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"Béshala'h"

Rav 'Hanokh Ben-Pazi

Diaspora et Délivrance,

Ses stades et ses symboles



A propos de la signification des quatre verres de vin bus lors du "Séder" de "Pessa'h", le Talmud de Jérusalem1 rapporte une controverse qui opposait Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Bénaiya à Rabbi Yéhoshoua fils de Lévi. Pour celui-là, ils renvoient à la Délivrance ; pour celui-ci, à la Diaspora, chaque Maître fondant ses dires sur des versets de la Torah.

Le "Midrash"2 rapporte une controverse similaire qui opposait deux Maîtres sur le sens à donner à un verset de Zacharie3. Néanmoins les Sages sont unanimes à estimer que la Diaspora et la Délivrance devaient passer par des stades successifs, la controverse en question créant, dans la mentalité juive collective, un état de tension entre le désespoir de l'exil et l'espérance de la Délivrance.

En réalité, explique le Maharal de Prague4 ces deux compréhensions apparemment contradictoires sont en réalité complémentaires, car une question peut s'éclairer par son contraire. Pour mieux faire comprendre le caractère miraculeux de la Délivrance, explique-t-il, la "Hagada" évoque d'abord des considérations historiques négatives et conclut par des louanges à l'adresse de l'Eternel, celles-ci étant éclairées par celles-là. C'est pourquoi on ne peut comprendre pleinement le sens de la Délivrance qu'après avoir réfléchi en profondeur sur l'essence et les raisons qui ont entraîné l'exil.

On retrouve ce dualisme dans le "Béréshit Raba" à propos de "L'Alliance entre les quartiers" contractée par Dieu avec Abraham. "Sache bien"5. De cette redondance (l'emploi apparemment inutile du mot "bien"), nos Sages ont enseigné : "Sache (relativement à Abraham) que Je les (tes descendants) disperserai ; "Bien" : "Et que Je les regrouperai". On retrouve la "réconciliation" de l'antagonisme apparent dans l'identification quasi absolue de la racine hébraïque qui exprime l'idée de "Diaspora" et celle de Délivrance6 7.

A propos des "Quatre expressions de la Délivrance" citées plus-haut, l'auteur du "Kéli Yakar"8 mentionne les quatre stades de l'exil et les quatre stades de la Délivrance, leur enchaînement étant inversé. Fondant son enseignement sur le verset : Dieu dit à Abram9 : "Sache bien que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux pendant quatre cents ans. Ils seront asservis et opprimés"10, il enseigne :

  1. "Tes descendants seront étrangers" : renvoie au statut "d'apatride"", privation de la citoyenneté.

  2. "Un pays qui ne sera point à eux" : l'éloignement de l'Immanence divine "Vivre en dehors d'Israël équivaut à ne pas avoir de Dieu"11.

  3. "Ils seront asservis" : esclaves, à proprement parler, et plus seulement apatrides.

  4. "Opprimés" : en plus de l'esclavage, car, ordinairement, les esclaves ne sont pas "opprimés". Ces quatre stades expriment une gradation dans la gravité de l'Exil.

En revanche, les quatre stades qui séparent l'exil de la Délivrance sont de gravité décroissante. Se fondant sur une exégèse des versets relatifs aux "quatre expressions de la Délivrance" ci-dessus mentionnées12, l'auteur du "Kéli Yakar" utilise la même "méthode de dissection" pour justifier son enseignement.

Se fondant sur un verset13, le grand exégète explique en quoi les Patriarches ont atténué l'âpreté de ces différents stades, chacun suivant l'épreuve que Dieu lui a fait subir, chacun suivant sa qualité spécifique. Plus simplement, par le mérite des Patriarches, fondateurs de la nation, qui ont surmonté leurs épreuves, la difficulté des stades que leurs descendants devaient affronter a été atténuée.

D'ailleurs, la première bénédiction de la "'Amida" associe directement les Patriarches à la promesse de la Délivrance. En restant fidèles à leur patrimoine dont nous puisons notre existence, nous faciliterons aussi les épreuves qui nous conduisent à la Délivrance.

Dr Michaël Aboulafia

Doit-on donner de l'argent de poche aux enfants ?


Question : Pédagogiquement, comment doit-on considérer le fait de donner ou de ne pas donner de l'argent de poche aux enfants ?

Réponse : Certains estiment qu'il est important de les éloigner des questions d'argent car ils auront tout le temps de s'en occuper après le mariage ; d'autres, qu'il s'agit là d'un fondement de l'éducation juive. Comme toujours, la réponse est le juste milieu.

On ne doit pas en donner à un enfant de moins de neuf ans car il n'a pas encore de jugement mais uniquement à partir de dix ans, pour lui apprendre à être lui-même. Nos Sages n'ont-ils pas constaté "Qu'on reconnaît une personne à son verre, à sa colère et à son porte-monnaie" ?14 Ou, pour parodier la célèbre maxime : "Dis-moi comment tu te comportes vis-à-vis de l'argent et je te dirai qui tu es", comment tu t'unis à ta vie psychique et quel est ton degré d'indépendance ; en bref, ton essence. Par l'argent, on apprend à conquérir son indépendance, combien dépenser, combien économiser et comment l'utiliser pour faire du bien à autrui.

A dix-huit ans, le jeune-homme doit être indépendant pour tout ce qui concerne les questions d'argent, par de petits travaux, en faisant du baby setting ou en donnant des cours particuliers, par exemple, l'important étant qu'il sache apprécier la valeur du travail. Au cas où l'enfant demanderait des sommes exagérées, on doit en chercher la raison.

C'est pourquoi le mot "kécef" ("argent")15 a trois significations : "aspirations", c'est-à-dire l'expression de la volonté : dans quoi serait-il bon d'investir ; "ma'ot" ("pièces de monnaie"16, mot qu'on peut lire "mé'et", (-que faire- "du temps")17 ? Le tuer ? Le gaspiller ?

Comme on sait, l'un des drames de la vie et l'espace qui sépare le "devrait être" de "l'étant", la distance qui sépare les aspirations spirituelles, de la réalité matérielle ; enfin, "damiim" ("à prix d'argent", "en se saignant")18, entendu par-là une maladie psychique qui identifie l'argent au sang, au corps dans son être existentiel, situation où on serait prêt à donner son sang pour de l'argent.

Ainsi, on doit apprendre aux enfants la juste manière de considérer l'argent, y voir un moyen de concrétiser ses attentes et non pas comme une fin en soi ni comme un moyen de rémunérer ses loisirs.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)



1 Traité "Pessa'h 10, 5

2 "Kohélet Raba 1

3 Zac. IV, 4

4 "Nétsa'h Israël 1

5 Gen. Xv, 13

6 Respectivement : -, --, le "" ayant une valeur réunificatrice

7 Cf. Op. cit.

8 Sur Gen. VI, 6

9 Il ne s'appelle pas encore Abraham

10 Gen. XV, 13

11 Sources passim

12 Ex. VI, 6-7

13 Ex. III, 15

14 Traité "Erouvin 65 b

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