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Rav Elisha Aviner

Il n'y a pas d'éducateurs parfaits


Question : Ces derniers temps, notre fils crée des problèmes au lycée. Une fois par semaine, il est renvoyé de la classe parce qu'il perturbe le bon déroulement des cours. Ses notes sont descendues de façon catastrophique et sa conduite va en se dégradant. Il passe son temps à se disputer avec son professeur principal qu'il accuse de l'avoir pris en grippe ; ce dernier, de son côté rejette sur lui l'entière responsabilité de l'état de tensions qui règne entre eux. Je suis inquiète et ne sais que faire, à qui donner ma caution et quel rôle dois-je jouer ?

Réponse : On doit prendre en compte deux perspectives en apparences contradictoires, celle de l'éducateur et celle de l'élève.

La perspective de l'éducateur

En tant que parents, nous devons soutenir les enseignants pour leur permettre d'obtenir les meilleurs résultats. Si nous justifions systématiquement les griefs de nos enfants envers eux, si nous sommes de leur côté dans tous les conflits, nous empêcherons les professeurs de diriger la classe comme bon leur semble et entraverons leurs efforts d'y instaurer la discipline. Diriger une classe de plus de trente élèves n'est pas chose facile quand chaque élève a sa volonté et son caractère propres. Rien de plus naturel que certains d'entre eux puissent avoir des sujets de griefs envers leur professeur principal, peu importe lesquels. A lui seul, un professeur ne peut pas satisfaire à la volonté de tous ses élèves. Si chaque parent devait venir dans la classe pour soutenir son enfant, celle-ci se désagrégerait.


La perspective de l'élève

Avec toute notre considération pour le travail et le dévouement du professeur, on doit aussi reconnaître qu'il n'y a pas d'enseignants parfaits. Même Moïse, l'éducateur pour ainsi dire- le plus éminent de notre peuple, a commis une erreur pédagogique lorsque, s'étant mis en colère contre lui, il s'écria : "Ecoutez bien, rebelles !" (Nom. XX, 10), réprimande qui lui a condamné l'entrée en Eretz-Israël et la fin de son rôle de dirigeant. De là, on apprend qu'il n'y a pas d'éducateurs parfaits. C'est pourquoi nos Sages ne justifient pas systématiquement les échecs des éducateurs, reconnaissant que, parfois, ils en étaient responsables, "comportement frauduleux", pour reprendre leur expression. Ils permettent même de limoger sans préavis un tel enseignant car il est à l'origine "d'un dommage irréversible", avoir dilapidé le temps précieux et perdu à jamais de ses élèves. C'est pourquoi on ne saurait hésiter avant de limoger un enseignant, même sans préavis. Néanmoins, rares sont ceux à avoir un "comportement frauduleux". En général, les problèmes inhérents à la classe ne découlent pas du laxisme mais du fait que la perfection n'est pas de ce monde.

En conséquence, bien qu'en tant que parents, nous devons leur apporter notre soutien, nous ne devons pas rejeter inconditionnellement l'éventualité qu'un professeur puisse être responsable de la dégradation des résultats scolaires et de la conduite de tel enfant. L'état de tension pernicieux créé entre le professeur et l'élève risque d'avoir sur ce dernier une influence si préjudiciable que la dégradation en question peut être extrême. Pourtant, on ne saurait le soupçonner de s'en prendre intentionnellement à lui, comme l'affirme votre fils, et les tensions peuvent se créer indépendamment de l'un et de l'autre. En soi, la rencontre de deux personnalités différentes peut les expliquer bien que d'ordinaire elles ne sont que légères et latentes. Un professeur qui dirige une classe de plusieurs dizaines d'élèves doit s'adapter à un large éventail de personnalités. Les élèves, quant à eux, doivent aussi s'adapter au style et au caractère de leur professeur. Tant que l'écart n'est pas trop grand, les uns et les autres sont à même de communiquer positivement, à quelques exceptions près lorsque l'écart est trop grand. Dans ce cas, ils vont constamment tête contre tête, ne se comprennent pas, ne s'apprécient pas et se méfient les uns des autres.

