce prix que je voulais te le vendre !"

Si, dans notre être intérieur, à l'insu d'autrui, nous sommes vraiment authentiques, nous pourrons espérer vivre une vie fondée sur la vérité, en accrochant, par exemple, un bout de papier avec son numéro de téléphone sur le pare-brise d'une voiture qu'on a involontairement endommagée sans témoins ; à l'épicerie, en ne passant pas devant un petit enfant qui ne peut pas revendiquer son droit de priorité ou en disant à untel ce qu'on pense véritablement de lui uniquement pour lui faire impression. Voilà quelques exemples qui devraient nous aider à dire ce que nous pensons en notre âme et conscience et pas seulement en nous montrant moraux.

  1. Centrer l'éducation sur la recherche de la vérité -

Par la sagesse de l'expérience, on pourra peut-être atteindre l'authenticité absolue mais nul doute qu'on l'atteindra plus sainement et plus naturellement encore si on l'a reçue dès sa prime enfance, la meilleure manière de l'intégrer pleinement.

A ce propos, le Chla rapporte qu'un jour, à Jérusalem, il fit la connaissance d'un homme particulièrement pieux qui, pour tout l'or, du monde n'aurait pas dérogé à la vérité. Enfant, expliqua-t-il, avec ses frères, il avait fait une bêtise. Le père leur dit que celui qui dirait la vérité serait récompensé et que celui qui mentirait serait puni avec la plus grande sévérité. L'enfant se dénonça et, comme il le lui avait promis, son père lui donna une pièce de monnaie, mettant en pratique le verset : "La vérité, achète-la" (Prov. XXIII, 23). Cet homme avait dû sa grande piété au fait que, constamment, son père avait veillé à insuffler à ses enfants le sens aigu de la vérité. (D'après Chla, Cha'ar Haotiot 4).

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)