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"Bémidbar"

Dr Michaël Aboulafia

Affectivement, son enfant n'a pas mûri

Question : Notre enfant, âgé de onze ans, très intelligent et excellent élève, est resté enfant, émotionnellement parlant. Que faire ?

Réponse : Parfois, l'enfant se développe plus vite physiquement qu'émotionnellement. Les parents -quoi de plus naturel- qui veulent "l'encourager" lui disent : "Arrête de pleurnicher, tu es grand !" Et d'accompagner leur réprimande de missions à exécuter pour le rendre plus adulte. Mais en général ils obtiennent le résultat inverse car il supplie intérieurement qu'on le traite comme tel. C'est pourquoi la solution consiste à entrer dans le jeu de cet enfant de onze ans, l'étreindre, l'embrasser durant de longues minutes et lui témoigner des signes d'affection : "Comme tu es mignon !" etc., jusqu'à ce que, se sentant rassasié, il dise à ses parents : "Ca suffit, merci, j'ai reçu mon dû". S'il est intelligent et qu'il réussisse brillamment dans les études, c'est qu'apparemment il possède une grande âme; c'est pourquoi il a des besoins affectifs plus grands qu'un autre.

Comme tels, les parents sont irréprochables et aimants. Mais parfois l'enfant a besoin d'une dose supplémentaire d'affection. Pour en donner à son entourage, il a besoin d'en recevoir beaucoup plus qu'un autre.

La règle, simple, figure dans les "Lois relatives à la "tsédaka" (donner de l'argent aux pauvres) : si le pauvre perd un "shékel", je dois lui en donner un en "tsédaka" ; si un roi perd son palais, des centaines de milliers de "shékels" n'y suffiraient pas. Or votre fils n'est-il pas un roi ?!

Rav Elisha Aviner

Un meurtre accompli par un jeune, quoi de plus bouleversant ?!

On a du mal à le croire ! Un nouvel assassinat commis par un jeune ! Oui, bouleversant et révoltant !

D'aucuns argueront qu'assurément, il s'ajoute à une série d'autres, semblables, mais qu'on ne peut pas encore évaluer l'ampleur du phénomène et qu'il vaut mieux se consoler en songeant aux nombreuses réussites en matière d'éducation.

Pourtant, la Torah conteste cette manière de voir car elle ne considère pas un crime isolé comme un événement anormal en marge de la société. Un meurtre dont on ne connaît pas l'auteur requiert la réunion du Grand Sanhédrin (l'autorité judiciaire suprême d'Israël) sur le lieu où il s'est passé, comme le prescrit le passage relatif à "la génisse décapitée" (Nom. XXI, 21). Un meurtre isolé n'est pas un événement local mais national porteur de significations : un nuage lourd pèse sur notre peuple ; c'est pourquoi les Sages du Grand Sanhédrin devaient prier pour lui et demander à l'Eternel de pardonner sa faute (cf. ibid. ibid., 8). De plus, face à ce crime, le peuple devait se poser des questions car il en était collectivement responsable. C'est pourquoi les Sages disaient : "Nos mains n'ont pas répandu ce sang" (ibid. ibid., 7). Du fait de leur gravité, certains événements ne sauraient être appréciés en termes quantitatifs ou statistiques. C'est pourquoi, dans le cas présent, on doit se demander comment un tel acte a-t-il été possible et en quoi puissé-je contribuer à empêcher qu'il ne se reproduise ?

Après un meurtre, nombreux sont ceux qui le déplorent avec véhémence et qui mettent en garde contre la propagation de la violence. Certains, en revanche, se moquent de ces mises en garde, des critiques et des réactions des personnalités publiques, des hommes politiques, des médias et des conseillers en tous genres. "En fin de compte, vos bavardages sont sans fondements !". Erreur. Les protestations véhémentes et les expressions de profond bouleversement jouent un rôle déterminant dans l'instauration d'une atmosphère sociale modératrice. De même que les médias accélèrent les processus inhérents à la société, ainsi ils atténuent l'intensité des phénomènes qu'elle engendre. Toute personnalité publique, tout penseur qui fait entendre sa voix contre la violence contribuent à créer une atmosphère qui désapprouve la violence, qui tend à la juguler et qui, assurément, influe sur la jeunesse. Cependant, à elle seule, elle ne suffit pas à extirper de la société les phénomènes négatifs. A preuve, pour reprendre une constatation du Rav Kook (Orot), à l'époque du Premier Temple, les prophètes n'ont pas réussi à extirper l'idolâtrie de notre peuple. Seuls les Sages de l'époque du Second Temple ont pu le faire. C'est pourquoi les hauts-cris doivent laisser place aux actes, aux décrets et à l'assignation de bornes pour mettre un terme à la violence.

  1. Les représentants de la loi prescrivent d'intensifier la présence de la police. Aux Etats-Unis, cela a fait ses preuves.

  2. Ceux de la justice estiment qu'on doit punir beaucoup plus sévèrement ceux qui se livrent à la violence.

  3. Les sociologues sont d'avis qu'on doit s'occuper de la jeunesse marginale pour éviter qu'elle ne sombre dans la délinquance et la criminalité.

  4. Les éducateurs suggèrent d'approfondir l'enseignement des valeurs sans lesquelles l'homme devient un sauvage. On doit mettre en exergue la générosité et le volontariat. Plus les jeunes feront le bien, moins on devra investir pour les empêcher de faire le mal (inspiré de Ps. XXXIV, 16).

  5. D'autres parlent de contrôler et de limiter la vente de boissons alcoolisées et de leur interdire le port de couteaux.

  6. D'autres encore proposent d'ouvrir des centres d'activités constructrices à leur intention, car l'ennui est l'un des facteurs les plus importants de la violence, etc.

En fait, de nombreux domaines peuvent contribuer à la faire disparaître : psychologie, sociologie, droit, éducation, neurologie, histoire, etc., chaque discipline proposant une solution calquée sur sa vision spécifique de l'homme.

Les causes de la violence et leurs remèdes sont très controversés car l'homme est constitué d'éléments extrêmement diversifiés : corps et âme, avec les composantes infiniment multiples de chacun d'eux, d'où la multiplicité des solutions proposées. C'est pourquoi si on veut mettre un terme à la violence, on doit prendre en compte tous les aspects de la personnalité et proposer des solutions qui fassent appel à de nombreux domaines.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)