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"Bémidbar"

Dr Michaël Aboulafia

Eduquer à la lumière de la foi


"Lag" Ba'omer est passé. Pourtant, en cette période, l'éclat du Maître de la Cabale, Rabbi Chim'on Bar Yo'haï, continue de nous illuminer.

Constamment, on doit avoir à l'esprit qu'éduquer c'est croire que, par nature, le Juif est bon, même si, bien souvent, cette qualité est enfouie sous les scories. Entre autres buts essentiels, la Cabala a celui d'apprendre à voir l'intériorité de la personne, là où réside le "bien" sans partage, inhérent à chacun d'entre nous (d'après le Rav Moshé Réfaël Louria).

En Eretz-Israël, la présence de l'Immanence est redevenue réalité. C'est pourquoi, maintenant, on peut se permettre d'aimer nos enfants sans limites, inconditionnellement sans devoir les brimer ni les remettre dans le droit chemin car le bon est inné en eux. On doit seulement les abreuver d'eau vive (de Torah) et éclairer ces âmes saintes à éduquer. Ils appartiennent à une génération sublime, emplie du "Un--Bien". Avant tout, on ne doit rien redouter car la peur entraîne la violence, l'insensibilité, la colère la tristesse et des relations interpersonnelles défectueuses. On doit métamorphoser la peur en crainte de l'Eternel car les deux sentiments sont pour ainsi dire symétriques. La crainte de l'Eternel exprime une vision du monde transcendante, profonde et positive qui incite à l'amour. Ce mot n'est pas synonyme de "flatterie" et la foi n'est pas non plus le symptôme d'une pauvreté intellectuelle, bien au contraire. L'amour a pour origine ce que la personne a d'intrinsèque et exprime la confiance qu'elle a à l'égard des forces inhérentes à l'enfant, à l'égard aussi de la prière en tant qu'union au "Bien ontologique", union qui passe par l'approfondissement de la faculté de penser.

Harav Eran Tamir

Du nouveau, encore du nouveau, toujours du nouveau !

Nous sommes avides de nouveautés, d'actualités et de choses, au sens propre, "inouïes", dans un monde de médias où tout se passe en direct. Nous nous emplissons de joie à l'annonce de découvertes scientifiques révolutionnaires, de l'achat d'un appareil du dernier cri, d'un vêtement ou de la consommation d'un nouveau mets. L'engouement pour le nouveau n'épargne pas non plus la Torah. Nous sommes en quête de nouveaux cours, de rabbins qui diffusent des enseignements originaux, brillants et encore jamais professés. Prenant le contre-pied, la Torah voit dans "l'Ancien" l'une des sources de l'abondance : "Vous continuerez à manger de l'ancienne récolte (Lev. XXVI, 10 ; même après la nouvelle récolte).

Le contenu du verset semble bien étonnant ! En quoi fait-il partie des "bénédictions de la Torah", comme on l'enseigne constamment ?! Ne préfèrerait-on pas, au contraire, manger de la nouvelle récolte ? Rashi et d'autres exégètes expliquent qu'il témoigne d'une abondance économique hors du commun. Non seulement il reste de l'ancienne récolte bien après l'engrangement de la nouvelle mais encore elle conserve sa fraîcheur première. Bien plus, les fruits, précise Rashi (sur op. cit.) sont encore plus savoureux que ceux de la dernière année. Et l'auteur du séfat Emet d'ajouter qu'ici, la Torah parle non seulement d'une bénédiction sans égale mais encore que la "bénédiction" la plus grande ne réside pas dans la recherche du nouveau mais, au contraire, dans la relation fondamentale à l'ancien, au fixe, au vrai, au bien, aux valeurs, à la morale et à la Torah qui, elle, est immuable. C'est de l'ancien et du vrai, ajoute le grand Maître, qu'on doit s'étonner. Certes, la volonté de se renouveler, d'ajouter, de s'épanouir est de la première importance. Elle exprime la dimension divine infinie inhérente à l'homme qui veut constamment aller de l'avant. Cependant, on doit veiller soigneusement à ce qu'elle n'ait pas pour origine un je-ne-sais quel étonnement éphémère ou émotion passagère car, a priori, on doit aspirer à la vérité dans tout ce qu'elle a de permanent.

A titre d'exemple : la relation qui unit le disciple à son maître n'a pas pour origine la grande intelligence, le haut niveau de compréhension ou les traits d'inspiration de ce dernier mais l'inverse. Aux yeux du disciple, le maître symbolise la chaîne qui le rattache aux valeurs éternelles et absolues de la Torah qui se sont retransmises jusqu'à lui de génération en génération. Ainsi, la vérité absolue et la stabilité d'esprit sont les fondements des relations du disciple avec son maître. Bien entendu, il vaut mieux que celui-là reçoive dans la joie cette quête de la vérité et des valeurs et qu'il s'identifie pleinement avec elles. Nous ne sommes pas contre l'originalité de pensée, les nouveautés, etc. mais il faut veiller soigneusement à ne pas en faire l'essentiel. Il ne s'agit là que du couvert extérieur par lequel se dévoile l'essentiel, "couvert" qui, certes, n'est pas sans importance qui peut leur donner du lustre et les mettre davantage en valeur, mais, en aucun cas, il ne saurait remplacer le fond, fixe et absolu, condition sine qua non de l'existence de la Torah.

"L'ancien" en tant que source de la bénédiction exprime donc la relation à l'origine, au fondamental, au niveau originel de la sainteté. De là, on peut ensuite viser au "nouveau", en matière de Torah comme à celui de la réalité matérielle, en respectant l'équilibre et les proportions, au nom des objectifs à atteindre. De la sorte, on est à même de comprendre les événements et les nouvelles et, puisant à la source ontologique de la sainteté, on peut agir sur ces événements dont on saisit l'origine, leur conférer une valeur authentique de renouveau et permettre leur bon épanouissement.

(Traduit et adapté par Maïmon Retbi)