En l'absence d'une atmosphère encourageante et bienveillante, à la limite de l'hostilité, l'élève ne peut pas s'épanouir convenablement, avec, pour incidence directe, sa détérioration. Au début de la nouvelle année, lorsqu'il aura changé de classe et de professeur, tout rentrera dans l'ordre et ces manifestations négatives disparaîtront d'un seul coup tout comme elles étaient venues. C'est pourquoi n'accusez pas automatiquement votre fils de crainte de lui rendre la vie encore plus difficile mais renforcez-le, encouragez-le.

En parents, armons-nous de patience et apprenons-lui la manière de se mesurer à la situation présente. Avec la nouvelle année viendra un professeur principal nouveau, un souffle régénérateur et un changement en bien, dans les études comme dans la conduite.

Rav Yoram Eliahou

"Vous compterez pour vous" (Lev. XXIII, 15)


Actuellement, nous sommes dans une période toute particulière, celle de la "Supputation de l'Omer". Chaque jour, nous disons sur elle la bénédiction ad hoc. Quelle est, au juste, sa signification ?

Dans le Moré Névoukhim (Partie III, 43), Maïmonide écrit en substance que pour magnifier "Shavou'ot", jour anniversaire de la Révélation Sinaïtique, nous devions compter les jours qui séparent "Pessa'h" de ce grand événement en témoignage d'attente et d'amour pour la Torah, l'essence-même de l'homme et le centre de toutes ses aspirations. Lorsqu'on le comprend vraiment, que, durant cette période de préparation au Don de la Torah, on travaille à améliorer ses qualités morales, on est alors à même de recevoir pleinement la Torah.

"Période de préparation", parce qu'à "Pessa'h", jour anniversaire de la Sortie d'Egypte, l'Eternel nous a donné un "flux" considérable de pureté et de sainteté pour que nous puissions "laver" les souillures héritées de ce pays. Mais comme nous avons reçu ce "flux" indépendamment de nos actes, il a cessé de se manifester dès la fin de ce jour. Puis, par la "Supputation de l'Omer", pratique religieuse quotidienne, nous redonnons l'existence à chaque degré d'élévation que nous acquérons (d'après Béné Issakhar, Yar, Maamar 3).

Le Zohar enseigne que la nature de l'année à venir dépend de cette période et que celui qui "répare" convenablement chaque jour qui la compose, s'épargne le Jugement de "tishré" (qui se prolonge depuis Rosh Hashana jusqu'à Ocha'ana Raba) parce que, explique l'auteur du Séfat Emet (Pessa'h, 654), la Torah, raison de toute chose, que nous recevons à "Shavou'ot", est aussi le principe-même de la bénédiction si bien qu'elle nous dispense du Jugement.

Un peu dans le sens de ces considérations, l'éminent Juste, Rabbi Yossef Zussmann, de mémoire bénie, (Articles publiés après sa mort), "Mibé'hiré Tsadikim", page 133) expliquait que ces jours où l'on procède à la "Supputation de l'Omer"- étaient destinés à "réparer" et à magnifier les "séfirot" (Modalités diversifiées, par lesquelles l'Eternel influe, au sens étymologique, sur notre monde) des mondes supérieurs. Puis le Juste d'expliquer que même si le "flux divin", reçu au jour de la Sortie d'Egypte, avait cessé d'être le lendemain, il avait cependant laissé une empreinte suffisante pour permettre à nos ancêtres, alors au paroxysme de l'impureté, de se purifier peu à peu et de recevoir la Torah. Chaque année, à "Pessa'h", explique-t-il enfin, une situation un peu comparable à celle qui prévalait depuis la Sortie d'Egypte jusqu'à la Révélation Sinaïtique réapparaît, d'où, pour nous, la possibilité de se préparer à ce grand jour et l'obligation de "réparer" ces "Modalités", chacun suivant sa conduite morale.

Puissions-nous consacrer tous nos efforts à cette expression du Culte. Ce faisant, cette période exercera sur nous une influence bénéfique durant toute l'année, tant il est vrai, que, répétons-le, c'est de notre comportement durant ces jours-là qu'elle dépend (Rashash, Néhar Shalom page 32 b).


(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)