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"Béha'alotékha"

Rav Shlomo Aviner

Pour un parti religieux à dimension collective


Question : Nous ne sommes pas encore en période électorale et donc pas encore sollicités par les partis politiques. Ne serait-ce pas précisément le moment de réfléchir en profondeur sur l'orientation politique à choisir ? La Torah est toute notre vie ; faut-il le dire ? Qu'il s'agisse de l'individu ou du collectif, on doit s'en inspirer pour diriger l'Etat. C'est pourquoi, tout naturellement, on doit voter pour un parti religieux, comme l'a maintes fois enseigné le Rav Tzvi-Yéhouda Kook. De plus, le temps ne serait-il pas arrivé d'avoir un chef d'Etat religieux, avec tout ce que cela aurait de positif pour l'ensemble de la nation ? Comment atteindre un objectif aussi bénéfique ?

Réponse : Nul doute que l'idéal serait d'avoir un dirigeant religieux ; cependant, la nation y est-elle prête ? Pour choisir le dirigeant politique qui convienne, on doit prendre en compte les considérations suivantes : avoir conscience de la réalité présente, se fixer un objectif, choisir les (au pluriel) moyens qui, compte tenu de la réalité, permettraient de l'atteindre.

Or les Israéliens ne donnent pas leur caution au parti national religieux. Bien plus, près de la moitié de l'électorat religieux national vote pour d'autres partis. Certes, à l'époque des élections, la quasi-totalité des rabbins religieux nationaux appellent à voter pour ce parti mais le public ne répond guère à leur attente, état de fait qui, d'ailleurs, prend de plus en plus d'ampleur. Quant aux religieux nationaux qui, néanmoins, votent pour leur parti, ils ne le font pas de gaieté de cœur mais parce que, psychologiquement, ils se refusent à voter pour un parti non religieux ou ultra religieux.

Les députés de ce parti, dignes de toute notre estime, œuvrent pour la nation, la Torah et Eretz-Israël, ce en quoi on doit les apprécier grandement. Cependant, malgré toute leur bonne volonté, le parti national religieux est bien petit. S'il continue à être divisé en deux, il risque fort de ne pas atteindre le seuil d'éligibilité. Et s'il y parvient, son message tombera dans l'indifférence, la vulgarisation des valeurs qu'il incarne, en soi bénéfique, n'étant pas de son domaine mais de celui des penseurs et des autorités religieuses, car un parti politique agit principalement en termes de rapports de forces.

Le Rav Tzvi-Yéhouda prescrivait de voter en faveur d'un parti religieux. Mais n'aurait-il pas changé d'opinion vis-à-vis de ces députés si peu nombreux, aussi nobles que soient les valeurs qu'ils prônent ?! Actuellement, à quoi bon proclamer de voter pour eux si l'on sait d'avance que le public ne répondra pas à l'appel ? On ne peut pas aller contre la volonté du peuple. A preuve, l'obligation où s'est trouvé le prophète Samuel de nommer un roi, bien que la Torah s'y opposât (cf. Roi I, VIII in extenso)

Une grande partie de l'électorat religieux national vote "Likoud" parce que, semble-t-il, il voit en lui le parti le plus collectif. Pour ma part, c'est à contrecœur que je tiens ces propos, car la Torah est loin d'être sa première préoccupation. Cependant, mieux vaut un petit noyau religieux national à l'intérieur du "Likoud" qu'un parti minuscule à mon goût.

Mais qu'on ne s'y méprenne pas, la Torah se situe au-dessus des partis politiques. Collective par essence, elle les inspire et, de leur côté, ils contribuent ensemble à l'édification de la nation.

Comme mentionné plus haut, les religieux nationaux ne suivent guère les directives de leurs chefs spirituels et votent pour des partis différents parce qu'ils estiment que ceux-ci ne sont pas à même de diriger la nation puisqu'ils sont eux-mêmes divisés et, qu'à notre grande honte, ils s'occupent souvent d'intrigues et de basses querelles, d'où le constant déclin du parti religieux national.

Certes, les chefs spirituels de ce mouvement ne cessent de parler d'unité mais le public n'est pas dupe et sait très bien que chacun tire la couverture à soi.

De plus, le public est profondément gêné par les extrémistes. Bons, eux aussi, ils ne sont pourtant pas représentatifs, bien qu'on ait tendance à exagérer leur importance sous l'influence des médias qui mettent en exergue le particulier" le "hors du commun" et l'extraordinaire. Les extrémistes, quant à eux, se montrent agressifs vis-à-vis de ceux qui ne sont pas de leur avis et utilisent la violence verbale et la démagogie sous toutes leurs formes, si bien qu'on n'ose pas leur tenir tête. Cependant, grâce à Dieu, ils ne parviennent guère à convaincre le public qui pense sainement et qui suit le juste milieu.

Ainsi, malgré tout ce qu'il a de bon, l'électorat religieux national, démantelé, disperse ses voix au profit de partis qui lui semblent plus collectifs.

Mais, loin de désespérer, nous sommes convaincus que la crise actuelle donnera finalement naissance à un parti national unique grâce à des élections directes, intègres et dénuées de toute malveillance, d'autant plus que le public, méfiant, prend ses distances à l'égard des manipulateurs politiques. Quoi qu'il en soit, nous n'avons d'autres choix que celui de composer avec notre époque.



Rav Eran Tamir

Sainteté d'Eretz-Israël,

Sainteté de la Diaspora


Essentiellement, il y a deux formes de sainteté. Celle qui s'applique à la réalité dans son ensemble, avec tout ce qu'elle a de matériel, sainteté "sublime" et sainteté "banale", pour ainsi dire, qui a trait au domaine général du sacré, par opposition à celui du profane ; en d'autres termes, sainteté d'Eretz-Israël, sainteté de la Diaspora, Torah d'Eretz-Israël, Torah de la Diaspora. Pour, reprendre en substance un enseignement fondamental du Rav Kook (Orot Haté'hia 28) : en Diaspora, la sainteté ne peut prendre que des expressions religieuses. En revanche, en Eretz-Israël, elle concerne également la nature sous toutes ses expressions.

A l'époque du Retour, la sainteté "sublime" inhérente à la nature refait peu à peu son apparition. Au niveau individuel, elle trouve son expression dans la spiritualité et la morale liées à la vie dans toute sa matérialité et dans toute sa vigueur. Le temps est arrivé, prescrit aussi le grand Maître, d'enseigner qu'il existe une interaction entre le sacré et le profane et non pas une dichotomie.

Au niveau collectif, les valeurs de la sainteté, valeurs divines, trouveront leurs expressions dans les différentes structures sociales et nationales, dans tout ce qu'elles ont de concret : dans la politique, l'armée, l'économie, l'implantation, la science, dans les médias, etc. en les vivifiant. Ce faisant, la "Lumière d'Israël" rayonnera sur l'ensemble de l'humanité (d'après (ibid. 27).


(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)