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"Bé'houkotaï"

Dr Michaël Aboulafia

De l'obligation de tempérer le penchant au perfectionnisme


Freud s'est trompé lorsqu'il affirmait que la "libido" est le facteur prédominant dans l'élaboration du "moi". Adler, aussi, lorsqu'il attribuait ce rôle au "complexe d'infériorité". Ils ont commis la même erreur, essayer d'expliquer le principe fondamental de notre vie par la négative. Au contraire, ce fondement est essentiellement positif et même métaphysique, inspirer notre comportement de Celui de l'Eternel. L'aspiration à la perfection, à vouloir que tout soit conforme à ma volonté, que mon enfant se présente le mieux possible, que la maison soit propre, etc., tout cela procède de cette volonté.

Pourtant, cette aspiration peut être à l'origine de déboires : se forger une identité fondée sur la réussite, ne pas pouvoir se marier parce que personne n'est suffisamment bon pour lui, etc. Le perfectionnisme, vouloir le meilleur, ne pas se contenter du bon, voilà la maladie de notre génération. Il y a trois "remèdes" à cette maladie : Rabbi Shim'on Bar-Yo'haï, Rabi Méïr Ba'al Hanès et Rabbi 'Akiva.

De Rabbi Shim'on on apprend l'art de comprendre en profondeur, rechercher le bien uniquement en elle et non pas chercher à dominer le réel. Par la profondeur de la Torah qu'il nous a retransmise, il nous a frayé un chemin pour nous unir à l'Eternel, pour "acheminer le monde vers la Délivrance" (passim), entendu par-là rendre la réalité plus proche de la perfection.

De Rabbi Méïr Ba'al Hanès, on apprend la sagesse, si profonde, d'atteindre le fruit par-delà "l'écorce", les "scories" du réel, grâce à une perception en profondeur qui, par-delà "l'habit extérieur du corps" ("'or" : "peau"), dévoile "l'habit de lumière" ("or" : "lumière"). Le grand Maître a su rester le disciple d'Elisha fils d'Abouya bien que ce dernier fût devenu athée, "l'autre", comme on le surnomma dès lors, lorsque de "Maître", il devint "mécréant". Rabbi Méïr qui ne l'abandonna pas- savait prendre le "fruit" de l'étude et rejeter les "scories".

De Rabbi 'Akiva, on apprend l'aspiration à la perfection poussée à son paroxysme : après la mort de ses vingt-quatre mille disciples, il ne sombra pas dans le désespoir mais continua à suivre fidèlement l'itinéraire qu'il s'était choisi, convaincu qu'effectivement "Tout ce que fait l'Eternel a le Bien pour finalité" (Traité Bérakhot 60 b).

Ces trois éminents Maîtres ont enseigné, chacun à sa manière, ce que tout le monde devrait savoir, que le bien se trouve dans l'intériorité et qu'on doit le dévoiler avec patience, amour et chaleur, et transformer le penchant au perfectionnisme en amour profond, perfection qui se dévoile chaque jour davantage.



Rav Shlomo Aviner

Quelle doit être l'aspiration de l'érudit en Torah ?

Question : A quoi l'étudiant en "yéshiva" (académie religieuse) doit-il aspirer ? A être un Sage éminent en Torah ?

Réponse : Il doit, pour mieux dire, "Se magnifier par la Torah" tout en l'acquérant sans cesse davantage, mais il doit prendre garde de ne pas tomber dans l'orgueil en voulant être un "Sage éminent". Un peu de bon sens et d'humilité ! Cette dignité n'est pas donnée à tout le monde, tout dépend des dons et des aptitudes. En revanche, tout le monde doit "se magnifier" par la Torah, chacun suivant ses possibilités, être érudit en Torah est une exigence à la portée de "tous", "Tous tes enfants sont les disciples de l'Eternel" (Is. LIV, 13).

Il y a plusieurs genres d'érudits en Torah. Ceux dont c'est le métier, leur source de subsistance : enseignants, rabbins, conférenciers dans les "yéshivot", etc. Ceux dont ce n'est n'est pas le métier : menuisiers, ingénieurs, soldats, par exemple, mais qui sont emplis de Torah. Etre érudit en Torah, voilà la manière normale et idéale, à la fois, de tout juif, être empli de connaissances, de pensées spirituelles, morales et justes. C'est pourquoi, dans le cadre de la "yéshiva" du "Merkaz Harav", le Rav Tzvi-Yéhouda n'a pas créé d'instituts de formation d'enseignants, de rabbins ou de juges, chaque étudiant pouvant apprendre ces disciplines par lui-même, mais il a consacré cet établissement à la formation d'érudits en Torah, l'idéal du Juif, répétons-le. Les autres cultures ont aussi leurs idéaux, celui du chevalier, de l'ascète ou du gentleman, par exemple.

Par excellence, la "yéshiva", au sens qu'a cette institution depuis quelques siècles, est le cadre qui permet à chacun d'être érudit en Torah. Mais, pour ce faire, on doit étudier avec zèle, corriger ses travers, s'emplir sans cesse davantage de la crainte de l'Eternel, et se vouer corps et âme à l'étude. "La contrepartie dépend de la peine qu'on se donne" (Maximes des Pères V, 22). Ce n'est pas seulement une question de connaissance mais aussi de don de soi pour l'Etude. L'Essentiel n'est pas de savoir mais d'étudier, l'Etude donnant son sceau à l'ensemble de la personnalité, ce par quoi on devient source de bénédiction pour son peuple.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi).